Mega Track

Mega Track

Présentée en 1992, la Mega Track est l’une des automobiles françaises les plus singulières de son époque. Développée par Mega, marque créée par le constructeur Aixam, cette imposante supercar associe un moteur V12 Mercedes-Benz de 395 ch, une transmission intégrale et une suspension à garde au sol variable. Son ambition est inhabituelle : réunir les performances et le confort d’une grande sportive avec la possibilité de quitter les routes asphaltées.

Longue de plus de cinq mètres, large de plus de deux mètres et équipée de pneumatiques de 20 pouces, la Mega Track ne ressemble à aucune autre GT française des années 1990. Fabriquée artisanalement en quelques exemplaires seulement, elle illustre une période où certains constructeurs indépendants exploraient des architectures automobiles particulièrement audacieuses.

Une supercar française née chez Aixam en 1992

L’histoire de la Mega Track commence au début des années 1990, lorsque le constructeur français Aixam décide de diversifier ses activités. L’entreprise, installée à Aix-les-Bains en Savoie et principalement connue pour ses voitures sans permis, souhaite démontrer qu’elle possède également les compétences nécessaires pour développer des automobiles plus ambitieuses. Sous l’impulsion de son dirigeant Georges Blain, la marque Mega voit le jour en 1992.

La Track devient immédiatement la réalisation la plus spectaculaire de cette nouvelle identité. Alors que le Mega Club représente une approche accessible du véhicule de loisirs, la Track explore le domaine des automobiles de prestige à hautes performances. Les deux modèles témoignent de la volonté d’Aixam de s’aventurer au-delà de son marché traditionnel, mais leurs architectures et leurs clientèles sont radicalement différentes.

Le projet repose sur une idée originale : concevoir une voiture capable d’offrir les sensations et la puissance d’une supercar sans imposer les contraintes habituelles d’une garde au sol extrêmement réduite. La transmission aux quatre roues et les suspensions réglables doivent permettre de franchir des chemins ou des irrégularités incompatibles avec une sportive conventionnelle. Il ne s’agit cependant pas de créer un véritable franchisseur destiné aux terrains les plus difficiles, mais plutôt une GT polyvalente capable de s’affranchir des routes parfaitement entretenues.

La Mega Track est dévoilée au Salon de l’automobile de Paris en 1992. Ses dimensions impressionnantes, son moteur V12 et ses énormes roues attirent l’attention. Le contraste entre les origines d’Aixam et les ambitions de cette voiture contribue également à sa notoriété. Le constructeur français propose alors un concept que l’on peut rapprocher, avec le recul, de certaines sportives surélevées contemporaines, même si la Track conserve une architecture et une philosophie propres aux années 1990.

La fabrication reste artisanale, avec une production extrêmement limitée. Les fiches historiques situent généralement la période du modèle entre 1992 et 2000, sans établir une fabrication régulière pendant toutes ces années. La Track demeure avant tout une démonstration technique et un produit de prestige plutôt qu’une automobile destinée à une diffusion importante.

Un design spectaculaire entre coupé sportif et tout-terrain

La silhouette de la Mega Track reprend les grandes lignes d’une supercar à moteur central arrière. Son habitacle est relativement avancé, son capot plongeant et sa partie arrière particulièrement développée. Les surfaces de carrosserie sont arrondies, conformément aux tendances stylistiques du début des années 1990, mais les proportions sont beaucoup plus imposantes que celles d’une sportive classique.

La face avant se distingue par son nez bas et large, ses optiques intégrées sous des surfaces transparentes et ses prises d’air disposées dans le bouclier. Les flancs présentent de grands volumes sculptés autour des passages de roues, tandis que les ouvertures latérales participent au refroidissement de la mécanique installée derrière les occupants. L’ensemble privilégie une présence visuelle massive plutôt que la finesse d’un petit coupé sportif.

Les roues constituent l’un des signes distinctifs les plus évidents. Avec des jantes de 20 pouces et des pneumatiques de dimensions exceptionnelles pour l’époque, la Track possède une allure immédiatement reconnaissable. Les pneus avant mesurent 285 mm de large, contre 325 mm à l’arrière. Leur profil relativement haut, associé aux grandes roues, contribue à différencier la voiture des supercars conventionnelles équipées de pneumatiques à flancs beaucoup plus bas.

