La Saab Sonett est une famille de voitures de sport suédoises développée entre 1956 et 1974. Contrairement aux berlines qui ont construit la réputation de Saab, elle adopte une carrosserie basse à deux places, une structure légère et une vocation sportive affirmée. Son histoire se divise en quatre versions principales : la Sonett I, la Sonett II à moteur deux temps, la Sonett V4 et la Sonett III. Toutes privilégient une architecture à moteur avant et traction avant, inhabituelle parmi les petites sportives de leur époque.
Née comme un prototype destiné à la compétition, la Sonett devient une voiture de série à partir de 1966. Sa production reste limitée, avec un peu plus de 10 000 exemplaires pour les générations commercialisées. Principalement destinée au marché américain, elle représente une tentative originale de Saab pour associer ses solutions mécaniques traditionnelles à une automobile de loisirs. Son évolution illustre aussi les contraintes industrielles et réglementaires auxquelles le constructeur suédois doit faire face dans les années 1960 et 1970.
Origines et naissance de la Saab Sonett
L’histoire de la Saab Sonett commence au milieu des années 1950, lorsque l’ingénieur Rolf Mellde imagine une petite voiture de sport capable de valoriser les qualités mécaniques des automobiles Saab. Le constructeur possède alors une expérience croissante en compétition, notamment grâce à ses voitures légères à moteur deux temps. L’objectif est de développer une automobile plus spécialisée, susceptible de participer à des épreuves sportives tout en conservant certains composants déjà maîtrisés.
Le projet est réalisé par une équipe réduite, dans un contexte proche de l’expérimentation artisanale. La première voiture, désignée Saab 94 et connue sous le nom de Sonett Super Sport, est présentée à Stockholm en 1956. Elle prend la forme d’un roadster extrêmement bas, dépourvu de toit fixe, dont les lignes arrondies rappellent certaines barquettes de compétition contemporaines.
La Sonett I utilise un moteur trois cylindres deux temps de 748 cm³ développant environ 58 chevaux. Sa légèreté constitue son principal avantage : avec une masse voisine de 500 kg, elle bénéficie d’un rapport poids-puissance intéressant pour une automobile de cette catégorie. Sa structure et sa carrosserie témoignent de recherches sur les matériaux et les méthodes de fabrication, avec des différences entre les prototypes.
Seulement six exemplaires sont construits. Les évolutions de la réglementation sportive réduisent l’intérêt du programme initial et Saab renonce à une production plus importante. Cette première Sonett reste donc un projet expérimental, sans véritable commercialisation auprès du grand public.
Le concept réapparaît au début des années 1960. Saab souhaite alors proposer une petite sportive susceptible de séduire les automobilistes américains. Deux études concurrentes sont réalisées : la Saab Catherina, dessinée par Sixten Sason, et la MFI-13, développée autour d’une proposition de Björn Karlström avec Malmö Flygindustri. C’est cette dernière qui sert de base à la future Sonett II.
La nouvelle voiture reprend plusieurs solutions mécaniques des modèles de série, notamment de la Saab 96. Cette parenté permet de limiter les investissements industriels et de conserver une mécanique connue des ateliers Saab, tout en proposant une carrosserie entièrement différente.
Saab Sonett II et V4 : le passage à la production
Présentée en 1966, la Saab Sonett II marque le véritable lancement commercial de la lignée. Contrairement à la Sonett I, elle possède un toit fixe et une carrosserie de coupé à deux places. Sa silhouette compacte associe un capot plongeant, un pavillon arrondi et un arrière court. La carrosserie en polyester renforcé de fibre de verre repose sur une structure en acier, une combinaison adaptée à une fabrication en petite série.
La production est confiée à l’entreprise ASJ, dans ses installations d’Arlöv, en Suède. Le choix de ce site permet à Saab de fabriquer la sportive sans perturber les chaînes consacrées aux modèles de grande diffusion.
La première Sonett II conserve le trois cylindres deux temps de 841 cm³ utilisé dans la gamme Saab. Développant environ 60 chevaux, ce moteur est associé à une boîte manuelle à quatre rapports entraînant les roues avant. Le faible poids de la voiture favorise son agilité, tandis que sa carrosserie profilée lui permet d’atteindre une vitesse maximale proche de 150 à 160 km/h suivant les références.
