Daniel Ricciardo n’est plus en Formule 1 parce que l’écurie RB a décidé de le remplacer par Liam Lawson après le Grand Prix de Singapour 2024. Ses résultats, jugés trop irréguliers face à ceux de son coéquipier Yuki Tsunoda, ne justifiaient plus de poursuivre la saison avec lui. Red Bull voulait également profiter des six dernières courses pour évaluer Lawson avant de choisir ses pilotes pour 2025.
Son départ n’a donc pas été provoqué par une sanction, un accident définitif ou une décision soudaine de prendre sa retraite. Il correspond à l’aboutissement d’une baisse de performance amorcée plusieurs années auparavant, malgré une tentative de relance chez AlphaTauri, devenue RB. Ricciardo a ensuite reconnu qu’il lui était devenu de plus en plus difficile de piloter au niveau dont il se savait capable.
Une mise à l’écart immédiate après le Grand Prix de Singapour
Le 26 septembre 2024, RB a officialisé le départ de Daniel Ricciardo avec effet immédiat. Le Grand Prix de Singapour, disputé quelques jours plus tôt, est ainsi devenu sa dernière course en Formule 1. Liam Lawson a récupéré son baquet à partir du Grand Prix des États-Unis et l’a conservé pendant les six dernières manches de la saison.
Cette annonce a confirmé une situation devenue difficile à dissimuler. Dès le week-end de Singapour, Ricciardo s’était montré très ému et avait laissé entendre qu’il pouvait avoir disputé sa dernière course. RB n’avait toutefois pas présenté l’épreuve comme des adieux officiels, ce qui explique le sentiment de fin de carrière inachevée ressenti par une partie du public.
Le remplacement en cours de saison répondait à deux objectifs. Le premier consistait à mettre fin à une association qui ne produisait pas les résultats espérés. Le second était de donner à Lawson suffisamment de courses pour être comparé à Tsunoda avant les décisions concernant la saison suivante.
Des performances insuffisantes face à Yuki Tsunoda
La principale explication est sportive. Après le Grand Prix de Singapour 2024, Yuki Tsunoda comptait 22 points contre 12 pour Daniel Ricciardo. L’écart n’était pas immense dans l’absolu, mais il devenait significatif entre deux pilotes disposant de la même voiture. Pour comprendre la portée de ces résultats, il faut tenir compte du système de points en Formule 1, qui ne récompense que les dix premiers d’un Grand Prix.
Ricciardo avait terminé trois Grands Prix dans le top 10 au cours de ses 18 départs en 2024, contre sept pour Tsunoda sur la même période. Dans une écurie du milieu de grille, chaque arrivée dans les points compte. Un pilote ne doit pas seulement signer une performance isolée, il doit être capable d’exploiter régulièrement les rares occasions offertes par la voiture, la stratégie ou les incidents de course.
Ricciardo avait bien montré quelques signes encourageants. Il avait notamment terminé quatrième du sprint de Miami et huitième du Grand Prix du Canada. Ces résultats prouvaient qu’il conservait de la vitesse, mais ils restaient trop espacés. Les dirigeants de Red Bull attendaient une progression plus nette et plus constante.
Le problème ne se résumait donc pas à une mauvaise course ou à un simple déficit de points. Ricciardo ne parvenait pas à prendre durablement l’ascendant sur Tsunoda, alors que son expérience et son palmarès devaient théoriquement en faire la référence de l’équipe. Cette incapacité à établir une supériorité claire a fragilisé sa position.
Son retour devait lui ouvrir la porte de Red Bull
Lorsque Daniel Ricciardo a retrouvé un volant chez AlphaTauri en juillet 2023, son objectif dépassait le cadre de cette écurie. Red Bull voulait vérifier s’il pouvait retrouver le niveau qui lui avait permis de remporter sept Grands Prix avec l’équipe principale entre 2014 et 2018.
Une succession potentielle de Sergio Pérez était alors envisageable. Pour obtenir ce baquet, Ricciardo devait cependant dominer clairement son coéquipier et démontrer qu’il pouvait redevenir un candidat crédible pour une équipe visant les titres mondiaux. Ses résultats n’ont pas suffi à transformer cette possibilité en véritable promotion.
Cette situation doit aussi être replacée dans une période où les décisions sportives de Red Bull étaient particulièrement sensibles. Les difficultés rencontrées par Red Bull en 2024 ont accru la pression autour du choix des pilotes et de leur capacité à contribuer régulièrement au championnat constructeurs.
À partir du moment où Ricciardo ne semblait plus en mesure d’obtenir le volant de l’équipe principale, son maintien chez RB perdait une partie de sa justification stratégique. Red Bull disposait parallèlement de Lawson, un jeune pilote déjà testé en course et susceptible de représenter une solution pour l’avenir.
La blessure de 2023 a compliqué sa tentative de retour
Ricciardo avait remplacé Nyck de Vries chez AlphaTauri à partir du Grand Prix de Hongrie 2023. Son retour a toutefois été interrompu dès sa troisième apparition. Lors des essais libres du Grand Prix des Pays-Bas, il s’est fracturé un métacarpien de la main gauche en percutant les barrières.
La blessure était plus sérieuse qu’elle ne l’avait semblé initialement. Elle l’a contraint à manquer cinq Grands Prix et a cassé la dynamique d’une reprise déjà délicate. Ricciardo devait se réadapter à la compétition, comprendre une voiture difficile et convaincre rapidement Red Bull, mais il a perdu plusieurs semaines importantes.
