Ferrari 712 Can Am

Ferrari 712 Can Am

La Ferrari 712 Can Am est un prototype de compétition unique conçu en 1971 autour d’un objectif spectaculaire : exploiter un V12 atmosphérique de près de 7 litres dans une voiture destinée aux épreuves nord-américaines de Can-Am. Dérivée d’un châssis de la famille 512, elle demeure surtout célèbre pour son moteur de 6 860,33 cm³, présenté par Ferrari comme le plus gros jamais installé par la marque dans une automobile.

Son intérêt historique ne se limite pourtant pas à sa cylindrée. La 712 Can Am illustre une période durant laquelle Ferrari adapte rapidement ses prototypes existants à des compétitions très différentes, avec des résultats inégaux mais des choix techniques particulièrement ambitieux. Son parcours demande aussi quelques précautions, car les appellations 512 M, 712 M, 712 P et 712 Can Am sont parfois employées pour désigner différentes étapes de l’évolution du même châssis.

Un prototype unique dérivé de la Ferrari 512 M

La 712 Can Am a été développée à partir d’une Ferrari 512 M modifiée. Cette filiation est essentielle pour comprendre la voiture : Ferrari n’est pas partie d’une feuille blanche, mais d’un prototype déjà existant, dont le châssis, la carrosserie et plusieurs organes ont été adaptés à un moteur beaucoup plus volumineux et aux contraintes des courses de Can-Am.

Le châssis concerné porte le numéro 1010. Il appartient à la lignée de la Ferrari 512 S, modèle initialement conçu avec un V12 de 5 litres avant d’évoluer vers la configuration 512 M. La transformation en 712 a nécessité des modifications importantes, notamment le retrait du toit et du pare-brise, ainsi qu’un renforcement de la transmission, des arbres et des suspensions.

La voiture adopte ainsi une carrosserie ouverte de type spider biplace. Sa structure reste fondée sur un châssis tubulaire en acier, complété par des panneaux d’aluminium rivetés. Cette architecture reprend une méthode de construction courante sur les prototypes Ferrari de cette période, tout en devant absorber les contraintes supplémentaires générées par un moteur nettement plus puissant et plus coupleux que le V12 de 5 litres d’origine.

Pourquoi l’appellation 712 ?

Le nom 712 résume directement la caractéristique principale de la voiture. Le chiffre 7 renvoie à la cylindrée d’environ 7 litres, tandis que le nombre 12 désigne les douze cylindres du moteur. Cette logique de dénomination permet de distinguer immédiatement la 712 des prototypes Ferrari équipés de moteurs plus petits.

L’appellation complète varie cependant selon les sources et les événements. Ferrari utilise aujourd’hui le nom Ferrari 712 Can Am. Certaines archives de compétition parlent de 712 M, tandis que le nom 712 P apparaît également dans la littérature spécialisée. Ces différences ne désignent pas nécessairement plusieurs voitures distinctes : elles reflètent surtout les évolutions et les dénominations successives du châssis 1010.

La 712 s’inscrit dans une succession de tentatives de Ferrari en Can-Am. Avant elle, la marque avait notamment développé la Ferrari 350 Can Am, puis la Ferrari 612 Can Am. La 712 pousse cette logique encore plus loin en portant la cylindrée du V12 à près de 6,9 litres.

Un V12 de 6,9 litres conçu pour la puissance

Le moteur constitue la caractéristique centrale de la Ferrari 712 Can Am. Il s’agit d’un V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement en position arrière. Sa cylindrée exacte atteint 6 860,33 cm³, avec un alésage de 92 mm et une course de 86 mm.

Selon la fiche technique officielle de Ferrari, ce moteur développe 500 kW, soit 680 ch, à 7 000 tr/min. Le rapport volumétrique est fixé à 11,4:1. Ces valeurs permettent de retenir une donnée officielle cohérente, alors que plusieurs sources secondaires avancent des puissances supérieures, généralement comprises entre environ 720 et 750 ch.

En l’absence d’explication technique permettant de rapprocher précisément ces chiffres, la puissance de 680 ch constitue la référence la plus prudente. Les écarts peuvent provenir de configurations différentes, de méthodes de conversion ou d’estimations ultérieures, mais ils ne doivent pas être présentés comme des certitudes.

Le V12 reçoit quatre soupapes par cylindre et deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres. Son alimentation repose sur une injection indirecte Lucas. Il utilise également un double allumage et une lubrification par carter sec, une solution adaptée aux fortes accélérations latérales et longitudinales rencontrées en compétition.

Le moteur est associé à une boîte manuelle à quatre rapports, complétée par une marche arrière. Le nombre limité de rapports s’explique par la disponibilité d’une plage de puissance importante et par les caractéristiques des circuits auxquels la voiture était destinée. Le renforcement de la transmission était néanmoins indispensable pour supporter l’effort fourni par le V12 de près de 7 litres.

