
MEGA est une marque automobile française créée en 1992 par AIXAM, sous l’impulsion de Georges Blain. Née dans l’environnement d’un constructeur alors surtout connu pour ses voitures sans permis, elle devait démontrer que les équipes savoyardes pouvaient aussi concevoir des automobiles conventionnelles, des véhicules sportifs et des prototypes de compétition. La spectaculaire MEGA Track, les succès au Trophée Andros, l’expérience du Dakar puis le virage vers les petits utilitaires ont successivement façonné son identité. Après plusieurs changements d’actionnariat du groupe AIXAM-MEGA, le nom MEGA a finalement été relancé dans les années 2020 autour d’un véhicule électrique léger.
1983 : la naissance d’AIXAM prépare le terrain pour MEGA
L’histoire de MEGA commence en réalité avant la création de la marque. En 1983, l’industriel Georges Blain reprend Arola, entreprise spécialisée dans les petites voitures pouvant être conduites sans permis, et développe l’activité sous le nom AIXAM à Aix-les-Bains. Durant les années 1980, le constructeur consolide sa position sur ce marché particulier et acquiert des moyens industriels ainsi qu’un savoir-faire qui dépassent progressivement la simple fabrication de voiturettes.
Cette croissance donne à Georges Blain l’ambition de montrer que son entreprise est capable de concevoir des véhicules beaucoup plus complexes. Au début des années 1990, cette volonté de diversification débouche sur la création d’une nouvelle marque destinée à explorer des territoires automobiles auxquels AIXAM n’est alors pas associé.
1992 : AIXAM crée MEGA et dévoile l’étonnante Track
MEGA est officiellement créée en 1992. Il ne s’agit pas à l’origine d’un constructeur indépendant fondé séparément d’AIXAM, mais d’une marque développée par l’entreprise de Georges Blain pour élargir son activité et mettre en avant les compétences de ses équipes.
Le projet le plus spectaculaire de cette nouvelle stratégie est la MEGA Track, présentée au Mondial de l’Automobile de Paris en 1992. Cette automobile hors normes associe les codes de la supercar à ceux d’un véhicule capable de quitter l’asphalte. Elle reçoit une transmission intégrale et un moteur V12 fourni par Mercedes. Produite de manière extrêmement confidentielle, la Track n’a jamais eu vocation à devenir un modèle de grande diffusion. Son rôle est surtout celui d’une vitrine technique, destinée à changer le regard porté sur un industriel jusque-là identifié à la voiture sans permis.
1993 : les Club et Ranch donnent à MEGA une véritable activité commerciale
À partir de 1993, MEGA ne se limite plus à une voiture de prestige destinée à attirer l’attention. Les Club et Ranch donnent à la marque une présence commerciale plus concrète sur le marché automobile. Ces véhicules de loisirs modulaires utilisent notamment des éléments mécaniques issus de la Citroën AX, ce qui permet à MEGA de s’appuyer sur des composants éprouvés tout en développant une carrosserie et un concept propres.
Leur modularité constitue leur principale originalité. Selon la configuration, ces MEGA peuvent adopter différentes silhouettes adaptées aux loisirs ou à des usages utilitaires, tandis que certaines versions disposent d’une transmission intégrale. Elles illustrent la première tentative durable d’AIXAM pour faire de MEGA une marque d’automobiles conventionnelles de petite série, au-delà du simple exercice technologique représenté par la Track.
1994 : le Trophée Andros donne une légitimité sportive à la jeune marque
MEGA utilise très tôt la compétition pour renforcer son image. Engagée dans le Trophée Andros dès les premières années de son existence, la marque remporte le classement général en 1994 avec François Chauche. Pour une enseigne créée seulement deux ans auparavant, ce résultat constitue une étape importante : il démontre que MEGA peut aussi être associée à la performance et au développement de prototypes de compétition.
La présence de la marque sur les courses sur glace se poursuit pendant la décennie, avec d’autres succès de catégorie. Il convient toutefois de distinguer ces résultats du titre général obtenu en 1994, parfois confondu avec les victoires ultérieures dans certaines présentations historiques. L’essentiel est que le Trophée Andros devient l’un des principaux outils utilisés par MEGA pour construire rapidement sa réputation sportive.
