Alpine Alpenglow Hy4

Alpine Alpenglow Hy4

Dévoilée en mai 2024, l’Alpine Alpenglow Hy4 est la première interprétation réellement roulante du manifeste Alpenglow présenté deux ans auparavant. Ce prototype expérimental associe un châssis en carbone issu de l’univers LMP3 à un moteur quatre cylindres turbo de 2,0 litres alimenté en hydrogène. Avec 340 ch, trois réservoirs à 700 bars et une vitesse annoncée autour de 270 km/h, l’Hy4 permet surtout à Alpine de confronter sa technologie de combustion d’hydrogène aux contraintes réelles d’un circuit.

L’Hy4 n’est ni une voiture de série ni une Hypercar engagée en compétition. Elle constitue un laboratoire roulant destiné à étudier une voie différente de la pile à combustible : brûler directement l’hydrogène dans un moteur thermique afin de conserver une partie des sensations, de la sonorité et des caractéristiques mécaniques associées à la combustion.

Du concept Alpenglow à un prototype capable de rouler

Le projet trouve son origine dans l’Alpine Alpenglow dévoilée au Mondial de l’Automobile de Paris en octobre 2022. Ce spectaculaire concept annonçait plusieurs orientations de la marque, parmi lesquelles une esthétique inspirée de l’Endurance et l’exploration d’un moteur thermique fonctionnant à l’hydrogène. À ce stade, Alpenglow était avant tout un manifeste de design et de technologie.

En 2024, Alpine transforme cette intention en véhicule fonctionnel. L’Alpenglow Hy4 est présentée le 10 mai à Spa-Francorchamps, pendant le week-end des 6 Heures de Spa. Sa vocation n’est plus seulement d’illustrer une idée : moteur, stockage d’hydrogène, refroidissement, aérodynamique et dispositifs de sécurité doivent désormais fonctionner ensemble dans les conditions d’un véritable roulage sur circuit.

Cette démarche s’inscrit aussi dans une longue histoire de prototypes de course. L’Alpine A442 rappelle l’époque des prototypes engagés au Mans, tandis que l’Alpine A480 appartient à une période beaucoup plus récente de l’engagement de la marque en Endurance. L’Hy4 ne descend techniquement ni de l’une ni de l’autre, mais elle reprend cette culture du prototype comme laboratoire.

Alpine Design, sous la direction d’Antony Villain, travaille avec les équipes d’ingénierie pour adapter les lignes du concept initial à ces nouvelles contraintes. L’Hy4 devient notamment biplace et adopte un châssis carbone de LMP3. Sa silhouette spectaculaire doit donc composer avec des impératifs très concrets de refroidissement, de sécurité et de comportement aérodynamique.

Un quatre cylindres turbo qui brûle directement l’hydrogène

Le coeur de l’Alpenglow Hy4 est un quatre cylindres en ligne turbocompressé de 2,0 litres. Alimenté directement en hydrogène gazeux, il développe 250 kW, soit 340 ch, et peut atteindre 7 000 tr/min. L’injection directe fonctionne sous une pression de 40 bars. Contrairement à un véhicule électrique à pile à combustible, l’Hy4 utilise donc l’hydrogène comme combustible dans les cylindres d’un moteur à combustion interne.

Cette solution permet à Alpine de travailler sur des caractéristiques familières au sport automobile, notamment la montée en régime, les vibrations et la signature sonore d’un moteur thermique. Elle impose cependant des contraintes particulières. L’hydrogène possède des propriétés de combustion très différentes de celles de l’essence, avec notamment une plage d’inflammabilité étendue. La maîtrise du mélange, de la température dans les chambres et des phénomènes de pré-allumage fait partie des enjeux du développement.

L’Hy4 reçoit également une injection d’eau destinée à maîtriser la température de combustion et à limiter la formation d’oxydes d’azote. Ce point est important : un moteur brûlant de l’hydrogène ne doit pas être présenté comme ne produisant automatiquement aucune émission à l’échappement. L’absence de carbone dans le combustible réduit très fortement les émissions de CO2 liées à sa combustion, mais les NOx restent un sujet technique à traiter.

Le moteur entraîne une boîte séquentielle de compétition associée à un embrayage centrifuge. Alpine annonce une vitesse maximale située autour de 270 km/h. L’objectif de l’Hy4 n’est toutefois pas d’établir des performances chronométriques de référence, mais de valider le fonctionnement d’une chaîne de traction à hydrogène dans un prototype rapide.

Trois réservoirs d’hydrogène à 700 bars

Le stockage constitue l’un des éléments les plus spécifiques de l’architecture. Trois réservoirs composites contiennent chacun 2,1 kg d’hydrogène gazeux sous une pression de 700 bars, soit une capacité théorique totale de 6,3 kg. Ils prennent place dans les pontons et derrière le cockpit, dans des compartiments ventilés et séparés de l’habitacle.

