Présentée au Salon de l’automobile de Turin en 1982, la Ferrari 208 GTB Turbo occupe une place particulière dans l’histoire de Maranello. Elle est la première Ferrari de route équipée d’un moteur turbocompressé. Son V8 de seulement 1 990,64 cm³ développe 220 ch, atteint 242 km/h et permet à Ferrari de compenser une cylindrée volontairement limitée par la fiscalité italienne.
Cette berlinette ne doit pas être considérée comme une simple Ferrari 308 à moteur réduit. Elle marque le début d’une nouvelle approche technique pour la marque, fondée sur la suralimentation afin d’obtenir les performances attendues d’une sportive malgré une cylindrée inférieure à deux litres.
Une Ferrari conçue pour la fiscalité italienne
La naissance de la 208 GTB Turbo s’explique d’abord par le contexte fiscal de son marché d’origine. En Italie, les automobiles dépassant deux litres de cylindrée étaient soumises à une taxation particulièrement pénalisante. Ferrari avait donc intérêt à proposer un modèle restant juste sous ce seuil, sans renoncer aux performances associées à son image.
Cette stratégie avait déjà donné naissance à plusieurs modèles spécifiques. La Ferrari Dino 208 GT4 avait inauguré cette formule avec un V8 de deux litres installé dans un coupé à moteur central. La 208 GTB atmosphérique avait ensuite repris cette logique dans une carrosserie deux places apparentée à celle de la 308.
Le problème venait des performances. Avec 155 ch, la Ferrari 208 GTB restait sensiblement moins puissante que les autres berlinettes de la gamme. La suralimentation offrait une réponse directe à cette contrainte : conserver une cylindrée de 1 990,64 cm³ tout en portant la puissance à 220 ch.
Le premier moteur turbo d’une Ferrari de route
Le moteur de la 208 GTB Turbo est un V8 ouvert à 90 degrés, installé transversalement en position centrale arrière. Son alésage de 66,8 mm et sa course de 71 mm donnent une cylindrée exacte de 1 990,64 cm³. Son taux de compression relativement bas, fixé à 7:1, est adapté au fonctionnement avec un turbocompresseur.
L’alimentation associe une injection mécanique Bosch K-Jetronic à un turbocompresseur unique. L’ensemble délivre 220 ch à 7 000 tr/min et un couple maximal de 240 Nm à 4 800 tr/min. La transmission est assurée par une boîte manuelle à cinq rapports, complétée par une marche arrière.
Le gain par rapport à la version atmosphérique est considérable. La puissance progresse de 155 à 220 ch, soit une augmentation de près de 42 %. Ferrari indiquait également une hausse du couple de 18 %. Ces chiffres montrent que le turbo n’était pas seulement destiné à compenser une légère différence de cylindrée : il transformait profondément le niveau de performances du modèle.
Performances et caractéristiques techniques
Ferrari annonçait un 0 à 100 km/h réalisé en 6,6 secondes et une vitesse maximale de 242 km/h. Ces valeurs rapprochaient la 208 GTB Turbo des sportives de plus forte cylindrée, tout en maintenant son moteur sous la limite fiscale des deux litres.
| Caractéristique | Ferrari 208 GTB Turbo |
|---|---|
| Période de production | 1982 à 1985 |
| Architecture moteur | V8 à 90 degrés, central arrière transversal |
| Cylindrée | 1 990,64 cm³ |
| Alésage et course | 66,8 x 71 mm |
| Taux de compression | 7:1 |
| Alimentation | Injection Bosch K-Jetronic et turbocompresseur |
| Puissance maximale | 220 ch à 7 000 tr/min |
| Couple maximal | 240 Nm à 4 800 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à cinq rapports |
| Vitesse maximale | 242 km/h |
| 0 à 100 km/h | 6,6 secondes |
| Poids à sec | 1 232 kg |
Avec un poids à sec annoncé de 1 232 kg, la voiture affiche un rapport poids-puissance d’environ 5,6 kg par cheval. Ce chiffre aide à comprendre comment un moteur de moins de deux litres pouvait fournir des accélérations et une vitesse de pointe cohérentes avec le statut d’une Ferrari.