Le développement de cette monte pneumatique est associé à Michelin, dont le savoir-faire était nécessaire pour répondre à des contraintes inhabituelles : supporter la masse du véhicule, transmettre la puissance du V12 et permettre une utilisation sur des surfaces moins régulières que l’asphalte. Le choix de ces roues joue ainsi un rôle fonctionnel autant qu’esthétique.

La largeur de la carrosserie, supérieure à 2,20 mètres, accentue encore cette impression de puissance. Sur route étroite, la Mega Track se révèle nécessairement moins facile à placer qu’une GT de dimensions classiques. Son empattement de plus de trois mètres favorise une silhouette étirée et laisse de la place pour l’habitacle, la mécanique et les organes de transmission.

La hauteur de caisse variable modifie sensiblement son apparence. En position basse, la voiture adopte une posture proche de celle d’une supercar traditionnelle. Lorsque la suspension est relevée, l’espace entre les roues et les passages de carrosserie devient beaucoup plus visible. Cette transformation est au cœur de l’identité du modèle : la Track n’est pas simplement une sportive dotée de grandes roues, mais une automobile conçue autour de deux usages différents.

Un V12 Mercedes-Benz et une transmission intégrale

Pour motoriser sa création, Mega choisit une mécanique prestigieuse et déjà éprouvée : le V12 atmosphérique Mercedes-Benz M120. Ce moteur de 5 987 cm³ appartient à la famille utilisée notamment par les grandes Mercedes de la série 600 au début des années 1990. Il possède douze cylindres disposés en V à 60 degrés, une distribution à quatre arbres à cames en tête et 48 soupapes.

Dans la Mega Track, sa puissance annoncée par Aixam atteint 395 ch. L’injection électronique et l’architecture atmosphérique privilégient une délivrance progressive de la puissance, adaptée à une grande GT. Le couple important du V12 permet également de déplacer une automobile dont la masse dépasse largement deux tonnes. Les caractéristiques mécaniques sont celles d’un moteur de prestige à forte cylindrée plutôt que d’un bloc de compétition recherchant des régimes extrêmes.

Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière, derrière l’habitacle. Cette implantation le rapproche des supercars traditionnelles, mais la présence d’une transmission intégrale rend l’architecture plus complexe. Contrairement à la majorité des sportives à moteur central de son époque, la Track doit transmettre une partie du couple aux roues avant.

La boîte automatique à quatre rapports correspond à la philosophie grand tourisme du véhicule. Elle privilégie la facilité de conduite et l’exploitation du couple plutôt que les changements de rapports rapides d’une transmission sportive moderne. La répartition de la motricité favorise l’essieu arrière, tout en conservant l’intervention des roues avant pour améliorer l’adhérence.

Cette transmission intégrale joue un rôle essentiel dans le concept de la Track. Sur une chaussée dégradée ou un chemin, elle permet de mieux répartir l’effort moteur qu’une simple propulsion. Elle ne transforme toutefois pas la voiture en véhicule de franchissement : ses dimensions, sa masse et ses éléments de carrosserie restent ceux d’une automobile de grand tourisme.

La suspension indépendante à triangles superposés constitue l’autre grande particularité technique. Son système de réglage permet d’augmenter la garde au sol, annoncée jusqu’à environ 34 cm en position haute. Cette valeur est considérable pour une automobile de cette catégorie. Elle permet notamment de limiter les risques de contact avec le sol lors du passage sur des chemins irréguliers, des rampes ou des obstacles modérés.

La combinaison d’un V12, de quatre roues motrices et d’une suspension réglable distingue nettement la Mega Track des coupés sportifs contemporains. Elle répond à une logique de polyvalence mécanique plutôt qu’à la recherche du poids minimal. Le résultat est une automobile complexe, dont les qualités dépendent autant de son architecture que de la puissance disponible.

