La Saab 9-5 est une grande routière suédoise lancée en 1997 pour remplacer la Saab 9000. Produite en deux générations, elle représente le haut de gamme de Saab Automobile jusqu’à l’arrêt de ses activités en 2011. Disponible en berline et en break, elle associe des moteurs turbocompressés, un confort pensé pour les longs trajets et des équipements de sécurité caractéristiques du constructeur. Sa première génération, fabriquée jusqu’en 2010, connaît une carrière particulièrement longue, tandis que la seconde, commercialisée à partir de 2010, disparaît prématurément avec la faillite de Saab.
Origines et développement de la Saab 9-5
Au milieu des années 1990, Saab doit renouveler sa gamme supérieure. La Saab 9000, commercialisée depuis 1984, reste appréciée pour son habitabilité et ses performances, mais son architecture et son style commencent à vieillir face aux grandes berlines allemandes et suédoises. Le constructeur prépare alors une remplaçante capable de moderniser son image sans abandonner ses particularités techniques.
Le développement intervient dans un contexte de transformation industrielle. General Motors détient 50 % de Saab Automobile depuis 1990 et fournit une partie des ressources techniques nécessaires au nouveau modèle. La 9-5 repose sur une architecture dérivée de la plateforme GM2900, profondément adaptée par les ingénieurs suédois, notamment pour la sécurité, le comportement routier et les motorisations.
Présentée en 1997, la Saab 9-5 adopte une carrosserie de berline quatre portes au dessin sobre et aérodynamique. Le designer norvégien Einar Hareide est associé à son développement stylistique. L’objectif est de proposer une automobile immédiatement identifiable comme une Saab, tout en répondant aux attentes d’une clientèle recherchant davantage de confort et de raffinement.
La commercialisation débute progressivement selon les marchés et les millésimes. La 9-5 se positionne au sommet de la gamme des voitures particulières du constructeur, au-dessus de la Saab 9-3, plus compacte. Ses concurrentes comprennent notamment les Volvo S70 puis S80, Audi A6, BMW Série 5 et Mercedes-Benz Classe E.
En 1999, Saab complète son offre avec une carrosserie break, particulièrement adaptée aux marchés européens. La gamme se développe ensuite autour de plusieurs niveaux de finition, de moteurs essence turbocompressés, de motorisations diesel et de versions sportives Aero.
Première génération : une grande routière produite de 1997 à 2010
La première Saab 9-5, identifiée par le code YS3E, conserve une architecture classique pour la marque : moteur transversal avant et transmission aux roues avant. Sa structure monocoque en acier reçoit une suspension avant de type MacPherson et un train arrière indépendant. Les réglages privilégient la stabilité à vitesse élevée, le confort de suspension et la sécurité sur les longues distances.
La berline mesure environ 4,81 mètres à son lancement, avec un empattement proche de 2,70 mètres. Ses dimensions lui permettent d’offrir cinq places et un coffre généreux. La position de conduite, les sièges enveloppants et l’ergonomie du tableau de bord constituent des éléments importants de son identité.
Le Saab 9-5 SportCombi, également désigné Wagon sur certains marchés, apporte une capacité de chargement supérieure grâce à son hayon et à sa banquette rabattable. Ce break devient une composante essentielle de la gamme, notamment dans les pays nordiques et en Europe occidentale.
La première évolution esthétique importante apparaît pour le millésime 2002. Saab modifie les boucliers, la calandre et plusieurs détails extérieurs, tout en faisant évoluer les équipements, les transmissions et certaines motorisations. Le style général reste toutefois très proche de celui de 1997.
Un restylage beaucoup plus marqué est présenté en 2005 pour le millésime 2006. La face avant reçoit une nouvelle calandre et des projecteurs entourés d’éléments chromés caractéristiques. Les boucliers, les feux arrière et l’habitacle sont également modernisés. Cette évolution permet de prolonger la carrière de la voiture alors que sa plateforme approche de ses dix années d’existence.
La gamme comprend différentes finitions selon les périodes et les pays, notamment SE, Linear, Arc, Vector et Griffin. La version Aero se distingue par son moteur plus puissant, ses réglages de châssis spécifiques, ses jantes et ses éléments de présentation sportive. Elle constitue la déclinaison la plus performante des principales motorisations quatre cylindres de première génération.
Malgré son ancienneté, la 9-5 reste commercialisée jusqu’au début de l’année 2010. La dernière première génération sort de l’usine de Trollhättan le 1er février 2010. Il s’agit d’un SportCombi Griffin argenté destiné au musée Saab.
