Lancée en 1955, la Rolls-royce Silver Cloud inaugure une nouvelle génération de grandes automobiles de prestige à Crewe. Son dessin plus intégré, son châssis sensiblement modernisé et sa carrosserie standard en acier rompent avec les proportions plus anciennes de sa devancière sans abandonner les codes traditionnels de la marque. Le nom Silver Cloud désigne aussi une famille poursuivie jusqu’en 1966, mais le modèle traité ici est bien la première version à six cylindres, appelée rétrospectivement Silver Cloud I après l’arrivée de la deuxième série.
Une nouvelle Rolls-Royce pour les années 1950
La Silver Cloud prend la relève de la Rolls-royce Silver Dawn, modèle qui avait déjà contribué à faire évoluer la marque vers des automobiles livrées avec une carrosserie standard d’usine. Pour sa remplaçante, Rolls-Royce va plus loin en développant une voiture plus spacieuse, plus moderne dans ses lignes et mieux adaptée à cette forme de production, tout en conservant un châssis séparé permettant le travail des carrossiers indépendants.
Le projet prend forme au début des années 1950. John Polwhele Blatchley, devenu Chief Styling Engineer de Rolls-Royce en 1951, joue un rôle essentiel dans le dessin sous la direction du département Styling d’Ivan Evernden. Une maquette au quart connue sous le nom de code « Siam » est réalisée dès 1951 et plusieurs prototypes précèdent la voiture définitive. La Silver Cloud est lancée en 1955 et présentée à Paris au printemps de la même année.
Son importance tient à l’équilibre recherché entre tradition et modernisation. La grande calandre verticale, le Spirit of Ecstasy, le long capot et les proportions imposantes restent immédiatement associés à Rolls-Royce. La carrosserie abandonne toutefois l’aspect encore très séparé des ailes et de l’habitacle caractéristique des modèles plus anciens au profit d’un ensemble plus fluide. La Silver Cloud devient ainsi l’une des silhouettes emblématiques de la marque dans l’après-guerre.
Un six-cylindres de 4,9 litres et une boîte automatique
Sous le long capot se trouve un six-cylindres en ligne de 4 887 cm³, dérivé de la mécanique Rolls-Royce antérieure mais dont l’alésage a été augmenté. Il conserve une distribution de type IOE, souvent appelée F-head, avec soupapes d’admission et d’échappement disposées différemment dans la culasse et le bloc. À partir de septembre 1957, l’alimentation évolue avec deux carburateurs SU.
La puissance exacte appelle une distinction importante. Rolls-Royce ne publiait traditionnellement pas la puissance de ses moteurs et se contentait volontiers de la qualifier de suffisante. Une valeur voisine de 155 hp à 4 000 tr/min apparaît dans des documentations secondaires, mais elle ne doit pas être présentée comme une puissance officielle annoncée par le constructeur.
La transmission automatique à quatre rapports constitue un élément central de la Silver Cloud. Dérivée de la General Motors Hydra-Matic et produite sous licence, elle privilégie la douceur d’utilisation attendue d’une Rolls-Royce. Le moteur est implanté longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière.
Les performances sont remarquables pour une grande berline de luxe du milieu des années 1950. Un essai britannique réalisé en 1956 mesure 102,9 mph, soit environ 166 km/h, et un 0 à 60 mph en 13,5 secondes. La consommation relevée au cours de cet essai atteint 14,5 miles par gallon impérial, soit environ 19,5 l/100 km. Ces valeurs correspondent à une voiture essayée et non à des chiffres d’homologation modernes.
Fiche technique de la Rolls-royce Silver Cloud
| Caractéristique | Rolls-royce Silver Cloud |
|---|---|
| Année de lancement | 1955 |
| Période | 1955 à 1959 |
| Architecture moteur | 6 cylindres en ligne essence, IOE |
| Cylindrée | 4 887 cm³ |
| Puissance | Environ 155 hp à 4 000 tr/min selon des sources secondaires, puissance non publiée officiellement par Rolls-Royce |
| Alimentation | Carburation, deux carburateurs SU à partir de septembre 1957 |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique à 4 rapports |
| Structure | Carrosserie sur châssis séparé en acier |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Came et galet, assistance disponible à partir de 1956 |
| Freins | Tambours aux quatre roues avec assistance |
| Empattement standard | 3 124 mm |
| Empattement long | 3 226 mm |
| Longueur berline standard | Environ 5 385 mm |
| Largeur | Environ 1 899 mm |
| Hauteur | Environ 1,63 m |
| Poids | Environ 1,95 tonne pour une berline standard |
| Vitesse maximale mesurée | 165,6 km/h lors d’un essai de 1956 |
| 0 à 60 mph | 13,5 s lors d’un essai de 1956 |
| Consommation mesurée | 14,5 mpg impériaux, environ 19,5 l/100 km, lors d’un essai de 1956 |
| Production | 2 238 berlines standard, 85 versions à empattement long et 121 châssis ou carrosseries spéciales selon le décompte retenu |
Un châssis classique profondément amélioré
Contrairement aux Rolls-Royce qui adopteront plus tard une structure monocoque, la Silver Cloud repose encore sur un châssis séparé. Ce choix n’empêche pas un important travail de modernisation. Rolls-Royce annonce notamment une rigidité torsionnelle supérieure de 46 % à celle de la génération précédente. Cette architecture conserve aussi un avantage décisif pour une clientèle habituée au sur-mesure : le constructeur peut fournir un châssis destiné à recevoir une carrosserie spéciale.