Fiche technique de la Mega Track

CaractéristiqueMega Track (1992)
ConstructeurMega, marque du groupe Aixam
OrigineFrance
Présentation1992, Salon de Paris
Période généralement répertoriée1992 à 2000
CarrosserieCoupé 2 portes, grand tourisme sportif
Architecture moteurV12 atmosphérique Mercedes-Benz M120 à 60°
Cylindrée5 987 cm³
Alésage x course89 x 80,2 mm
Distribution4 arbres à cames en tête, 48 soupapes
AlimentationInjection électronique
Puissance maximale395 ch selon Aixam, vers 5 200 tr/min
Couple maximalEnviron 570 à 579 Nm, vers 3 800 tr/min
ImplantationCentrale arrière longitudinale
TransmissionIntégrale permanente, répartition majoritairement arrière
Boîte de vitessesAutomatique à 4 rapports
Suspension avantIndépendante, triangles superposés
Suspension arrièreIndépendante, triangles superposés
Garde au solRéglable, jusqu’à environ 340 mm
DirectionÀ crémaillère assistée
Freins avantDisques ventilés
Freins arrièreDisques ventilés
Diamètre des disques376 mm selon les fiches techniques
ABSOui
Pneumatiques avant285/55 ZR20
Pneumatiques arrière325/50 ZR20
Longueur5 080 mm
LargeurEnviron 2 220 à 2 250 mm suivant les références
Hauteur annoncée1 400 mm
EmpattementEnviron 3 120 mm
Voie avant1 800 mm selon les fiches techniques
Voie arrière1 880 mm selon les fiches techniques
Masse à vide annoncée2 280 kg
Rapport poids/puissanceEnviron 5,77 kg/ch
Vitesse maximale annoncée250 km/h
Réservoir110 litres
Volume de coffre annoncé250 litres

Performances et comportement : une autre vision de la sportive

La Mega Track ne cherche pas à rivaliser avec les supercars les plus légères de son époque sur le seul terrain de l’accélération. Son moteur puissant doit composer avec une masse importante, liée notamment au gabarit, à la transmission intégrale et aux équipements nécessaires à sa polyvalence. Les performances annoncées restent néanmoins élevées pour une automobile du début des années 1990.

La vitesse maximale de 250 km/h place la Track dans l’univers des grandes GT rapides. Les fiches historiques évoquent un bridage électronique, sans que les documents consultés permettent d’établir une vitesse supérieure mesurée dans des conditions vérifiables. De même, les chiffres d’accélération publiés dans certaines compilations ne constituent pas des résultats d’essais indépendants suffisamment documentés pour servir de référence incontestable.

Sur route, le moteur central arrière et les larges pneumatiques répondent à des objectifs de motricité et de stabilité. L’empattement important favorise théoriquement le comportement à grande vitesse, tandis que la transmission intégrale permet de répartir les efforts entre les essieux. Il serait cependant excessif d’en déduire une agilité comparable à celle d’une petite sportive : le poids, la largeur et les dimensions imposent des contraintes physiques importantes.

La boîte automatique renforce l’orientation grand tourisme. Le conducteur dispose d’une réserve de couple élevée sans devoir multiplier les changements de rapports. La Track se distingue ainsi des sportives radicales à boîte manuelle, davantage centrées sur la recherche de sensations mécaniques directes.

Hors de l’asphalte, la garde au sol variable devient l’élément déterminant. La position haute permet d’aborder certains chemins et passages irréguliers qui seraient problématiques pour une voiture basse. Les pneus de grand diamètre et la motricité répartie complètent cette aptitude. En revanche, l’absence de documentation sur des essais de franchissement normalisés interdit de lui attribuer des capacités comparables à celles d’un tout-terrain spécialisé.

Cette approche se distingue aussi de celle de la Mega Desert, développée pour le rallye-raid. Même si les deux véhicules témoignent de l’intérêt de Mega pour les quatre roues motrices et les terrains difficiles, ils répondent à des cahiers des charges différents. La Track reste une automobile de route prestigieuse dotée d’une aptitude supplémentaire à circuler sur des surfaces dégradées.

