La Ferrari 166 MM apparaît en 1948 et devient rapidement l’une des Ferrari les plus célèbres de l’histoire. Conçue pour les grandes courses routières comme la Mille Miglia, les 24 Heures du Mans et la Targa Florio, elle se présente surtout en barchetta Touring Superleggera et en berlinetta Le Mans. Son nom provient de la cylindrée unitaire d’environ 166 centimètres cubes de son V12 et des initiales MM pour Mille Miglia.
Contexte historique et origine du modèle
La 166 MM est lancée à partir de 1948 dans un contexte où Ferrari cherche à s’imposer sur les grandes épreuves d’endurance internationales. Elle dérive des premières Ferrari 166 de compétition et se positionne comme une voiture de sport légère et robuste, capable d’aligner des vitesses élevées sur de longues distances. Entre 1948 et le tout début des années cinquante, différentes variantes sont produites, notamment la barchetta Touring et la berlinetta Le Mans carrossée par Touring.
Le nom complet résume la philosophie du modèle. Le chiffre 166 correspond à la cylindrée unitaire du moteur V12, soit environ 166 centimètres cubes par cylindre, pour une cylindrée totale voisine de deux litres. Les lettres MM rendent hommage à la course Mille Miglia, objectif principal pour cette voiture et symbole des grandes épreuves routières italiennes.
Production, variantes et carrossiers
La Ferrari 166 MM reste un modèle rare. On estime qu’environ trente exemplaires ont été réalisés entre 1948 et 1950. Parmi ceux ci, environ vingt cinq sont des barchetta Touring Superleggera, tandis que quelques voitures reçoivent d’autres carrosseries particulières. En 1950, Ferrari fait également produire une petite série de 166 MM Berlinetta Le Mans, des coupés fermés au profil plus aérodynamique, à raison d’environ six exemplaires.
Plusieurs carrossiers interviennent sur le châssis tubulaire Ferrari. La majorité des barchetta et des berlinetta Le Mans sont réalisées par Carrozzeria Touring avec sa technique Superleggera, mêlant tubes légers et panneaux en aluminium. D’autres ateliers comme Vignale ou Zagato habillent certains châssis, en particulier pour des versions tardives ou re-carrossées. Au fil des ans, de nombreuses 166 MM sont modifiées, parfois motorisées avec des blocs 195 ou 212 et parfois dotées de nouvelles carrosseries, ce qui complique la traçabilité de chaque voiture.
Châssis, dimensions et poids
Sous la carrosserie, la 166 MM repose sur un châssis tubulaire en acier. Le moteur est installé à l’avant en position longitudinale et la voiture transmet sa puissance aux roues arrière. La carrosserie en aluminium, réalisée selon la méthode Superleggera de Touring, permet de maintenir le poids très bas tout en assurant une rigidité suffisante pour la compétition.
- Châssis tubulaire en acier avec carrosserie en aluminium Superleggera
- Moteur monté à l’avant en position longitudinale avec propulsion
- Longueur d’environ 3 780 millimètres pour la barchetta Touring
- Largeur d’environ 1 525 millimètres
- Hauteur proche de 1 070 millimètres
- Empattement de l’ordre de 2 250 millimètres pour certains châssis et jusqu’à 2 420 millimètres pour d’autres versions
- Voie avant d’environ 1 270 millimètres
- Voie arrière d’environ 1 250 millimètres
- Poids à sec généralement compris entre 650 et 670 kilogrammes selon la version
- Capacité du réservoir d’environ 75 litres
- Pneus 5,50 x 15 à l’avant et à l’arrière montés sur jantes à rayons
Les différences d’empattement et parfois de dimensions extérieures proviennent des variations de châssis et de carrosserie d’un exemplaire à l’autre. Les berlinetta Le Mans, avec leur toit fermé et leur aérodynamique différente, sont légèrement plus lourdes mais plus efficaces à haute vitesse, tout en restant très proches de la barchetta sur le plan mécanique.
Moteur V12 Colombo et caractéristiques mécaniques
La Ferrari 166 MM est animée par le célèbre V12 Colombo de deux litres, connu sous le nom de Tipo 166. Ce moteur à douze cylindres en V, conçu par Gioachino Colombo, est compact, léger et capable de monter à des régimes élevés. Il est installé à l’avant et fonctionne en étroite harmonie avec une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports.