L’accès à la mécanique constitue l’une de ses particularités les plus visibles. Toute la partie avant de la carrosserie bascule pour dégager le moteur, les suspensions et plusieurs organes techniques. Cette solution facilite les interventions sur une voiture dont les dimensions réduites laissent peu d’espace sous le capot.
La carrière de la Sonett II à moteur deux temps est particulièrement courte. Saab abandonne progressivement cette motorisation au profit du quatre cylindres en V fourni par Ford, déjà adopté pour la Saab 96. En 1967, la sportive reçoit à son tour ce moteur de 1 498 cm³ et devient la Saab Sonett V4.
Le nouveau moteur développe environ 65 chevaux et offre un fonctionnement plus conventionnel pour les clients américains. Son couple supérieur à bas régime améliore la souplesse d’utilisation. En contrepartie, son encombrement impose une modification importante du capot : une bosse asymétrique apparaît pour permettre son installation. Ce relief constitue aujourd’hui le principal signe distinctif de la Sonett V4.
La voiture conserve l’essentiel de sa structure, ses suspensions et sa transmission aux roues avant. Les performances restent relativement modestes face aux sportives européennes les plus puissantes, mais la Sonett se distingue par sa légèreté, son comportement routier et son architecture atypique.
La Sonett II deux temps n’est fabriquée qu’à 258 exemplaires, contre environ 1 610 Sonett V4. Ces volumes illustrent le caractère confidentiel du modèle, dont la production reste très éloignée de celle des berlines Saab.
Saab Sonett III : une nouvelle carrosserie pour les années 1970
À la fin des années 1960, Saab décide de moderniser profondément l’apparence de sa petite sportive. La Sonett V4 possède une ligne originale, mais son capot bombé et sa silhouette arrondie commencent à paraître datés face aux nouveaux coupés du marché américain. Le constructeur souhaite également améliorer l’ergonomie et rendre la voiture plus séduisante commercialement.
Le designer italien Sergio Coggiola participe au projet de renouvellement, tandis que Gunnar A. Sjögren travaille à son adaptation industrielle chez Saab. Présentée en 1970, la Saab Sonett III conserve la base mécanique de sa devancière, mais adopte une carrosserie largement redessinée.
Son avant est plus long et plus effilé, avec des phares escamotables commandés manuellement. Le pare-brise fortement incliné prolonge une ligne de toit basse qui rejoint un arrière fastback. Un hayon vitré améliore l’accès au compartiment à bagages, tandis que les flancs deviennent plus tendus et les proportions plus modernes.
La transformation concerne aussi l’habitacle. Le levier de vitesses quitte la colonne de direction pour prendre place sur le tunnel central, une disposition plus conforme aux attentes des conducteurs de voitures de sport. La planche de bord est réorganisée et les sièges sont intégrés dans un environnement étroit, directement influencé par la faible hauteur de la carrosserie.
Malgré cette modernisation, la Sonett III conserve le moteur Ford V4, la traction avant et une grande partie de la structure de la Sonett II. Cette continuité technique limite les coûts de développement, mais impose certains compromis. L’accès au moteur devient notamment moins pratique que sur la génération précédente, dont toute la partie avant pouvait basculer.
Les premières Sonett III utilisent le V4 de 1,5 litre. Une version de 1,7 litre apparaît ensuite pour répondre notamment aux exigences du marché américain. L’augmentation de cylindrée ne se traduit pas par une hausse spectaculaire de puissance, les réglages moteur étant influencés par les normes antipollution. La puissance reste généralement annoncée autour de 65 chevaux sur les versions américaines concernées.
La Sonett III reçoit plusieurs modifications au cours de sa carrière. Les équipements évoluent, les jantes changent selon les millésimes et les dispositifs de sécurité sont adaptés aux réglementations américaines. À partir de 1973, des pare-chocs plus volumineux modifient sensiblement son apparence. Ces évolutions sont particulièrement importantes pour identifier correctement une Sonett III sur une photographie.
La production s’achève en 1974. La Sonett III demeure la version la plus diffusée de la famille, avec environ 8 368 exemplaires généralement recensés, même si certaines compilations historiques présentent de légers écarts.