Une silhouette de 308 adaptée aux besoins du turbo
La carrosserie dessinée par Pininfarina reprend les proportions et les lignes générales de la Ferrari 308 GTB. On retrouve une berlinette deux places basse et compacte, avec un moteur placé derrière l’habitacle et une silhouette caractéristique des Ferrari à moteur central de cette période.
La 208 GTB Turbo possède toutefois plusieurs éléments spécifiques liés à son système de suralimentation et à ses besoins de refroidissement. Elle reçoit notamment un spoiler avant plus profond, cinq ouvertures de refroidissement et des prises d’air NACA sur les flancs. Ces détails permettent de la différencier d’une 208 GTB atmosphérique tout en conservant l’équilibre du dessin d’origine.
La voiture mesure 4 230 mm de long, 1 720 mm de large et seulement 1 120 mm de haut. Son empattement atteint 2 340 mm, tandis que son réservoir peut contenir 74 litres. Ces dimensions compactes correspondent à celles d’une berlinette sportive conçue autour de deux occupants et d’un groupe motopropulseur central.
Une version GTS à toit amovible
La berlinette fermée était accompagnée d’une déclinaison découvrable. La Ferrari 208 GTS Turbo utilisait la même logique mécanique, mais adoptait une carrosserie de type targa avec un panneau de toit amovible. Les deux versions répondaient au même objectif : proposer sur le marché italien une Ferrari performante sans franchir le seuil fiscal des deux litres.
La GTB conservait néanmoins les avantages d’un coupé fermé, notamment une ligne de toit continue et une structure adaptée à une conduite sportive. Le choix entre GTB et GTS relevait donc moins d’une différence de philosophie mécanique que d’une préférence entre berlinette fermée et conduite à ciel ouvert.
Une production limitée à 437 exemplaires
Ferrari indique que 437 exemplaires de la 208 GTB Turbo ont été produits entre 1982 et 1985. Les numéros de châssis s’étendent de 41357 à 59277. Cette diffusion limitée s’explique notamment par la vocation très ciblée du modèle, développé avant tout pour répondre aux particularités du marché italien.
Sa rareté ne constitue cependant pas son seul intérêt historique. La 208 GTB Turbo représente surtout le premier usage du turbocompresseur sur une Ferrari de série destinée à la route. Elle précède ainsi les modèles turbo plus puissants qui vont approfondir cette solution technique au cours des années suivantes.
Ne pas la confondre avec la Ferrari GTB Turbo de 1986
La dénomination peut prêter à confusion, car Ferrari lance en 1986 une autre berlinette appelée Ferrari GTB Turbo. Cette évolution abandonne officiellement le nombre « 208 » dans son appellation et reçoit plusieurs améliorations techniques et esthétiques.
La différence la plus visible apparaît dans les performances du moteur. La 208 GTB Turbo de 1982 développe 220 ch et 240 Nm, alors que la GTB Turbo de 1986 atteint 254 ch à 6 500 tr/min et 328 Nm. Sa vitesse maximale progresse également de 242 à 253 km/h.
Les deux voitures reposent sur le même principe fiscal et conservent une cylindrée inférieure à deux litres, mais elles correspondent à deux générations distinctes. La 208 GTB Turbo est le modèle pionnier produit de 1982 à 1985. La GTB Turbo qui lui succède à partir de 1986 constitue une évolution plus puissante, modernisée dans l’esprit de la Ferrari 328.
La pionnière d’une nouvelle ère technique
La Ferrari 208 GTB Turbo démontre que la réduction de cylindrée n’implique pas nécessairement un recul des performances. En associant un V8 de moins de deux litres à la suralimentation, Ferrari parvient à créer une berlinette de 220 ch capable de dépasser 240 km/h, tout en respectant les contraintes fiscales qui avaient motivé sa conception.
Son importance dépasse donc sa production limitée et sa destination principalement italienne. Cette voiture introduit sur route une technologie que Ferrari exploitera bientôt sur des modèles plus puissants. La 208 GTB Turbo reste ainsi le point de départ de la lignée des Ferrari de série turbocompressées.