Avant d’arriver au moteur, la pression du gaz est progressivement réduite. Elle passe de 700 à 200 bars lors d’une première étape de régulation, puis à 40 bars pour l’injection directe. Les réservoirs répondent à la réglementation R134 et l’installation intègre plusieurs dispositifs dédiés à la sécurité, notamment des détecteurs d’hydrogène et des systèmes permettant d’évacuer rapidement le gaz en cas d’incident.

Ces équipements expliquent en partie l’intérêt d’un prototype grandeur nature. Au-delà du moteur lui-même, Alpine peut étudier l’intégration des réservoirs, les canalisations haute pression, la ventilation, les procédures de ravitaillement et la détection d’éventuelles fuites. L’Hy4 sert ainsi de banc d’essai mobile pour l’ensemble de l’écosystème nécessaire à l’utilisation sportive de l’hydrogène.

Fiche technique de l’Alpine Alpenglow Hy4

CaractéristiqueAlpine Alpenglow Hy4
Année de présentation2024
TypePrototype roulant biplace à hydrogène
StructureChâssis carbone de LMP3
Moteur4 cylindres en ligne turbocompressé
Cylindrée2,0 litres
CarburantHydrogène gazeux
AlimentationInjection directe d’hydrogène à 40 bars
Puissance maximale340 ch, 250 kW
Régime maximal7 000 tr/min
TransmissionBoîte séquentielle de course avec embrayage centrifuge
Stockage d’hydrogène3 réservoirs de 2,1 kg
Capacité totale théorique6,3 kg d’hydrogène
Pression de stockage700 bars
Vitesse maximale annoncéeEnviron 270 km/h
Longueur5,20 m
Largeur2,15 m
Hauteur1,10 m
Voies2,10 m
PneumatiquesMichelin spécifiques

Un design d’Endurance adapté aux contraintes réelles

Avec 5,20 m de long pour 2,15 m de large et seulement 1,10 m de haut, l’Alpenglow Hy4 possède les proportions extrêmes d’un prototype d’Endurance. Ses voies de 2,10 m accentuent encore son assise. La carrosserie conserve l’esprit du concept de 2022, mais chaque évolution répond désormais à la présence d’organes mécaniques fonctionnels et aux exigences du roulage.

La face avant combine quatre signatures lumineuses avec un splitter et une large entrée d’air basse. Des prises NACA participent à la gestion des flux, tandis qu’un snorkel placé au-dessus de l’habitacle renforce la parenté visuelle avec les voitures de course. À l’arrière, la silhouette s’étire en une poupe de type long tail accompagnée d’un diffuseur développé pour le prototype.

L’une des signatures les plus singulières se trouve autour des échappements en titane disposés verticalement. Ils sont associés à des éléments lumineux verticaux qui mettent visuellement en scène la mécanique. La livrée joue sur une transition chromatique allant notamment du magenta vers le bleu, tandis que le carbone apparent et le carbone forgé soulignent la fonction expérimentale de la voiture.

Les jantes ont elles aussi été dessinées pour produire une impression de mouvement, complétée par des pneumatiques Michelin spécifiques. Dans l’habitacle, les deux sièges moulés confirment l’évolution majeure par rapport au manifeste initial. Le pilote dispose d’un véritable volant de course et certaines commandes créent un lien avec l’Alpine A110. Carbone, aluminium et Alcantara composent un environnement plus fonctionnel qu’un simple habitacle de salon automobile.

De Spa au Mans, un laboratoire présenté en public

La première apparition de l’Hy4 à Spa-Francorchamps doit démontrer que le programme a franchi le stade du concept statique. Guillaume De Ridder, ingénieur Alpine Racing et pilote, est choisi pour conduire le prototype lors de ses premiers tours publics. Alpine l’emmène ensuite au Mans en juin 2024, où la voiture participe aux activités organisées autour de la semaine des 24 Heures.

Ces démonstrations ne constituent pas des engagements en compétition. Malgré son châssis issu de la catégorie LMP3 et son apparence proche d’un prototype d’Endurance, l’Alpenglow Hy4 n’est homologuée ni comme LMP3 ni comme Hypercar engagée en WEC. Elle sert à accumuler des données et à exposer publiquement la piste technologique explorée par Alpine.

L’expérience acquise avec le quatre cylindres est rapidement prolongée par une évolution beaucoup plus ambitieuse. En octobre 2024, Alpine présente l’Alpenglow Hy6, équipée cette fois d’un V6 3,5 litres biturbo spécifiquement développé pour fonctionner à l’hydrogène et annoncé à 740 ch. Cette évolution permet de situer précisément l’Hy4 : elle n’est pas la forme définitive du programme Alpenglow, mais l’étape qui a permis de passer du manifeste de 2022 à un véritable programme expérimental de moteurs thermiques à hydrogène.