Dimensions, poids et rapport poids-puissance

L’empattement de la Ferrari 712 Can Am mesure 2 400 mm. Son poids officiel est annoncé à 826 kg avec l’eau et l’huile, ce qui reste particulièrement faible au regard de la taille du moteur.

Sur la base des chiffres officiels de 680 ch et 826 kg, le rapport poids-puissance théorique atteint environ 1,21 kg par cheval. Cette valeur est obtenue par calcul à partir des données publiées par Ferrari. Elle ne constitue ni une mesure réalisée sur piste ni une indication directe des performances réelles, qui dépendent aussi de l’aérodynamique, des pneumatiques, des réglages et de la fiabilité mécanique.

CaractéristiqueDonnée
ArchitectureV12 atmosphérique à 60 degrés
Cylindrée6 860,33 cm³
Puissance officielle500 kW, soit 680 ch à 7 000 tr/min
Alésage et course92 x 86 mm
Rapport volumétrique11,4:1
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports plus marche arrière
Empattement2 400 mm
Poids officiel826 kg avec eau et huile

Des débuts historiques à clarifier

Ferrari associe la 712 Can Am à une victoire d’Arturo Merzario à Imola le 2 mai 1971. Cette présentation mérite toutefois d’être nuancée. Les archives consacrées au châssis 1010 décrivent pour cette course une 512 M fermée équipée d’un V12 de 6,3 litres, et non encore la version ouverte de près de 7 litres clairement identifiée quelques mois plus tard.

Cette différence ne remet pas en cause la continuité du châssis, mais elle modifie la manière de raconter la naissance de la 712. Il est plus précis de considérer Imola comme une étape dans l’évolution de la voiture, plutôt que d’affirmer sans réserve que la configuration Can-Am définitive y était déjà engagée.

La première apparition clairement documentée avec le moteur de 7 litres intervient le 25 juillet 1971 à Watkins Glen. La voiture est alors répertoriée sous le nom Ferrari 712 M. Mario Andretti prend le départ depuis la cinquième position et termine quatrième, un résultat significatif pour un prototype engagé face à des voitures spécialement développées pour cette discipline.

Les résultats de la Ferrari 712 en Can-Am

Après son engagement de 1971, le châssis 1010 poursuit sa carrière sous les couleurs du North American Racing Team. En 1972, Jean-Pierre Jarier le pilote à plusieurs reprises. Il termine dixième à Watkins Glen le 23 juillet, puis quatrième à Road America le 27 août.

Ces résultats montrent que la 712 pouvait se placer aux portes du podium, mais ils ne traduisent pas une domination régulière. La voiture disposait d’une puissance considérable, tout en restant une adaptation d’un prototype antérieur plutôt qu’un programme entièrement conçu autour des exigences de la Can-Am.

La dernière apparition en Can-Am répertoriée pour la voiture date du 14 juillet 1974 à Watkins Glen. Brian Redman doit abandonner à la suite d’une rupture de la suspension arrière. Cet incident clôt un parcours étalé sur plusieurs saisons, durant lesquelles le prototype a changé de configuration et de désignation tout en conservant le même châssis de base.

Ce qui rend la Ferrari 712 Can Am exceptionnelle

La Ferrari 712 Can Am se distingue d’abord par son caractère unique. Aucun programme de série ni petite production de prototypes identiques n’a suivi sa mise au point. Elle représente une expérimentation construite autour d’un seul châssis et d’un moteur hors norme.

Son intérêt réside également dans la combinaison de deux approches. D’un côté, Ferrari réutilise une plateforme existante issue de la famille 512. De l’autre, la marque développe un V12 de cylindrée exceptionnelle, modifie profondément la carrosserie et renforce les organes mécaniques pour adapter la voiture à un nouveau contexte de compétition.

La puissance brute ne suffit toutefois pas à résumer la 712. Ses résultats, avec plusieurs quatrièmes places mais aucune victoire Can-Am clairement documentée dans sa configuration de 7 litres, rappellent qu’un moteur spectaculaire ne garantit pas à lui seul la supériorité en course. La mise au point du châssis, la fiabilité de la transmission et des suspensions, ainsi que l’adaptation globale de la voiture restent déterminantes.

Cette nuance explique la place particulière de la 712 dans l’histoire de Ferrari. Elle n’est ni le prototype le plus titré de la marque ni le point de départ d’une longue lignée. Elle demeure en revanche l’une de ses créations de compétition les plus radicales, portée par le plus gros moteur automobile officiellement revendiqué par Ferrari et par une trajectoire directement liée aux transformations successives du châssis 1010.