
Les origines de SsangYong remontent à 1954, dans une Corée du Sud encore marquée par les conséquences de la guerre. L’entreprise qui donnera naissance à la marque commence par construire des autobus avant de se spécialiser progressivement dans les véhicules tout-terrain. Son histoire est ensuite jalonnée de changements de nom, d’alliances industrielles, de rachats et de restructurations. Le Korando, le Musso, le Rexton puis le Tivoli ont accompagné cette évolution, tandis que plusieurs propriétaires successifs, dont Daewoo, SAIC et Mahindra, ont tenté de stabiliser le constructeur. Depuis 2023, la société ne porte plus officiellement le nom SsangYong Motor mais celui de KG Mobility.
1954 : Ha Dong-hwan lance l’entreprise à l’origine de SsangYong
L’histoire commence en janvier 1954 à Séoul. Ha Dong-hwan, alors jeune mécanicien, installe un petit atelier automobile à Changcheon-dong. Dans un pays dont les infrastructures et le parc automobile ont été durement touchés par la guerre de Corée, son activité répond d’abord à un besoin très concret : remettre des moyens de transport sur les routes.
L’atelier fabrique principalement des autobus en utilisant notamment des moteurs, transmissions et autres composants disponibles dans les surplus de véhicules militaires. Cette activité artisanale se transforme progressivement en véritable industrie. Au début des années 1960, l’entreprise dispose d’une usine spécialisée dans les autobus et devient un acteur important du transport collectif sud-coréen.
Les premières exportations interviennent dès le milieu des années 1960, notamment vers Brunei puis vers d’autres marchés asiatiques. Cette période est importante car elle montre que l’ancêtre de SsangYong n’est pas né comme constructeur de voitures particulières. Son savoir-faire initial concerne les véhicules utilitaires, leur adaptation à des conditions difficiles et la production industrielle dans une économie coréenne en plein développement.
1967 : le rapprochement avec Shinjin ouvre la voie aux véhicules tout-terrain
Un tournant intervient en 1967 avec le rapprochement entre l’entreprise de Ha Dong-hwan et Shinjin Automotive Industry. Cette branche de l’industrie automobile coréenne développe alors des véhicules tout-terrain issus de modèles de type Jeep. Au fil des réorganisations industrielles, cette activité passe notamment par la société Keohwa.
C’est dans cette filiation que se construit l’identité tout-terrain qui deviendra plus tard indissociable de SsangYong. Les véhicules produits ne sont plus seulement destinés au transport collectif ou aux usages professionnels. Les 4×4 deviennent progressivement une activité centrale, avec des variantes civiles adaptées aux loisirs et aux déplacements quotidiens.
Le nom Korando apparaît au début des années 1980 dans cette branche. Dong-A Motor, nom adopté par l’entreprise de Ha Dong-hwan en 1977, prend le contrôle de Keohwa en 1984 avant de l’absorber l’année suivante. Cette opération réunit au sein d’une même entreprise l’activité industrielle de Dong-A et l’héritage des 4×4 qui donnera à la future marque SsangYong son positionnement le plus durable.
1986 : SsangYong Group prend le contrôle de Dong-A Motor
Le nom SsangYong entre réellement dans l’histoire du constructeur en 1986, lorsque le conglomérat sud-coréen SsangYong Group prend le contrôle de Dong-A Motor. Deux ans plus tard, en mars 1988, la société adopte officiellement le nom SsangYong Motor Company.
Cette distinction est essentielle pour comprendre l’histoire de la marque. L’entreprise revendique des origines industrielles remontant à 1954, mais elle ne s’appelle pas SsangYong depuis cette date. Le nom apparaît seulement après plus de trois décennies de transformations, de changements de structure et d’intégration de différentes activités automobiles.
En 1988, le Korando Family accompagne cette nouvelle identité. Avec ses cinq portes et son orientation plus familiale, il participe à l’évolution du 4×4 traditionnel vers un véhicule polyvalent pouvant servir aussi bien aux loisirs qu’à un usage quotidien. SsangYong commence ainsi à définir le territoire qui restera le sien pendant plusieurs décennies : celui des 4×4, puis des SUV.