Fiche technique de la Saab Sonett
| Caractéristique | Sonett I | Sonett II | Sonett V4 | Sonett III |
|---|---|---|---|---|
| Année d’apparition | 1956 | 1966 | 1967 | 1970 |
| Type | Roadster 2 places | Coupé 2 places | Coupé 2 places | Coupé 2 places |
| Architecture moteur | 3 cylindres en ligne, 2 temps | 3 cylindres en ligne, 2 temps | Ford V4, 4 temps | Ford V4, 4 temps |
| Cylindrée | 748 cm³ | 841 cm³ | 1 498 cm³ | 1 498 puis 1 698 cm³ |
| Alimentation | Carburateur | Carburateurs | Carburateur | Carburateur |
| Refroidissement | Liquide | Liquide | Liquide | Liquide |
| Puissance indicative | Environ 58 ch | Environ 60 ch | Environ 65 ch | Environ 65 à 68 ch selon version et norme |
| Couple indicatif | Environ 83 Nm | Environ 94 Nm | Environ 115 Nm | Variable selon motorisation |
| Implantation | Moteur avant longitudinal | Moteur avant longitudinal | Moteur avant longitudinal | Moteur avant longitudinal |
| Transmission | Traction avant | Traction avant | Traction avant | Traction avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle | Manuelle 4 rapports | Manuelle 4 rapports | Manuelle 4 rapports |
| Structure | Construction légère expérimentale | Acier et carrosserie composite | Acier et carrosserie composite | Acier et carrosserie composite |
| Suspension avant | Indépendante | Indépendante | Indépendante | Indépendante |
| Suspension arrière | Essieu rigide | Essieu rigide | Essieu rigide | Essieu rigide |
| Direction | Crémaillère | Crémaillère | Crémaillère | Crémaillère |
| Freins | Tambours | Disques avant, tambours arrière | Disques avant, tambours arrière | Disques avant, tambours arrière |
| Empattement | Environ 2 200 mm | 2 160 mm | 2 160 mm | 2 123 mm |
| Longueur | Variable selon prototype | Environ 3 785 mm | Environ 3 785 mm | Environ 3 900 mm |
| Largeur | Variable selon prototype | Environ 1 448 mm | Environ 1 448 mm | Environ 1 500 mm |
| Hauteur | Variable selon prototype | Environ 1 168 mm | Environ 1 168 mm | Environ 1 190 mm |
| Voies avant / arrière | Environ 1 220 / 1 220 mm | Environ 1 220 / 1 220 mm | Environ 1 220 / 1 220 mm | Environ 1 234 / 1 235 mm |
| Pneumatiques | 5.00 × 15 | 155 SR 15 | 155 SR 15 | 155 SR 15, puis 165 SR 15 selon millésime |
| Masse indicative | Environ 500 kg | Environ 660 kg | Environ 700 kg | Environ 770 à 801 kg |
| Vitesse maximale indicative | Environ 160 km/h | 150 à 160 km/h | Environ 160 km/h | Environ 165 km/h |
| Réservoir | Environ 60 litres | Environ 60 litres | Environ 60 litres | Environ 60 litres |
| Production généralement recensée | 6 exemplaires | 258 exemplaires | 1 610 exemplaires | 8 368 exemplaires |
Comportement routier et particularités techniques
La Saab Sonett se distingue des voitures de sport traditionnelles par son architecture à traction avant. À une époque où de nombreux coupés sportifs conservent la propulsion, Saab exploite une disposition déjà éprouvée sur ses berlines. Le moteur longitudinal entraîne les roues avant, tandis que l’essieu arrière conserve une conception relativement simple.
Cette architecture contribue à la motricité et au comportement prévisible de la voiture, particulièrement sur chaussée glissante. Elle impose cependant une répartition des masses et une géométrie de transmission différentes de celles d’une sportive à propulsion. La Sonett privilégie davantage l’agilité et l’efficacité que la recherche d’une puissance élevée.
Le passage du moteur deux temps au V4 modifie sensiblement son caractère. Le trois cylindres demande davantage d’attention au régime moteur et possède une sonorité très particulière. Le Ford V4 offre une utilisation plus souple et correspond mieux aux habitudes de la clientèle américaine. Cette évolution accompagne l’abandon progressif des moteurs deux temps dans la gamme Saab.
La carrosserie en fibre de verre permet de réduire le poids tout en autorisant des formes difficiles à produire économiquement en acier pour une série aussi limitée. Elle présente néanmoins des contraintes spécifiques de réparation et de vieillissement. Sur les Sonett II, V4 et III, la structure métallique reste un élément essentiel à examiner, car la carrosserie composite ne protège pas nécessairement les parties en acier contre la corrosion.