1996 : la reprise de Monte-Carlo Automobile pousse MEGA vers la haute performance
En 1996, AIXAM-MEGA reprend Monte-Carlo Automobile et tente d’aller encore plus loin dans le domaine des voitures de prestige. De cette opération naît notamment la MEGA Monte Carlo, une GT développée autour d’une structure faisant largement appel aux matériaux composites et au carbone.
Cette période représente le sommet des ambitions de MEGA dans l’automobile sportive routière. Après la Track, le constructeur cherche à démontrer qu’il peut intervenir dans le domaine des GT sophistiquées et des techniques de construction avancées. Mais les volumes restent très faibles et cette orientation ne se transforme pas en activité industrielle comparable au métier historique d’AIXAM. La valeur de ces projets réside donc surtout dans leur portée technologique et dans l’image qu’ils donnent à la marque.
2000 : la deuxième place au Dakar clôt la grande période sportive de MEGA
La compétition atteint son point culminant en 2000 avec la MEGA Desert engagée sur le Paris-Dakar. Stéphane Peterhansel et Jean-Paul Cottret terminent l’épreuve à la deuxième place. Le programme bénéficie d’une coopération technique liée à Mitsubishi et à Ralliart, dont l’expérience en rallye-raid est alors considérable.
Ce résultat apporte à MEGA une visibilité internationale sans commune mesure avec celle de ses petites séries routières. Il marque aussi la fin d’une époque. Au cours des années suivantes, la marque s’éloigne progressivement des GT ambitieuses et des programmes sportifs destinés à démontrer ses capacités techniques. Son avenir va se jouer sur un marché beaucoup plus proche des compétences industrielles historiques du groupe.
2003 : MEGA se recentre sur les petits véhicules utilitaires
En 2003, AIXAM-MEGA lance une offre destinée aux professionnels et aux collectivités. Ce changement constitue un véritable repositionnement. La marque MEGA, jusque-là associée aux véhicules de loisirs, aux supercars confidentielles et à la compétition, devient progressivement une enseigne de véhicules utilitaires ultralégers.
Le Multitruck, introduit quelques années plus tard, incarne cette nouvelle stratégie. MEGA développe également des solutions électriques, particulièrement adaptées aux déplacements urbains, aux sites fermés et aux besoins de certaines collectivités. Le constructeur revient ainsi vers une logique de véhicules compacts et légers, tout en appliquant cette expertise à des usages professionnels.
Cette réorientation intervient alors que la structure financière du groupe évolue. En 2006, AXA Private Equity prend une participation majoritaire dans AIXAM-MEGA. Ce changement concerne l’ensemble du groupe et non un rachat séparé de la seule marque MEGA. Il accompagne une période où les ambitions de constructeur de voitures sportives passent clairement au second plan.
2013 : Polaris rachète AIXAM-MEGA et redéfinit la place de la marque
En 2013, le groupe américain Polaris acquiert AIXAM-MEGA. Au moment de cette opération, la répartition des activités est devenue très lisible : AIXAM reste principalement associé aux quadricycles destinés aux particuliers, tandis que MEGA est présentée comme la branche spécialisée dans les véhicules utilitaires légers, diesel ou électriques.
Cette situation montre l’ampleur du changement intervenu depuis 1992. En deux décennies, MEGA est passée d’une marque créée pour prouver qu’AIXAM pouvait construire des automobiles conventionnelles et des véhicules de très haute performance à une activité principalement tournée vers les besoins professionnels. En 2018, la création d’AIXAM PRO pour structurer l’offre utilitaire réduit encore le rôle spécifique du nom MEGA dans ce domaine.
2022 : l’e-Scouty relance le nom MEGA dans la mobilité électrique
Trente ans après la présentation de la Track, AIXAM remet le nom MEGA en avant au Mondial de l’Automobile 2022 avec l’e-Scouty. Le contexte est radicalement différent de celui des années 1990. Il ne s’agit plus de défier les constructeurs de GT ou de démontrer des performances en compétition, mais d’utiliser MEGA pour un petit véhicule électrique de loisirs appartenant à l’univers des quadricycles.
Cette réapparition ne constitue donc pas le retour de MEGA comme constructeur indépendant de voitures sportives. Elle représente plutôt une nouvelle utilisation d’une marque historique au sein du groupe AIXAM, toujours intégré à Polaris. En 2026, le nom MEGA figure encore dans l’offre du constructeur avec l’e-Scouty Evo. La marque existe ainsi toujours, mais son rôle actuel est très éloigné de celui qui avait fait sa réputation avec la Track, le Trophée Andros ou le Dakar.
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