Cette absence a également offert une occasion à Liam Lawson. Le Néo-Zélandais a remplacé Ricciardo pendant cinq courses et a marqué ses premiers points en terminant neuvième à Singapour. Ses performances ont donné à Red Bull une solution de remplacement crédible, ce qui a nécessairement réduit la marge d’erreur de Ricciardo lors de la saison suivante.
La blessure n’explique cependant pas à elle seule son départ. Ricciardo a bénéficié d’une saison 2024 presque complète pour démontrer son niveau. Elle constitue plutôt un facteur aggravant dans une tentative de reconstruction qui disposait déjà de peu de temps.
Les difficultés avaient commencé chez McLaren
Le départ de RB en 2024 n’était pas la première rupture récente dans la carrière de Ricciardo. En 2022, McLaren et le pilote australien avaient décidé de mettre fin avec un an d’avance au contrat qui devait initialement couvrir la saison 2023.
Ricciardo avait rejoint McLaren après deux saisons chez Renault, une équipe devenue ensuite Alpine, un changement expliqué dans l’article consacré au passage de Renault à Alpine en F1. Son arrivée aux côtés de Lando Norris devait renforcer les ambitions de McLaren, mais il n’a jamais réussi à s’adapter durablement au comportement de la monoplace.
Sa victoire au Grand Prix d’Italie 2021 reste un succès majeur, puisqu’elle a offert à McLaren sa première victoire depuis 2012. Elle n’a toutefois pas effacé ses difficultés récurrentes, notamment en qualifications et dans les virages exigeant un style de pilotage différent de celui avec lequel il avait construit ses succès chez Red Bull.
À la fin de la saison 2022, l’écart avec Norris était devenu trop important. McLaren a choisi Oscar Piastri pour le remplacer, tandis que Ricciardo a accepté un rôle de troisième pilote chez Red Bull en 2023. Ce passage par la réserve devait lui permettre de retrouver de la confiance avant son retour chez AlphaTauri.
Pourquoi son remplacement n’était pas encore une retraite officielle
À l’automne 2024, Ricciardo n’a pas immédiatement annoncé qu’il abandonnait définitivement la compétition. Il a perdu son baquet, mais une mise à l’écart ne constitue pas automatiquement une retraite. Un pilote peut rester disponible, chercher un volant dans une autre discipline ou attendre une nouvelle possibilité en Formule 1.
Son cas diffère ainsi du départ de Nico Rosberg de la F1. Rosberg avait choisi de se retirer quelques jours après avoir remporté le championnat du monde 2016. Ricciardo, lui, a été remplacé en cours de saison après une période de résultats insuffisants. La décision initiale venait de l’équipe et non d’une volonté personnelle de quitter la discipline au sommet.
Un retour en F1 paraissait néanmoins peu probable. Les principales équipes avaient déjà arrêté ou largement préparé leurs compositions pour 2025, tandis que Ricciardo ne souhaitait pas nécessairement poursuivre sa carrière dans une équipe sans perspective sportive convaincante.
Daniel Ricciardo a ensuite reconnu avoir perdu une partie de son niveau
Avec le recul, Ricciardo a confirmé que la compétition lui demandait un effort croissant. Dans un entretien publié en avril 2026, il a expliqué qu’il devait chercher de plus en plus profondément pour produire une performance dont il pouvait être fier. Il a aussi reconnu avoir « perdu un petit quelque chose » par rapport au pilote qu’il avait été.
Cette déclaration apporte une nuance importante. Son départ ne peut pas être réduit à une erreur de management ou à une décision injuste de Red Bull. Ricciardo lui-même a admis qu’il lui était devenu plus difficile d’atteindre son meilleur niveau et s’est dit reconnaissant que l’équipe ait pris une décision qu’il n’était peut-être pas prêt à prendre seul.
La Formule 1 exige une précision extrême et une confiance totale dans la voiture. Un léger déficit d’adaptation, de régularité ou de conviction peut suffire à créer plusieurs dixièmes de seconde d’écart. Dans un environnement où les pilotes sont comparés à chaque séance, cette perte relative peut devenir déterminante, même pour un ancien vainqueur de Grand Prix.
Une retraite confirmée après une carrière de 257 Grands Prix
Daniel Ricciardo a formellement confirmé le 5 septembre 2025 que ses années de compétition étaient terminées. Il a alors été nommé ambassadeur mondial de Ford Racing. Cette annonce a transformé ce qui pouvait encore être interprété comme une pause en véritable retraite sportive.
Son départ de la Formule 1 ne doit pas faire oublier l’importance de sa carrière. L’Australien a disputé 257 Grands Prix, remporté huit courses, obtenu 32 podiums et signé trois pole positions. Il a également terminé troisième du championnat du monde en 2014 et en 2016.
Sa trajectoire reste marquée par deux périodes très différentes. La première est celle d’un pilote capable de battre Sebastian Vettel chez Red Bull, de réussir des dépassements tardifs et de remporter des courses grâce à une gestion remarquable des pneus et de la stratégie. La seconde est celle d’un pilote dont le style s’est moins bien accordé avec certaines monoplaces et qui n’a jamais totalement retrouvé sa régularité passée.
Daniel Ricciardo n’a donc pas quitté la F1 pour une raison unique. Son remplacement résulte de l’accumulation de performances irrégulières, d’une comparaison défavorable avec Tsunoda et de la volonté de Red Bull d’évaluer Lawson. Sa retraite, confirmée près d’un an plus tard, a ensuite fermé la possibilité d’un nouveau retour sur la grille.