Production confidentielle, prix et rareté

La Mega Track n’a jamais été produite à une échelle industrielle comparable à celle des sportives de grands constructeurs. Son assemblage artisanal, la complexité de sa mécanique et son positionnement commercial particulièrement exclusif limitaient naturellement le nombre d’acheteurs potentiels. Les sources historiques évoquent généralement cinq ou six exemplaires construits, sans qu’un registre officiel complet permette de fixer définitivement ce total.

Cette incertitude tient notamment à la difficulté de distinguer les véhicules de présentation, les éventuels prototypes de développement et les voitures effectivement livrées à des clients. La période 1992-2000 souvent associée au modèle ne signifie donc pas qu’une production régulière s’est poursuivie pendant huit années. La Track appartient plutôt à la catégorie des réalisations françaises construites en quantités infimes.

Le prix neuf généralement rapporté atteint environ 1,7 million de francs hors taxes au début des années 1990. Cette somme correspond à quelque 259 000 euros par simple conversion monétaire, sans correction de l’inflation. Elle plaçait la voiture dans une catégorie financière extrêmement exclusive, en concurrence avec des automobiles issues de marques sportives internationales bien mieux établies.

Un tel tarif reflétait la combinaison d’une motorisation prestigieuse, d’une architecture mécanique complexe, d’équipements spécifiques et d’une fabrication à très faible volume. Pour un acheteur, la Track représentait davantage un objet automobile exceptionnel qu’une alternative rationnelle à une grande GT de série.

Sa rareté en fait aujourd’hui une curiosité recherchée par les passionnés d’automobiles françaises atypiques. Toutefois, le faible nombre de transactions publiques identifiables empêche d’établir une cote de collection représentative. La valeur d’un exemplaire dépendrait notamment de son authenticité, de son historique, de son état mécanique et de la disponibilité des composants propres au modèle.

La conservation d’une telle automobile pose également des questions particulières. Si le moteur Mercedes-Benz appartient à une famille mécanique connue, les pièces de carrosserie, les éléments spécifiques de transmission, les réglages de suspension et certaines dimensions de pneumatiques peuvent nécessiter des solutions adaptées. Une production aussi limitée ne permet pas de compter sur un approvisionnement classique en pièces de rechange.

La place de la Track dans l’aventure Mega

La Mega Track occupe une position à part dans l’histoire d’Aixam. Elle montre que la création de Mega ne se limitait pas au développement de petits véhicules de loisirs. Le constructeur cherchait aussi à se faire connaître par des projets techniques et sportifs capables de dépasser son image de spécialiste des voitures sans permis.

Cette diversification apparaît également dans la gamme de loisirs avec le Mega Ranch, déclinaison utilitaire de la famille Club. Ce véhicule répondait à des besoins pratiques, très éloignés du caractère exclusif de la Track. La coexistence de ces projets souligne l’étendue des ambitions initiales de la marque.

Parallèlement, Mega s’engage dans la compétition automobile, notamment sur glace. La Mega Glace participe au Trophée Andros pendant les années 1990 et contribue à la visibilité sportive du constructeur. Ces engagements ne doivent toutefois pas être confondus avec un palmarès de la Track, pour laquelle aucun programme officiel de compétition n’est établi.

L’histoire des grandes sportives Mega se poursuit ensuite avec la Mega Monte Carlo, liée à un autre programme de GT et à la reprise des activités de Monte-Carlo Automobile en 1996. Malgré leur appartenance à la même marque, les deux voitures possèdent des origines et des conceptions distinctes. La Monte Carlo ne constitue pas une évolution directe de la Track.

La Mega Track reste ainsi un projet isolé dans la production française des années 1990. Aucun successeur reprenant directement son architecture de coupé V12 à transmission intégrale et garde au sol réglable n’a été commercialisé sous la marque Mega. Son développement demeure associé à une période d’expérimentation durant laquelle Aixam a cherché à explorer plusieurs domaines de l’automobile, du véhicule de loisirs à la compétition et au grand tourisme de prestige.

Marque Mega

Année de sortie 1992

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