- Architecture V12 à 60 degrés en position avant longitudinale
- Cylindrée totale d’environ 1 995,02 centimètres cubes
- Cylindrée unitaire d’environ 166,25 centimètres cubes par cylindre
- Alésage et course de 60,0 par 58,8 millimètres
- Taux de compression proche de 10 pour 1 selon les spécifications de course
- Distribution par simple arbre à cames en tête par rangée de cylindres
- Deux soupapes par cylindre avec un total de vingt quatre soupapes
- Alimentation par trois carburateurs Weber 32 DCF double corps
- Allumage avec une bougie par cylindre et deux magnétos
- Lubrification par carter humide
- Puissance maximale d’environ 140 chevaux à 6 600 tr par minute
- Puissance spécifique proche de 70 chevaux par litre
Sur certaines variantes ultérieures et sur des exemplaires re-motorisés, la puissance peut monter légèrement au dessus de 140 chevaux. Dans toutes ses configurations de course, le V12 Colombo de la 166 MM reste un moteur très performant pour sa cylindrée, avec un régime élevé et un caractère vif qui s’accorde parfaitement avec le poids plume de la voiture.
Transmission, suspensions et freinage
La transmission repose sur une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports associée à une marche arrière. La voiture est une propulsion, avec un embrayage monodisque qui relie le V12 aux roues arrière. Cette configuration permet de profiter pleinement de la plage de régime du moteur, aussi bien sur les longues lignes droites que dans les portions sinueuses.
Les suspensions sont directement inspirées de la compétition. À l’avant, on trouve des roues indépendantes avec triangles superposés de longueur inégale, un ressort à lame transversal et des amortisseurs hydrauliques. À l’arrière, la voiture utilise un pont rigide soutenu par des ressorts à lames semi elliptiques, des amortisseurs hydrauliques et une barre antiroulis. La direction est de type vis sans fin et secteur, ce qui offre une grande robustesse et un bon retour d’information au pilote.
Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues. Sur une voiture aussi légère que la 166 MM, ce système se montre efficace mais exige une gestion attentive dans les épreuves très longues. Les jantes à rayons sont chaussées de pneus de dimension 5,50 x 15, ce qui correspond aux standards de la fin des années quarante pour les voitures de sport de haut niveau.
Performances et comportement
Grâce à son V12 de 140 chevaux et à son poids d’environ 650 kilogrammes, la Ferrari 166 MM affiche un rapport poids puissance très favorable, de l’ordre de plus de deux cents chevaux par tonne. La vitesse maximale220 kilomètres par heure. Les chiffres d’accélération officiels ne sont pas fournis par Ferrari, mais les estimations modernes indiquent un zéro à cent kilomètres par heure en environ neuf secondes, ce qui illustre bien le niveau de performance pour l’époque.
Les versions berlinetta Le Mans, légèrement plus lourdes mais plus profilées, offrent des performances très proches, avec parfois une vitesse de pointe légèrement meilleure grâce à leur aérodynamique. Dans toutes ses variantes, la 166 MM est reconnue pour sa vivacité, sa stabilité à haute vitesse et sa capacité à enchaîner de longs parcours à un rythme soutenu, ce qui en fait une arme idéale pour les grandes courses d’endurance.
Palmarès sportif
Le palmarès de la Ferrari 166 MM est exceptionnel et participe fortement à la renommée de la marque. En 1949, la 166 MM connaît une année de gloire. Elle remporte la Mille Miglia 1949 avec Biondetti et Salani au volant d’une barchetta Touring. La même année, une autre barchetta 166 MM, pilotée par Luigi Chinetti et Lord Selsdon, s’impose aux 24 Heures du Mans 1949. Elle gagne aussi la Targa Florio 1949.
Ferrari met en avant le fait que la 166 MM décroche en 1949 les victoires dans les trois épreuves routières les plus prestigieuses du monde. Par la suite, la voiture continue de participer à de nombreuses courses en Europe et en Amérique au début des années cinquante, souvent re-carrossée ou dotée d’évolutions mécaniques. Certains châssis deviennent célèbres par leur histoire, comme celui offert à Henry Ford II ou celui conservé pendant longtemps par des collectionneurs avant d’être confié à un musée Ferrari.
Prix d’époque et valeur actuelle
À la fin des années quarante, la Ferrari 166 MM est déjà une voiture extrêmement coûteuse, produite à la main en très petite série. Il n’existe pas de prix catalogue officiel détaillé en monnaie d’époque, car chaque voiture est vendue avec une configuration propre, une carrosserie précise et souvent un ensemble de pièces de course. Les sources modernes s’accordent toutefois pour dire qu’elle figurait déjà parmi les voitures les plus chères disponibles à son époque.
Sur le marché actuel des voitures de collection, la 166 MM est considérée comme une pièce majeure de l’histoire Ferrari. Les valeurs moyennes mentionnées par les bases de données spécialisées situent une 166 MM autour de quelques millions de dollars. Certaines études parlent d’une valeur typique proche de trois millions de dollarsquatre millions de livres sterling pour des exemplaires au palmarès particulièrement prestigieux. Les voitures les plus recherchées sont celles qui disposent d’un historique clair, d’une carrosserie d’origine, d’une certification rigoureuse et éventuellement de victoires dans des épreuves majeures comme la Mille Miglia ou les 24 Heures du Mans.