1991 : l’alliance avec Mercedes-Benz fait monter SsangYong en gamme
Au début des années 1990, SsangYong cherche à améliorer sa technologie et à renforcer sa crédibilité à l’international. En 1991, le constructeur engage une coopération technique avec Mercedes-Benz et Daimler-Benz. Le partenariat concerne notamment les moteurs diesel et plusieurs projets de véhicules.
Le résultat le plus emblématique de cette période est le Musso, lancé en 1993. Ce 4×4 plus moderne et plus ambitieux utilise des motorisations issues de Mercedes-Benz et donne à SsangYong une visibilité internationale beaucoup plus importante. Il contribue à faire évoluer l’image du constructeur, jusque-là étroitement associée aux véhicules tout-terrain rustiques.
La coopération permet également à SsangYong d’élargir ses ambitions. L’entreprise développe des utilitaires et explore le haut de gamme avec la berline Chairman à la fin des années 1990. Tous ces produits n’auront pas la même importance commerciale, mais cette période montre la volonté du constructeur de s’appuyer sur une technologie reconnue pour sortir de son statut de spécialiste local du 4×4.
1997 : Daewoo rachète SsangYong dans un contexte de crise asiatique
Cette montée en gamme s’accompagne cependant d’investissements lourds et d’un endettement important. La crise financière asiatique de 1997 fragilise fortement le groupe SsangYong. À la fin de cette même année, Daewoo conclut un accord pour acquérir la participation majoritaire détenue dans SsangYong Motor.
L’intégration est brève. Certains véhicules de SsangYong sont commercialisés sous la marque Daewoo, mais le nouveau propriétaire connaît rapidement ses propres difficultés financières. L’effondrement puis la restructuration de Daewoo au tournant des années 2000 empêchent la constitution d’un ensemble durable.
SsangYong retrouve alors une certaine autonomie sous le contrôle de ses créanciers. Le constructeur se recentre sur ce qu’il maîtrise le mieux. Le lancement du Rexton en 2001 illustre cette stratégie : ce grand SUV remplace progressivement les anciens 4×4 comme porte-drapeau de la marque et consolide un positionnement centré sur les SUV robustes et relativement haut de gamme.
2004 : SAIC prend le contrôle avant la grande crise de 2009
Après la parenthèse Daewoo, SsangYong cherche un nouvel actionnaire capable de financer son développement. En 2004, le groupe chinois SAIC acquiert une participation de contrôle dans le constructeur. L’opération inscrit SsangYong dans un groupe automobile beaucoup plus vaste et doit théoriquement lui donner accès à de nouveaux moyens industriels.
La situation financière reste pourtant fragile. Lorsque la crise économique mondiale frappe les ventes automobiles en 2008 et 2009, SsangYong souffre d’une chute d’activité et d’un manque de liquidités. En janvier 2009, l’entreprise se place sous la protection du tribunal afin d’engager une procédure de restructuration.
La crise prend également une dimension sociale majeure. Un plan de réduction des effectifs provoque au printemps 2009 une longue occupation de l’usine de Pyeongtaek. Le conflit dure environ deux mois et demi avant un accord en août. Cet épisode devient l’un des moments les plus difficiles de l’histoire de SsangYong et marque l’échec de la période SAIC. Il est plus exact de parler ici de redressement et de restructuration judiciaire que de disparition pure et simple : la production continue et un nouveau propriétaire est recherché.
2011 : Mahindra relance le constructeur et modernise sa gamme
En 2011, le groupe indien Mahindra prend environ 70 % du capital de SsangYong Motor. Cette reprise met fin à la restructuration engagée après la crise de 2009 et ouvre une période de relative stabilité financière.
Le constructeur modernise alors profondément son offre. La nouvelle génération du Korando, lancée au début de cette période, abandonne l’architecture traditionnelle du 4×4 au profit d’une structure monocoque plus proche de celle des crossovers modernes. Cette évolution traduit le changement du marché : la clientèle recherche désormais davantage le confort et la polyvalence d’un SUV que les capacités d’un tout-terrain classique.
