La Ferrari 512 S naît à la charnière de 1969 et 1970 pour répondre directement à la montée en puissance de la Porsche 917 dans le championnat du monde des voitures de sport. Profitant de la réglementation qui autorise des prototypes de cinq litres à condition d’en produire au moins vingt cinq exemplaires, Ferrari lance en urgence un programme de développement d’un nouveau prototype V12 de très grande performance.
Construite en série très limitée et destinée uniquement à la compétition, la 512 S est engagée dès 1970 dans les grandes classiques d’endurance comme Daytona, Sebring, les mille kilomètres de Monza ou encore les vingt quatre heures du Mans. Elle marque le retour de Ferrari dans la catégorie des gros prototypes après les 330 P4 et devient l’une des protagonistes majeures de la saison 1970 face aux Porsche 917.
Châssis, carrosserie et architecture
La Ferrari 512 S repose sur un châssis tubulaire en acier, formant une structure de type treillis. Cette base reçoit des panneaux en matériaux légers qui composent une carrosserie très basse et très large, optimisée pour l’aérodynamique et le refroidissement. La voiture existe en versions berlinetta fermée et spider à cockpit ouvert, selon les circuits et les préférences des équipes.
Le moteur est installé en position centrale arrière longitudinale, juste devant l’essieu arrière, afin de favoriser une répartition des masses et une motricité optimales. Les suspensions sont indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques, complétées par des barres antiroulis. Le freinage est assuré par des disques ventilés de grande dimension montés sur chaque roue, capables de supporter les contraintes extrêmes de l’endurance.
Le V12 cinq litres Tipo 261
Au cœur de la 512 S se trouve un V12 à soixante degrés de près de cinq litres, connu en interne sous le code Tipo 261. Entièrement en alliage léger, ce moteur est conçu selon une architecture très avancée pour son époque, avec double arbre à cames en tête par banc et quatre soupapes par cylindre. Il dérive des moteurs de compétition Ferrari de Formule 1, adaptés ici aux longues distances avec une attention particulière portée au refroidissement et à la fiabilité.
L’alimentation repose sur une injection mécanique Lucas qui permet de doser finement le carburant à haut régime. Le rapport volumétrique élevé et le dessin des chambres de combustion donnent une puissance maximale d’environ cinq cent cinquante chevaux à autour de huit mille cinq cents tours par minute. La lubrification par carter sec garantit une alimentation en huile constante, même dans les grandes courbes où les accélérations latérales sont très élevées. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports.
- Architecture : V12 à soixante degrés en position centrale arrière longitudinale
- Cylindrée totale : environ 4 993 cm³ pour une cylindrée unitaire de 416 cm³
- Alésage et course : 87 mm par 70 mm
- Distribution : double arbre à cames en tête par banc avec quatre soupapes par cylindre
- Alimentation : injection mécanique indirecte Lucas
- Rapport volumétrique : proche de 11,5 pour un
- Puissance maximale : environ 550 ch à 8 500 tr min
- Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports avec marche arrière
Dimensions, poids et gabarit
La Ferrari 512 S présente des proportions extrêmes de prototype d’endurance du début des années soixante dix. L’empattement relativement court combiné à une largeur importante et à une hauteur très limitée donne à la voiture une allure compacte et agressive. Le poids à sec reste remarquablement contenu compte tenu de la cylindrée et de la taille du moteur, ce qui offre un rapport poids puissance très favorable.
- Empattement : environ 2,40 m
- Longueur : proche de 4,18 m selon la configuration de carrosserie
- Largeur : autour de 2,00 m
- Hauteur : environ 0,98 m, la voiture restant sous le mètre
- Voie avant : voisine de 1,52 m
- Voie arrière : voisine de 1,51 m
- Poids à sec : autour de 830 à 840 kg
- Capacité du réservoir : proche de 120 litres pour les épreuves d’endurance
Performances et comportement
Avec environ cinq cent cinquante chevaux pour moins de neuf cents kilogrammes, la Ferrari 512 S atteint des vitesses de pointe proches de trois cent quarante kilomètres par heure sur les circuits les plus rapides. Les accélérations sont foudroyantes, avec des temps de passage de zéro à cent kilomètres par heure très largement inférieurs à quatre secondes en configuration de course, même si ces chiffres étaient moins mis en avant que les vitesses moyennes et la fiabilité en endurance.
Sur la piste, la 512 S se caractérise par une grande stabilité à haute vitesse grâce à sa voie large et à son aérodynamique travaillée. Le moteur V12 offre une poussée continue et une sonorité impressionnante sur toute la plage de régime. Toutefois, la voiture se montre exigeante à piloter, avec des réactions vives qui nécessitent une grande expérience pour être exploitées au maximum, en particulier sur des circuits sinueux ou dégradés.
Production, carrière et héritage
Pour répondre aux exigences d’homologation, Ferrari construit vingt cinq châssis de 512 S, numérotés de manière paire. Certains reçoivent une carrosserie berlinetta fermée, d’autres sont livrés en version spider selon les besoins des équipes. À la fin de la saison 1970, plusieurs de ces châssis sont transformés en 512 M, version Modificata plus légère et plus puissante, ce qui contribue à la rareté des 512 S restées dans leur configuration d’origine.
En compétition, la 512 S décroche plusieurs résultats notables, dont une victoire aux douze heures de Sebring et une victoire aux mille kilomètres de Kyalami, mais doit souvent s’incliner face aux Porsche 917, mieux abouties et plus nombreuses. Malgré une carrière relativement courte, la 512 S occupe une place centrale dans l’histoire de Ferrari en endurance. Sa technologie, sa puissance et son rôle dans la grande rivalité avec Porsche en font aujourd’hui un prototype particulièrement recherché et respecté dans le monde des voitures de collection et des événements historiques.












