Ferrari 512 M

ferrari F512 M rouge

La Ferrari 512 M, pour Modificata, apparaît à la fin de l’année 1970 comme la version profondément revue de la 512 S. Ferrari cherche alors à répondre plus efficacement à la domination de la Porsche 917 dans le championnat du monde des marques, en optimisant son grand prototype V12 cinq litres. Plutôt que de concevoir une voiture entièrement nouvelle, la Scuderia choisit de transformer une partie des châssis 512 S en 512 M avec une carrosserie plus profilée, un moteur plus puissant et une mise au point châssis améliorée.

Au total, vingt cinq châssis de 512 sont construits, dont une quinzaine environ sont convertis en spécification 512 M d’usine. Ces voitures, engagées par Ferrari et par des équipes privées proches comme la NART ou l’Écurie Francorchamps, deviennent l’ultime expression des gros prototypes V12 de Maranello avant le passage obligatoire aux trois litres dans la discipline.

Châssis, carrosserie et architecture

La Ferrari 512 M repose sur un châssis en tubes d’acier formant une structure de type treillis. Ce cadre léger et rigide supporte le moteur en position arrière longitudinale ainsi que les trains roulants. La carrosserie est réalisée en matériaux légers, avec des panneaux en fibre et en aluminium, façonnés pour réduire la traînée et améliorer l’appui à haute vitesse par rapport à la 512 S.

Le dessin extérieur évolue sensiblement. Le nez est abaissé et plus effilé, les prises d’air sont redessinées pour mieux canaliser les flux de refroidissement, tandis que l’arrière devient plus lisse et mieux caréné. Le cockpit reste très compact, avec un pare brise enveloppant et un toit bas, la hauteur totale de la voiture étant inférieure à un mètre. Cette silhouette agressive, combinée à une voie large, donne à la 512 M une présence visuelle très forte sur la piste.

Le V12 cinq litres Modificata

Le cœur de la 512 M est un V12 à soixante degrés d’une cylindrée proche de cinq litres. Entièrement en alliage léger, ce moteur adopte une distribution à double arbre à cames en tête par banc, avec quatre soupapes par cylindre. Par rapport au V12 de la 512 S, il reçoit des culasses retravaillées, une alimentation perfectionnée et différents allégements internes, ce qui permet d’augmenter sensiblement la puissance et le régime maximal.

L’injection mécanique Lucas assure un dosage précis du carburant, tandis qu’un rapport volumétrique élevé, proche de onze virgule cinq pour un, contribue à la forte puissance spécifique. Dans cette configuration 512 M, le moteur développe environ six cent dix chevaux à neuf mille tours par minute. La lubrification par carter sec garantit une alimentation en huile régulière dans les longues courbes rapides, et l’embrayage multidisque supporte les fortes contraintes du départ et des relances en endurance.

  • Architecture : V12 à soixante degrés en position arrière longitudinale
  • Cylindrée totale : environ 4 993 cm³ pour une cylindrée unitaire de 416 cm³
  • Alésage et course : 87 mm par 70 mm
  • Distribution : double arbre à cames en tête par banc avec quatre soupapes par cylindre
  • Alimentation : injection mécanique indirecte Lucas
  • Rapport volumétrique : voisin de 11,5 pour un
  • Puissance maximale : environ 610 ch à 9 000 tr min
  • Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports avec marche arrière

Trains roulants, freins et comportement

Les suspensions de la Ferrari 512 M sont indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques, complétés par des barres antiroulis. Cette architecture permet des réglages très fins pour adapter la voiture aux différents circuits du championnat. La direction à crémaillère offre un guidage précis, indispensable pour exploiter le potentiel de la voiture dans les enchaînements rapides.

Le freinage est confié à des disques Girling montés sur chaque roue, dimensionnés pour résister aux contraintes de courses comme les vingt quatre heures du Mans. Les pneus très larges montés sur jantes de quinze pouces assurent la motricité nécessaire pour passer au sol plus de six cents chevaux. Grâce à l’ensemble châssis, suspension et freins, la 512 M gagne en stabilité et en constance de comportement par rapport à la 512 S, ce qui la rend plus compétitive sur la durée.

Dimensions, poids et gabarit

La 512 M présente des proportions extrêmes de prototype d’endurance du début des années soixante dix. Très basse et très large, avec un empattement relativement court, elle recherche l’équilibre entre stabilité à très haute vitesse et agilité dans les sections sinueuses. Le poids à sec est réduit par rapport à la 512 S grâce aux allégements réalisés sur la carrosserie, le moteur et certains organes périphériques.

  • Empattement : environ 2,40 m
  • Longueur : proche de 4,18 m
  • Largeur : autour de 2,02 m
  • Hauteur : environ 0,99 m, la voiture restant sous le mètre
  • Voie avant : voisine de 1,52 m
  • Voie arrière : voisine de 1,51 m
  • Poids à sec : environ 815 kg
  • Capacité du réservoir : proche de 120 litres de carburant

Performances et contexte en compétition

Avec environ six cent dix chevaux pour un poids d’un peu plus de huit cents kilogrammes, la Ferrari 512 M affiche un rapport poids puissance exceptionnel. La vitesse de pointe avoisine trois cent dix kilomètres par heure sur les longues lignes droites, tandis que les reprises sont fulgurantes dans toutes les plages de régime. Le prototype Modificata se rapproche ainsi des performances de sa grande rivale, la Porsche 917, et devient une arme redoutable sur les circuits rapides.

Engagée principalement en 1971, la 512 M décroche plusieurs résultats marquants en championnat du monde et dans diverses épreuves d’endurance, souvent sous les couleurs d’écuries privées soutenues par Ferrari. Elle souffre néanmoins de l’évolution du règlement qui limite bientôt la cylindrée des prototypes, ce qui met fin à la courte carrière des cinq litres. La 512 M reste toutefois dans l’histoire comme l’aboutissement des grands prototypes V12 Ferrari de cette époque, à la fois pour sa puissance, ses performances et sa rareté.

Production, rareté et valeur symbolique

La 512 M n’est pas produite comme un modèle distinct mais résulte de la transformation d’un nombre limité de châssis 512 S. Environ quinze voitures bénéficient de cette évolution d’usine, ce qui en fait aujourd’hui un modèle extrêmement rare. Chaque châssis possède un historique sportif propre, qui influe fortement sur son intérêt historique et sa valeur sur le marché des voitures de collection.

Entre sa diffusion très limitée, son moteur V12 de cinq litres porté à plus de six cents chevaux, ses performances de tout premier plan et son rôle dans la lutte contre les Porsche 917, la Ferrari 512 M s’impose comme l’une des créations les plus spectaculaires de la marque en matière de prototypes d’endurance. Elle représente une époque où la puissance, la vitesse et la recherche de la victoire absolue guidaient les choix techniques, juste avant l’arrivée de réglementations plus restrictives.