À l’avant, les roues indépendantes utilisent des ressorts hélicoïdaux, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide suspendu par des ressorts à lames semi-elliptiques. Les quatre roues reçoivent des freins à tambour avec le système d’assistance mécanique caractéristique de Rolls-Royce. La direction assistée devient disponible en 1956, amélioration appréciable sur une automobile proche de deux tonnes.
La carrosserie dite Standard Steel représente néanmoins le coeur de la production. Pressed Steel participe à sa fabrication avant la finition et l’assemblage à Crewe. L’acier domine la construction tandis que certains panneaux ouvrants, notamment le capot, les portes et le couvercle de coffre, font appel à un alliage léger. Avec environ 5,39 m de longueur et 3,12 m d’empattement dans sa configuration standard, la Silver Cloud reste une automobile particulièrement imposante.
Une silhouette qui définit la Silver Cloud
La première Silver Cloud se reconnaît à sa calandre monumentale et à ses deux grands projecteurs ronds, un de chaque côté. Les ailes avant sont désormais intégrées au volume général, mais restent visuellement dessinées par des lignes qui prolongent le long capot. Le pare-brise relativement vertical, le pavillon haut et la poupe arrondie donnent à la voiture une présence très différente des berlines plus basses qui apparaîtront dans les années 1960.
Les portes arrière à ouverture antagoniste facilitent l’accès à l’habitacle. À bord, l’aménagement privilégie les matériaux traditionnels de la marque, notamment les boiseries et le cuir, dans une ambiance où l’objectif n’est pas de démontrer une sophistication technique visible mais de masquer autant que possible l’effort mécanique et les contraintes de conduite.
Cette première série peut être confondue avec la Rolls-royce Silver Cloud II, car la deuxième génération conserve une carrosserie très proche. La distinction essentielle est mécanique : la Silver Cloud de 1955 utilise le six-cylindres 4,9 litres, tandis que la II reçoit en 1959 le nouveau V8 Rolls-Royce de 6,2 litres. La Rolls-royce Silver Cloud III est beaucoup plus facile à identifier grâce à sa face avant à quatre projecteurs et à sa calandre légèrement abaissée.
Empattement long et carrosseries spéciales
À partir de 1957, Rolls-Royce propose une version à empattement allongé d’environ quatre pouces, soit 102 mm. Son empattement atteint ainsi approximativement 3,23 m et l’espace supplémentaire bénéficie principalement aux passagers arrière. Cette déclinaison correspond particulièrement bien aux usages avec chauffeur, alors que la berline standard peut également être conduite directement par son propriétaire.
Le châssis séparé permet surtout de prolonger la tradition du coachbuilding. H.J. Mulliner, Park Ward, James Young, Hooper ou encore Freestone & Webb réalisent des carrosseries particulières sur la base de la Silver Cloud. Coupés fermés, drophead coupés et réalisations uniques coexistent donc avec la berline Standard Steel. Ces voitures ne doivent pas être utilisées pour définir les dimensions ou l’apparence de toutes les Silver Cloud, puisque leur carrosserie peut différer profondément du modèle produit en série.
Les chiffres généralement retenus distinguent 2 238 berlines standard, 85 voitures à empattement long et 121 châssis ou carrosseries spéciales. Cette ventilation est plus informative qu’un total isolé, certaines sources regroupant différemment les catégories. Elle montre surtout à quel point les versions carrossées sur mesure sont minoritaires par rapport à la Standard Steel Saloon.
De la Silver Cloud à la génération V8
La carrière de la première Silver Cloud est relativement courte, mais son dessin est suffisamment réussi pour survivre à son moteur. En 1959, Rolls-Royce introduit la Silver Cloud II avec un V8 de 6,2 litres sans bouleverser la silhouette. Le vaste compartiment moteur de la voiture facilite cette évolution et permet d’augmenter sensiblement les réserves de performances sans renoncer au caractère feutré recherché par la marque.
La Silver Cloud occupe alors une position centrale dans la gamme, tandis que la Rolls-royce Phantom V lancée en 1959 répond aux usages de limousine les plus exclusifs. Cette hiérarchie contribue à faire de la Cloud la Rolls-Royce de prestige utilisable aussi bien avec chauffeur que par son propriétaire, contrairement aux grandes Phantom davantage associées aux représentations officielles et aux carrosseries spécialisées.
Après la Silver Cloud II, la troisième série apparaît en 1962 et maintient la famille jusqu’en 1966. La Rolls-royce Silver Shadow lui succède alors avec une conception profondément différente, notamment une structure monocoque et des dimensions extérieures plus compactes. La Silver Cloud de 1955 reste ainsi représentative de la dernière grande période où Rolls-Royce associait une carrosserie standard produite en nombre significatif à la possibilité de commander un châssis destiné aux grands carrossiers britanniques.




