Produite de 1983 à 1985, la Ferrari 208 GTS Turbo est une sportive à moteur central arrière conçue principalement pour le marché italien. Son V8 de seulement 1 990,64 cm³ répondait à un contexte fiscal qui pénalisait fortement les voitures dépassant deux litres de cylindrée. Grâce à la suralimentation, Ferrari parvenait néanmoins à en tirer 220 ch, une puissance élevée pour un moteur aussi compact au début des années 1980.
Cette version découvrable à toit targa occupe une place particulière dans l’histoire de la marque. Elle associe la silhouette familière des Ferrari à moteur V8 de cette période à une mécanique annonçant l’importance croissante du turbocompresseur. Avec seulement 250 exemplaires fabriqués, elle est également beaucoup plus rare que plusieurs modèles Ferrari dont elle reprend l’architecture générale.
Une Ferrari de moins de deux litres née de la fiscalité italienne
La cylindrée inhabituelle de la 208 GTS Turbo ne résulte pas d’une recherche de sobriété ou d’un projet destiné à l’ensemble des marchés internationaux. Elle répond avant tout au système fiscal italien, qui favorisait les automobiles équipées d’un moteur de moins de deux litres. Ferrari avait déjà exploité cette limite avec plusieurs modèles de la famille 208, dont la Ferrari 208 GTS atmosphérique.
Cette dernière souffrait toutefois d’un rapport entre poids et puissance moins favorable que celui des Ferrari équipées du V8 de trois litres. La suralimentation permettait de conserver une cylindrée inférieure au seuil fiscal tout en retrouvant des performances plus conformes à l’image de Maranello. Le moteur restait donc sous la barre des 2 000 cm³, mais recevait un turbocompresseur destiné à augmenter la quantité d’air admise dans les cylindres.
La stratégie ne doit pas être interprétée comme un précurseur direct du downsizing moderne, fondé sur la réduction de la consommation et des émissions. Dans le cas de la 208, la réduction de cylindrée avait d’abord une motivation fiscale et commerciale locale. Le turbo apportait ensuite la puissance nécessaire pour rendre cette contrainte compatible avec les attentes associées à une Ferrari.
De la 208 GTB Turbo à la version GTS
La 208 GTS Turbo apparaît en 1983, un an après la présentation de la Ferrari 208 GTB Turbo au Salon de Turin de 1982. Le coupé GTB est ainsi la première Ferrari de route turbocompressée. La GTS transpose cette mécanique dans une carrosserie dotée d’un panneau de toit amovible.
Cette chronologie évite une confusion fréquente. La 208 GTS Turbo est bien l’une des toutes premières Ferrari routières équipées d’un turbo, mais elle n’est pas le modèle qui inaugure cette technologie dans la gamme. Ce rôle revient à la 208 GTB Turbo fermée.
Ferrari a construit 250 exemplaires de la version GTS Turbo entre 1983 et 1985. Les numéros de châssis indiqués par le constructeur s’étendent de 42 863 à 59 279. Cette production limitée s’explique en partie par le positionnement très spécifique du modèle, pensé pour répondre aux particularités du marché italien plutôt que pour devenir une Ferrari diffusée à grande échelle.
Un V8 biturbo de 220 ch ? Une erreur fréquente
La Ferrari 208 GTS Turbo n’utilise pas deux turbocompresseurs. Son V8 à 90 degrés reçoit un seul turbo KKK, associé à une soupape de décharge. L’alimentation repose sur une injection mécanique Bosch K-Jetronic. Le moteur conserve deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres et deux soupapes par cylindre.
Installé transversalement en position centrale arrière, ce V8 affiche une cylindrée exacte de 1 990,64 cm³. Il développe 162 kW, soit 220 ch, à 7 000 tr/min. Son couple maximal atteint 240 Nm à 4 800 tr/min. Ces valeurs montrent l’intérêt technique de la suralimentation : malgré une cylindrée inférieure à deux litres, la puissance dépasse nettement celle de la 208 GTS atmosphérique.
Le caractère du moteur reste lié aux technologies de son époque. La réponse d’un turbocompresseur des années 1980 est moins progressive que celle des systèmes modernes pilotés par une électronique sophistiquée. Il est donc plus pertinent de présenter la 208 GTS Turbo comme une Ferrari historique marquée par l’arrivée franche de la suralimentation que comme une petite cylindrée offrant le comportement linéaire d’un moteur turbo contemporain.