Motorisations essence, diesel, Aero et BioPower
Les moteurs turbocompressés occupent une place centrale dans l’identité de la Saab 9-5. Cette orientation prolonge une tradition développée dès la fin des années 1970 avec la Saab 99 Turbo, puis largement popularisée par la Saab 900 Turbo. Saab privilégie le couple disponible à bas et moyen régime plutôt que la recherche d’une puissance maximale obtenue uniquement à haut régime.
La première génération reçoit principalement des quatre cylindres essence de 2,0 et 2,3 litres, équipés d’un turbocompresseur et d’une gestion électronique Saab Trionic. Le 2.0t développe généralement 150 ch dans ses versions courantes, tandis que le 2.3t propose notamment 170 puis 185 ch selon les années. D’autres déclinaisons atteignent des puissances supérieures.
La 9-5 Aero exploite particulièrement les possibilités du moteur 2,3 litres. Introduite avec une puissance de 230 ch, elle évolue ensuite vers 250 puis 260 ch sur certaines versions tardives. Associée à une boîte manuelle, elle peut atteindre environ 250 km/h et réaliser le 0 à 100 km/h en près de sept secondes selon le millésime. Ses performances restent remarquables pour une grande berline à traction avant de cette époque.
Saab propose également un V6 essence 3.0t de 200 ch. Ce moteur présente une particularité mécanique : son turbocompresseur asymétrique utilise les gaz d’échappement d’un seul banc de cylindres. Il privilégie la souplesse et l’agrément plutôt qu’un caractère sportif comparable à celui de l’Aero.
L’offre diesel apparaît pour répondre à la demande européenne. Elle comprend notamment un quatre cylindres 2.2 TiD de 120 ch, un V6 3.0 TiD de 176 ch et, plus tard, un 1.9 TiD de 150 ch. Ces mécaniques proviennent de différentes coopérations industrielles au sein de l’environnement General Motors.
Au milieu des années 2000, Saab développe également la technologie BioPower. Les versions concernées peuvent fonctionner à l’essence ou avec un carburant E85 riche en éthanol. Grâce à une gestion moteur adaptée, certaines configurations développent davantage de puissance avec l’E85 qu’avec l’essence conventionnelle. En contrepartie, la consommation exprimée en litres aux 100 kilomètres augmente généralement avec ce carburant.
Les premières Saab 9-5 sont proposées avec une boîte manuelle à cinq rapports ou une transmission automatique à quatre rapports. Certaines évolutions reçoivent ensuite une automatique à cinq rapports. Les performances et les consommations varient sensiblement selon le moteur, la carrosserie et la transmission.
Fiche technique de la Saab 9-5
| Caractéristique | Première génération (1997-2010) | Deuxième génération (2010-2012) |
|---|---|---|
| Code modèle | YS3E | YS3G |
| Catégorie | Grande routière, segment E | Grande routière, segment E |
| Carrosseries | Berline 4 portes, break 5 portes | Berline 4 portes, break de présérie |
| Plateforme | GM2900 adaptée par Saab | GM Epsilon II |
| Structure | Monocoque en acier | Monocoque en acier |
| Implantation moteur | Avant transversal | Avant transversal |
| Moteurs essence | 4 cylindres turbo 2.0 et 2.3 litres, V6 turbo 3.0 litres | 4 cylindres turbo 1.6 et 2.0 litres, V6 turbo 2.8 litres |
| Cylindrées essence | 1 985, 2 290 et 2 962 cm³ | Environ 1 600, 2 000 et 2 800 cm³ |
| Puissances essence | 150 à 260 ch selon version | 180 à 300 ch selon version |
| Moteurs diesel | 2.2 TiD, 3.0 TiD, 1.9 TiD | 2.0 TiD, 2.0 TTiD |
| Puissances diesel | 120 à 176 ch | 160 ou 190 ch |
| Alimentation | Injection électronique et turbocompresseur, injection diesel selon moteur | Injection électronique essence, injection directe diesel et suralimentation |
| Distribution | Variable selon moteur, double arbre à cames pour les principaux 4 cylindres essence | Variable selon motorisation |
| Couple moteur | Variable selon version, jusqu’à environ 350 Nm sur certaines motorisations | Jusqu’à environ 400 Nm sur le 2.0 TTiD |
| Transmission | Traction avant | Traction avant ou intégrale XWD |
| Boîtes de vitesses | Manuelle 5 rapports, automatique 4 ou 5 rapports | Manuelle ou automatique 6 rapports |
