Présentée en Corée du Sud le 14 octobre 1997, la Ssangyong Chairman marque l’entrée du constructeur dans la grande berline de prestige. Longue de plus de cinq mètres, elle associe une carrosserie conçue pour la clientèle de direction à une base technique dérivée de la Mercedes-Benz Classe E W124. Ce choix permet à Ssangyong de proposer une voiture très différente des tout-terrain qui font alors sa réputation.
Une berline de prestige née du partenariat avec Mercedes-Benz
Ssangyong conclut une alliance technique avec Mercedes-Benz en 1991. Les moteurs issus de cette coopération équipent d’abord le Ssangyong Musso. Pour la Chairman, le constructeur va plus loin : la plateforme, les trains roulants et plusieurs organes mécaniques proviennent de l’architecture de la W124, profondément retravaillée pour recevoir une carrosserie nouvelle et un empattement plus long.
Le projet répond à une ambition précise. Ssangyong veut accéder au marché coréen des grandes voitures de fonction et de représentation, alors que son catalogue est surtout constitué de véhicules de loisirs. Le Ssangyong Korando 2, lancé l’année précédente, illustre cette activité principale. Avec la Chairman, la marque cherche une clientèle attachée à l’espace arrière, au confort et à la présentation, sans développer entièrement une mécanique de grande berline.
La voiture est officiellement présentée au Hyatt de Séoul le 14 octobre 1997. Une déclinaison à empattement allongé figure également dans l’offre de lancement annoncée par la presse coréenne. Ssangyong mise ainsi sur deux usages proches mais distincts : la berline standard pour une grande voiture personnelle ou professionnelle, et la limousine pour les trajets avec chauffeur.
Une silhouette originale sur une base connue
La Chairman ne reprend pas la carrosserie de la Mercedes dont elle utilise la base. Son capot long, sa calandre verticale chromée, sa malle nettement dessinée et sa ligne de toit formelle composent une silhouette de berline statutaire. L’allure évoque davantage l’univers des grandes limousines Mercedes de l’époque que celui de la Classe E W124. Il faut toutefois distinguer cette inspiration visuelle de la parenté mécanique : la Chairman de 1997 ne repose pas sur une Classe S W140.
Une étude historique consacrée au modèle attribue la supervision de son style à Josef Gallitzendörfer, designer ayant également travaillé sur la W124. La carrosserie donne à la voiture ses propres proportions : la berline standard mesure 5,055 m de long et possède un empattement de 2,90 m. La limousine ajoute 30 cm à chacune de ces deux mesures, au bénéfice de l’espace réservé aux passagers arrière.
La présentation intérieure reflète la vocation de la voiture. Une brochure de 1998 montre notamment des sièges à réglages électriques, des commandes accessibles depuis l’arrière et, selon les configurations, un store de lunette arrière ainsi qu’un système à écran tactile regroupant plusieurs fonctions de bord. Ces équipements varient avec la finition : ils ne caractérisent pas nécessairement toutes les Chairman vendues dès 1997.
Pour identifier une voiture d’origine, la face avant et ses optiques comptent autant que le badge. La première Chairman a ensuite connu plusieurs changements de style. Une voiture portant le nom « Chairman » mais dotée de projecteurs ou d’une calandre plus récents peut appartenir à une phase ultérieure de la même lignée.
Fiche technique de la Ssangyong Chairman
| Caractéristique | Chairman de première génération, versions documentées |
|---|---|
| Carrosserie | Berline tricorps à quatre portes et cinq places ; version limousine allongée |
| Architecture | Structure dérivée de la Mercedes-Benz W124, moteur avant longitudinal, propulsion |
| CM400 | Quatre cylindres essence atmosphérique d’environ 2,3 l ; 150 ch indiqués par les catalogues techniques |
| CM500 | Six cylindres en ligne essence atmosphérique, 2 799 cm³, injection multipoint, double arbre à cames, 24 soupapes ; 197 ch à 5 500 tr/min et 271 Nm à 3 750 tr/min |
| CM600S | Six cylindres en ligne essence atmosphérique, 3 199 cm³, injection multipoint, double arbre à cames, 24 soupapes ; 220 ch à 5 500 tr/min et environ 310 à 314 Nm selon les fiches |
| Boîte de vitesses | Automatique à cinq rapports documentée sur les CM500 et CM600S consultées ; disponibilité d’autres boîtes à préciser selon version et marché |
| Suspensions | Architecture apparentée à la W124 ; jambes de force à l’avant et train multibras à l’arrière indiqués dans les fiches techniques |
| Direction et freins | Direction assistée et organes de freinage issus de la base technique Mercedes-Benz ; configuration détaillée variable selon version |
| Dimensions de la berline standard | 5 055 mm de long, 1 825 mm de large, 1 465 mm de haut ; empattement de 2 900 mm |
| Voies de la berline standard | 1 550 mm à l’avant et 1 540 mm à l’arrière selon la fiche CM500 |
| Dimensions de la limousine | 5 355 mm de long ; empattement de 3 200 mm |
| Masse à vide indicative | 1 700 kg pour la CM500 standard ; 1 735 kg pour la CM600S standard dans les fiches consultées |
| Coffre et réservoir | 470 l et 80 l indiqués pour les berlines standard documentées |
| Performances publiées par Auto-Data | CM500 : 210 km/h et 0 à 100 km/h en 11 s ; CM600S : 210 km/h et 0 à 100 km/h en 9 s |
| Consommation publiée par Auto-Data | CM500 : 17,3 l/100 km en ville et 9,8 l/100 km hors ville ; CM600S : 18,1 et 10,3 l/100 km respectivement |
Motorisations et conduite : la priorité au confort
Les versions à six cylindres illustrent le positionnement de la Chairman. La CM500 de 2,8 litres et la CM600 de 3,2 litres privilégient une puissance délivrée sans recours à la suralimentation. Associées à la propulsion et, sur les versions documentées, à une boîte automatique à cinq rapports, elles correspondent à la vocation d’une grande routière confortable plutôt qu’à celle d’une berline sportive.