Caractéristiques techniques de la Ferrari 208 GTS Turbo
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Période de production | 1983 à 1985 |
| Production | 250 exemplaires |
| Architecture du moteur | V8 à 90 degrés, central arrière transversal |
| Cylindrée | 1 990,64 cm³ |
| Suralimentation | Un turbocompresseur KKK |
| Alimentation | Injection mécanique Bosch K-Jetronic |
| Puissance maximale | 220 ch à 7 000 tr/min |
| Couple maximal | 240 Nm à 4 800 tr/min |
| Vitesse maximale annoncée | 242 km/h |
| Poids à sec | 1 243 kg |
| Empattement | 2 340 mm |
Ferrari annonçait une vitesse maximale de 242 km/h. La voiture mesure 4 230 mm de long, 1 720 mm de large et 1 120 mm de haut. Son poids à sec est donné pour 1 243 kg. Ces chiffres replacent la 208 GTS Turbo dans la catégorie des sportives compactes de son époque, avec des dimensions très éloignées de celles des modèles modernes devenus plus larges et plus lourds.
Une carrosserie targa issue de la lignée 308
La 208 GTS Turbo reprend une carrosserie deux places dessinée par Pininfarina, avec un panneau de toit rigide amovible. Son architecture et ses proportions sont étroitement liées à celles de la Ferrari 308 GTS, mais sa mécanique de moins de deux litres et ses besoins de refroidissement lui donnent une identité technique propre.
Les versions Turbo se reconnaissent notamment à leurs ouvertures supplémentaires dans le spoiler avant et à leurs conduits NACA aménagés sur les flancs. Ces éléments ne relèvent pas uniquement de la décoration. Ils accompagnent les contraintes thermiques et les besoins en air d’une mécanique suralimentée installée derrière l’habitacle.
Le toit targa offre une expérience différente de celle du coupé GTB tout en conservant une structure fixe autour de l’habitacle. La lunette arrière, les montants et la partie centrale de la carrosserie restent en place lorsque le panneau de toit est retiré. La dénomination GTS correspond ainsi à une carrosserie ouverte, mais pas à un cabriolet classique doté d’une capote entièrement repliable.
208 GTS Turbo et GTS Turbo : deux modèles distincts
La Ferrari 208 GTS Turbo de 1983 est parfois confondue avec la Ferrari GTS Turbo apparue en 1986. Cette dernière appartient à une évolution ultérieure, reconnaissable à une carrosserie proche de la génération 328. Elle ne porte plus officiellement le nombre 208 dans son appellation.
La différence ne se limite pas au nom. La GTS Turbo lancée en 1986 développe 254 ch et 328 Nm, pour une vitesse maximale annoncée de 253 km/h. Attribuer ces valeurs à la 208 GTS Turbo de 1983 conduit donc à mélanger deux générations. Pour identifier correctement une voiture ou vérifier une fiche technique, l’année de production et la dénomination exacte sont essentielles.
Cette évolution accompagne le passage du style de la série 308 vers celui de la Ferrari 328 GTS. Les pare-chocs, les boucliers et plusieurs détails de carrosserie deviennent plus intégrés, tandis que la mécanique suralimentée gagne en puissance. La 208 GTS Turbo reste, elle, associée aux lignes plus anguleuses du début des années 1980.
Pourquoi la Ferrari 208 GTS Turbo est-elle rare ?
Sa rareté tient d’abord à son volume de production de 250 unités. Elle provient aussi de son positionnement très ciblé. Contrairement aux Ferrari développées pour plusieurs grands marchés, la famille 208 répondait principalement à une particularité fiscale italienne. Son intérêt historique dépasse aujourd’hui ce cadre national, car elle documente la manière dont Ferrari a adapté sa mécanique à une contrainte réglementaire sans abandonner son architecture V8.
Cette faible production ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir la valeur d’un exemplaire. L’état mécanique, la conformité à la configuration d’origine, l’historique d’entretien, la corrosion éventuelle, la qualité des restaurations et la présence des documents doivent être examinés séparément. Sur une sportive turbo ancienne, l’entretien du circuit de suralimentation, de l’injection mécanique et du refroidissement mérite une attention particulière.
La Ferrari 208 GTS Turbo se distingue finalement par la combinaison de trois caractéristiques rarement réunies : une cylindrée inférieure à deux litres, un V8 turbocompressé et une carrosserie targa produite en très petite série. Elle constitue à la fois une réponse ingénieuse à la fiscalité italienne et un jalon précis dans l’adoption du turbo par les Ferrari de route.