| Suspension avant | MacPherson | Jambes de force indépendantes |
| Suspension arrière | Indépendante multibras | Indépendante multibras |
| Direction | Crémaillère assistée | Direction assistée |
| Freins | Disques avant et arrière, ABS | Disques avant et arrière, ABS |
| Jantes | Principalement 15 à 17 pouces selon version | Dimensions variables selon finition |
| Longueur | Environ 4 810 à 4 836 mm | 5 008 mm |
| Largeur | Environ 1 792 mm | 1 868 mm |
| Hauteur | Environ 1 420 à 1 450 mm | Environ 1 466 mm |
| Empattement | Environ 2 700 mm | 2 837 mm |
| Voies | Environ 1 520 mm sur les premières versions | Environ 1 585 mm selon version |
| Poids à vide | Environ 1 520 à 1 740 kg selon carrosserie et version | Environ 1 800 à 1 990 kg sur plusieurs versions diesel documentées |
| Vitesse maximale | Jusqu’à environ 250 km/h pour certaines Aero | Variable selon motorisation |
| 0 à 100 km/h | Environ 7 s pour certaines Aero | Variable selon motorisation et transmission |
| Consommation mixte | Variable selon moteur et homologation | 5,3 l/100 km pour la 2.0 TiD 160 manuelle dans une configuration française |
| Capacité du réservoir | 70 litres | 70 litres |
| Volume de coffre berline | Environ 500 litres VDA sur les premières versions | Environ 515 litres |
| Nombre de places | 5 | 5 |
| Site principal de production | Trollhättan, Suède | Trollhättan, Suède |
Design intérieur, confort et innovations de sécurité
La Saab 9-5 conserve une présentation immédiatement reconnaissable. Son tableau de bord privilégie des commandes regroupées autour du conducteur, une instrumentation lisible et une position de conduite soigneusement étudiée. Cette philosophie prolonge celle de la Saab 900, avec une attention particulière portée à l’ergonomie et à la réduction des distractions.
Le contacteur de démarrage placé sur la console centrale constitue l’un des détails les plus caractéristiques. La fonction Night Panel permet d’éteindre une grande partie des indications du tableau de bord pendant la conduite nocturne, tout en conservant les informations essentielles. Les autres affichages peuvent se réactiver lorsqu’une situation le nécessite.
La 9-5 est également réputée pour ses sièges avant, conçus pour maintenir confortablement les occupants pendant les longs trajets. Certaines finitions disposent de réglages électriques, d’un chauffage ou d’une ventilation intégrée. La qualité des matériaux et l’insonorisation évoluent au fil des millésimes.
La sécurité constitue un autre axe majeur du développement. La première génération introduit le système Saab Active Head Restraints, ou SAHR, utilisant des appuie-tête avant actifs. Lors de certains chocs arrière, ce dispositif mécanique accompagne le mouvement du siège afin de réduire le déplacement relatif de la tête et du torse, avec pour objectif de limiter les risques de blessures cervicales.
La carrosserie reçoit des zones de déformation programmée, des renforts latéraux et plusieurs dispositifs de retenue. Les équipements comprennent notamment des airbags frontaux et latéraux, l’ABS et, selon les versions, des systèmes antipatinage et de contrôle de stabilité. Saab met aussi l’accent sur la protection des occupants dans les conditions routières nordiques.
À l’extérieur, la première génération se reconnaît à sa calandre en trois parties, ses lignes relativement arrondies et son arrière massif. Le restylage de 2006 introduit une signature avant plus expressive, sans modifier les proportions fondamentales de la carrosserie.
Ces choix traduisent une conception différente de celle de certaines concurrentes allemandes : la Saab 9-5 privilégie une identité fonctionnelle, une conduite détendue et des solutions techniques spécifiques plutôt qu’une présentation exclusivement sportive.
Deuxième génération : la Saab 9-5 de 2010
Présentée au Salon de Francfort en septembre 2009, la deuxième génération de Saab 9-5 marque une rupture profonde avec sa devancière. Développée dans l’environnement General Motors, elle utilise la plateforme Epsilon II, également employée par d’autres modèles du groupe, mais bénéficie d’un style, de réglages et d’équipements spécifiques à Saab.