L’ergonomie demeure étroitement liée aux dimensions réduites du véhicule. L’accès à bord est relativement contraignant, la position de conduite est basse et l’espace disponible reste limité. La Sonett III améliore plusieurs aspects pratiques grâce à son hayon vitré et à sa présentation intérieure modernisée, sans transformer la voiture en véritable grand tourisme.
Production, marché américain et arrêt de la Sonett
La Saab Sonett est principalement développée pour le marché des États-Unis, où les petites voitures de sport européennes rencontrent un certain succès pendant les années 1960. Saab espère attirer une clientèle différente de celle de ses berlines et renforcer sa notoriété grâce à un modèle original, léger et relativement accessible.
Les volumes demeurent pourtant modestes. La production de la Sonett II et de ses évolutions dépasse légèrement 10 000 exemplaires entre 1966 et 1974. Les chiffres historiques présentent une divergence entre un total de 10 219 voitures mentionné dans certaines références et une addition de 10 236 exemplaires à partir des volumes généralement attribués aux trois versions de série.
La Sonett III représente la majorité des ventes. Sa carrosserie plus moderne correspond davantage aux attentes des acheteurs américains, mais sa carrière coïncide avec un durcissement des réglementations de sécurité et de pollution. Les adaptations nécessaires deviennent progressivement coûteuses pour une automobile produite en petites quantités.
La crise pétrolière de 1973, les contraintes économiques et l’évolution du marché contribuent également à fragiliser le programme. Saab décide finalement d’arrêter la fabrication en 1974, sans préparer de remplacement direct.
La Sonett occupe alors une place très particulière dans la gamme. La Saab 99, lancée en 1968, incarne une approche différente, avec une berline moderne destinée à une clientèle plus large. Les deux modèles coexistent pendant plusieurs années, mais répondent à des objectifs commerciaux distincts.
Après l’arrêt de la Sonett, Saab concentre ses investissements sur ses voitures de tourisme. La Saab 900, apparue en 1978, illustre cette orientation vers des modèles polyvalents à forte personnalité technique. Elle ne constitue toutefois pas une descendante directe du petit coupé sportif.
La dimension sportive de Saab évolue elle aussi. Avec la Saab 900 Turbo, commercialisée à partir de 1978, le constructeur privilégie les performances obtenues par suralimentation sur une automobile de série plutôt que par la création d’une carrosserie sportive spécifique.
La Saab Sonett en collection : rareté et identification
La Saab Sonett occupe aujourd’hui une place singulière parmi les voitures de collection suédoises. Sa production limitée, son architecture originale et son histoire étroitement liée aux évolutions techniques de Saab expliquent son intérêt auprès des passionnés de la marque.
La Sonett I appartient à une catégorie particulière : avec seulement six prototypes construits, elle relève davantage du patrimoine historique que du marché habituel des automobiles anciennes. Plusieurs exemplaires sont associés aux collections et aux archives consacrées à Saab, notamment au musée automobile de Trollhättan.
La Sonett II à moteur deux temps est la plus rare des versions commercialisées. Son intérêt repose notamment sur sa mécanique spécifique et sur sa courte période de fabrication. La Sonett V4 conserve une apparence proche, mais sa bosse de capot et son moteur Ford permettent de la distinguer rapidement.
La Sonett III est la version la plus couramment rencontrée sur le marché de collection. Les différences entre millésimes concernent notamment les pare-chocs, les jantes, certains éléments intérieurs et les équipements destinés aux États-Unis. Les exemplaires importés en Europe peuvent également avoir subi des modifications d’éclairage ou de présentation.
Pour identifier correctement une Sonett, il est essentiel de vérifier la correspondance entre son numéro de châssis, son année-modèle, sa motorisation et ses éléments de carrosserie. Une Sonett II transformée ou une Sonett III modifiée ne doit pas être confondue avec une configuration d’origine.
Lors de l’examen d’un exemplaire, l’état de la structure métallique mérite une attention particulière. Les planchers, les bas de caisse, les points d’ancrage des suspensions et les zones de fixation de la carrosserie peuvent présenter des traces de corrosion malgré l’apparence extérieure du composite. La disponibilité des pièces spécifiques de carrosserie, des vitrages et des éléments de finition doit également être prise en compte, certaines pièces mécaniques étant plus faciles à retrouver grâce à leur parenté avec les Saab de grande série.