Le tournant commercial le plus important intervient en 2015 avec le Tivoli. Plus compact que les modèles historiques de la marque, il permet à SsangYong d’accéder à un segment de SUV beaucoup plus large. Son succès commercial en Corée et sur plusieurs marchés étrangers donne au constructeur l’un de ses meilleurs résultats de l’ère moderne.
Cette embellie ne règle toutefois pas les problèmes structurels. À partir de 2017, les pertes opérationnelles réapparaissent et s’aggravent. SsangYong reste un constructeur de taille relativement réduite face à des groupes capables de financer plus facilement le renouvellement rapide des plateformes, des motorisations et des technologies.
2020 : le retrait financier de Mahindra provoque une nouvelle restructuration
En 2020, Mahindra décide de ne plus financer durablement les pertes de sa filiale coréenne et cherche une solution pour réduire ou céder sa participation. En décembre, SsangYong manque un remboursement bancaire et demande une nouvelle procédure de redressement. Le tribunal ouvre formellement la procédure de réhabilitation en avril 2021.
Pour la deuxième fois en un peu plus d’une décennie, l’avenir du constructeur dépend donc de l’arrivée d’un repreneur. Un consortium mené par Edison Motors est d’abord retenu et signe un accord en 2022. L’opération échoue cependant lorsque les financements prévus ne sont pas versés dans les délais.
Cette nouvelle crise montre les limites du modèle économique de SsangYong. Malgré des véhicules identifiables et une spécialisation reconnue dans les SUV, la marque ne dispose pas seule des ressources nécessaires pour assurer en permanence les investissements industriels exigés par le secteur automobile.
2022 : KG Group sauve SsangYong et prépare un nouveau départ
Une solution est finalement trouvée en 2022 avec un consortium conduit par le groupe industriel sud-coréen KG. Le tribunal approuve le plan de redressement en août et met fin à la procédure en novembre après la réalisation de la reprise. SsangYong revient ainsi sous le contrôle d’un groupe coréen après les périodes SAIC puis Mahindra.
Le lancement du Torres intervient au même moment et joue un rôle important dans cette relance. Avec un positionnement de SUV robuste qui renoue davantage avec l’identité historique de l’entreprise, le modèle reçoit un accueil suffisamment favorable pour donner au nouveau propriétaire une base commerciale au moment où la société sort de sa procédure judiciaire.
Le rachat par KG Group n’est donc pas seulement un nouveau changement d’actionnaire. Il permet d’éviter une liquidation, de stabiliser l’entreprise et de préparer une transformation plus profonde de son identité.
2023 : SsangYong Motor devient KG Mobility
Le 22 mars 2023, les actionnaires approuvent le changement de raison sociale de SsangYong Motor en KG Mobility Corporation, généralement abrégé KGM. Après trente-cinq ans d’utilisation officielle du nom SsangYong Motor, le constructeur ouvre ainsi une nouvelle période de son histoire.
Ce changement accompagne une stratégie qui ne repose plus uniquement sur les SUV thermiques traditionnels. Le Torres EVX, version électrique du nouveau SUV, devient l’un des premiers symboles de cette orientation vers l’électrification. KGM affiche également son intention de développer de nouvelles plateformes et de renforcer ses compétences dans les technologies liées aux véhicules électriques et connectés.
En 2026, KG Group reste le propriétaire de référence de l’entreprise, par l’intermédiaire notamment de KG Ecosolution. KGM approfondit parallèlement sa coopération avec le constructeur chinois Chery, avec lequel il développe des partenariats technologiques et industriels. Un investissement stratégique annoncé en août 2026 prend la forme d’obligations convertibles, ce qui ne signifie pas que Chery a remplacé KG Group comme propriétaire. L’ancienne SsangYong poursuit donc aujourd’hui son activité sous le nom KG Mobility, avec une stratégie recentrée sur les SUV, l’électrification et les alliances technologiques.
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