La nouvelle berline atteint 5,01 mètres de longueur, soit près de vingt centimètres de plus que la première génération. Son empattement de 2,84 mètres favorise l’espace aux jambes, notamment à l’arrière. La silhouette adopte un pavillon plongeant, un pare-brise fortement incliné et une surface vitrée évoquant les verrières aéronautiques.
La face avant reçoit des projecteurs effilés et une calandre horizontale. À l’arrière, un bandeau lumineux transversal renforce l’identité visuelle du modèle. L’habitacle reprend les traditions ergonomiques de Saab dans une présentation plus contemporaine, avec notamment un affichage tête haute disponible selon les finitions.
La gamme mécanique comprend des quatre cylindres essence turbocompressés de 1,6 et 2,0 litres, ainsi qu’un V6 2.8 Turbo de 300 ch. Les diesels 2.0 TiD de 160 ch et 2.0 TTiD de 190 ch répondent aux besoins du marché européen. Certaines versions disposent de la transmission intégrale XWD, une nouveauté importante par rapport à la première génération.
Le système XWD peut répartir le couple entre les essieux selon les conditions d’adhérence. Certaines configurations reçoivent également un différentiel arrière piloté. Le châssis adaptatif DriveSense permet de modifier plusieurs paramètres de conduite sur les versions équipées.
La commercialisation intervient en 2010, dans une période particulièrement difficile pour Saab. Après la décision de General Motors de céder le constructeur, Saab Automobile est repris par Spyker. Malgré ce nouveau départ, les problèmes financiers et les interruptions de production compromettent rapidement l’avenir de la 9-5.
Un break de deuxième génération est présenté au Salon de Genève 2011. Contrairement au SportCombi original, produit en grande série, cette nouvelle carrosserie n’atteint jamais une commercialisation normale. Une trentaine d’exemplaires de présérie assemblés à Trollhättan sont notamment documentés, ce qui explique leur rareté exceptionnelle.
La production régulière de la deuxième génération s’interrompt en 2011. Saab Automobile est déclaré en faillite en décembre de la même année. Le SUV Saab 9-4X, lancé pendant cette même période, connaît également une carrière extrêmement brève.
Production et particularités des dernières Saab 9-5
La première génération totalise officiellement 483 593 exemplaires produits entre 1997 et février 2010, d’après les chiffres communiqués par Saab lors de l’arrêt du modèle. Ce total comprend 252 236 berlines et 231 357 breaks. La répartition montre l’importance commerciale de la carrosserie familiale, qui représente près de la moitié de la production.
La deuxième génération affiche des volumes bien inférieurs. Le chiffre de 11 280 exemplaires est fréquemment repris, tandis qu’un inventaire spécialisé recense 11 320 voitures de production, avec un total supérieur lorsque les prototypes et véhicules de présérie sont inclus. Les différences proviennent principalement du périmètre retenu pour les véhicules assemblés pendant les derniers mois d’activité.
Les versions Aero de première génération occupent une place particulière parmi les amateurs de Saab grâce à leurs moteurs puissants et à leur présentation sportive. Les modèles BioPower témoignent, quant à eux, de l’intérêt précoce du constructeur pour les carburants alternatifs compatibles avec les moteurs turbocompressés.
Pour les exemplaires anciens, l’historique d’entretien est particulièrement important. Sur les quatre cylindres essence des premières années, l’état du circuit de lubrification et les opérations préventives liées aux problèmes de dépôts d’huile méritent une attention particulière. Le bon fonctionnement du turbocompresseur, de la ventilation du carter, de la distribution et des équipements électroniques doit également être vérifié.
Sur les versions diesel, les points de contrôle dépendent fortement de la famille de moteur. Le V6 3.0 TiD possède notamment une réputation de fiabilité plus délicate que certaines autres motorisations de la gamme. L’entretien de la boîte automatique et l’état du train roulant constituent également des éléments à examiner sur les voitures fortement kilométrées.
La deuxième génération se distingue surtout par sa rareté et par les difficultés potentielles d’approvisionnement en certaines pièces spécifiques de carrosserie, d’habitacle ou d’électronique. Les éléments mécaniques partagés avec d’autres modèles General Motors peuvent faciliter certaines réparations, sans supprimer les contraintes liées à l’arrêt de Saab Automobile.
Les SportCombi de deuxième génération présentent une situation encore plus particulière. Leur faible nombre, leurs configurations parfois différentes des modèles de série et leur statut initial de véhicules de présérie rendent indispensables l’identification du numéro de châssis et la vérification de leur historique individuel.