Le six cylindres de 3,2 litres est lié à la famille mécanique Mercedes-Benz M104 dans les études consacrées à la voiture. Cette filiation ne signifie pas que chaque pièce soit interchangeable avec celle d’une Mercedes : Ssangyong a adapté les organes à son modèle et à leur production. Pour l’entretien ou l’achat de pièces, la motorisation exacte et l’année de fabrication restent donc déterminantes.
Les performances doivent aussi être lues par version. Les données publiées pour la CM600S standard ne décrivent ni la limousine plus longue et plus lourde, ni les Chairman restylées produites des années après le lancement. Des sites donnent par ailleurs un couple de 310 ou 314 Nm pour la même 3,2 litres. Faute de fiche constructeur de 1997 permettant de départager ces valeurs, l’écart ne justifie pas de retenir une précision supérieure à celle des documents disponibles.
De la Chairman originelle à la Chairman H et à la Chairman W
Le nom Chairman couvre plusieurs étapes qu’il ne faut pas confondre. La voiture lancée en 1997 reçoit une évolution importante commercialisée sous le nom de New Chairman en 2003. Ssangyong modifie sa présentation et enrichit ses équipements tout en conservant la lignée technique initiale. D’autres retouches interviennent ensuite, notamment sur les optiques et la face avant.
En 2008, la marque introduit la Chairman W, une nouvelle grande berline proposée parallèlement à l’ancienne architecture, alors identifiée comme Chairman H. Cette coexistence explique pourquoi certaines bases de données rangent toutes les voitures de 1997 à 2014 sous l’intitulé « Chairman H ». Pour décrire une voiture de lancement, « Chairman de 1997 » est plus précis : le suffixe H ne faisait pas partie de son identification initiale.
La Chairman W possède ses propres motorisations et équipements, dont un V8 de 5,0 litres sur certaines versions. Ni ce moteur ni les caractéristiques de transmission intégrale associées à la W ne doivent être attribués à la berline de 1997. La première lignée poursuit sa carrière, avec un nouveau remaniement visuel en 2011, jusqu’à son arrêt fin 2014. La Chairman W demeure ensuite au catalogue jusqu’en 2017.
Cette longue coexistence suit l’évolution de la gamme Ssangyong. Le Ssangyong Rexton élargit à partir des années 2000 l’offre haut de gamme de la marque dans le domaine des SUV, sans remplacer la Chairman : les deux modèles répondent à des usages et à des clientèles différents.
Commercialisation et place sur le marché
Au lancement, la Chairman limousine figure parmi les automobiles coréennes les plus chères. La presse locale de 1997 annonce un tarif de 58,5 millions de wons pour cette version et rapporte 1 134 commandes enregistrées le premier jour, dont 130 limousines. Ces chiffres décrivent l’accueil commercial immédiat communiqué à l’époque ; ils ne constituent ni un total de livraisons ni un volume de production.
La Chairman est également proposée sous la marque Daewoo sur certains marchés pendant la période de rapprochement entre les deux constructeurs. L’essentiel de son histoire commerciale reste toutefois lié à la Corée du Sud. Sa diffusion à l’étranger demeure limitée, dans un segment où l’image de marque et le réseau de distribution pèsent particulièrement dans la décision d’achat.
Aucun total de production suffisamment établi ne permet de mesurer précisément la rareté de la Chairman originelle. Pour reconnaître un exemplaire, il faut examiner sa date de fabrication, sa présentation extérieure, son empattement et sa motorisation : le seul nom inscrit sur le coffre peut désigner des voitures sensiblement différentes produites à de nombreuses années d’intervalle.




