Rolls-royce Phantom V

Rolls-royce Phantom V

Lancée en 1959, la Rolls-royce Phantom V est une imposante automobile de représentation conçue autour d’un châssis séparé et destinée à recevoir des carrosseries réalisées par les grands spécialistes britanniques. Avec son empattement de 3,68 m, son V8 de 6,23 litres et ses aménagements largement personnalisables, elle répond aux besoins des familles royales, chefs d’État et clients privés recherchant une véritable limousine avec chauffeur. Sa production se poursuit jusqu’en 1968.

Dans la lignée Rolls-royce Phantom, cette cinquième génération occupe une position particulière. Elle conserve le principe de la grande automobile carrossée à la demande tout en adoptant une mécanique plus moderne. Elle devient également accessible à une clientèle privée, contrairement à la Rolls-royce Phantom IV, fabriquée en très petite série pour des souverains et chefs d’État.

Une grande limousine née en 1959

À la fin des années 1950, Rolls-Royce dispose de berlines de prestige, mais doit répondre à une clientèle qui souhaite davantage d’espace et une automobile adaptée aux fonctions officielles. Le constructeur développe donc un châssis nettement plus long que celui de ses berlines courantes. Cette architecture permet aux carrossiers d’aménager un vaste compartiment arrière, souvent séparé du chauffeur, tout en conservant suffisamment de place pour les bagages.

La Phantom V apparaît publiquement en 1959. Son architecture mécanique présente des liens étroits avec la Rolls-royce Silver Cloud II, lancée à la même période. Les deux voitures utilisent notamment le nouveau V8 Rolls-Royce de 6 230 cm³, mais la Phantom possède un châssis beaucoup plus long et renforcé pour supporter les grandes carrosseries et leurs équipements.

La Phantom V n’est donc pas une berline monocoque produite sous une forme standardisée. Rolls-Royce fournit le châssis et la mécanique, tandis que la carrosserie est confiée à des spécialistes. Park Ward, H.J. Mulliner, James Young puis Mulliner Park Ward comptent parmi les noms les plus étroitement associés au modèle. Ce mode de fabrication explique les différences observables entre deux Phantom V pourtant contemporaines.

Un V8 de 6,23 litres privilégiant la souplesse

Le moteur est un V8 essence à 90 degrés d’environ 6,23 litres, installé longitudinalement à l’avant. Alimenté par deux carburateurs SU, il transmet sa puissance aux roues arrière par une boîte automatique à quatre rapports. Rolls-Royce ne mettait pas en avant une puissance officielle précise, conformément à sa pratique de l’époque. Des documents et références historiques attribuent environ 220 bhp à certaines configurations, mais ce chiffre ne doit pas être considéré comme une valeur universelle garantie par le constructeur pour toute la production.

L’objectif n’est pas de transformer cette limousine de plus de six mètres en automobile sportive. La mécanique privilégie le silence, la disponibilité à faible régime et la progressivité. Le rapport de transmission final est notamment adapté à la circulation très lente, une caractéristique importante pour une voiture susceptible de participer à des cérémonies et processions officielles.

Le châssis séparé reçoit une suspension avant indépendante et un essieu arrière rigide avec ressorts à lames semi-elliptiques. La direction assistée facilite la conduite d’une automobile dont le poids dépasse couramment deux tonnes et demie selon la carrosserie et les équipements. Le freinage reste assuré par quatre tambours avec assistance, solution encore cohérente avec la conception des grandes Rolls-Royce de cette période.

Fiche technique de la Rolls-royce Phantom V

CaractéristiqueDonnée
Production1959 à 1968
Architecture moteurV8 essence à 90 degrés, soupapes en tête
CylindréeEnviron 6 230 cm³
Alésage x course104,1 x 91,4 mm
Alimentation2 carburateurs SU
PuissanceNon officiellement chiffrée de manière uniforme par Rolls-Royce, environ 220 bhp cité pour certaines spécifications
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesAutomatique à 4 rapports
StructureChâssis séparé
Suspension avantRoues indépendantes
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionAssistée
FreinsTambours aux quatre roues, assistance
Empattement3 683 mm
LongueurEnviron 6 045 mm pour une limousine type, variable selon carrosserie
LargeurEnviron 2 007 mm selon carrosserie
HauteurEnviron 1 753 mm selon carrosserie
PoidsEnviron 2 540 à 2 600 kg pour certaines limousines, variable selon carrosserie et équipement
Vitesse maximaleEnviron 160 km/h selon les estimations publiées
Capacité du réservoirEnviron 105 litres selon spécification

Des carrosseries façonnées selon leur propriétaire

L’empattement généreux constitue la base d’une grande diversité de réalisations. La limousine formelle domine, avec chauffeur séparé des passagers et possibilité d’accueillir des sièges supplémentaires. Des touring limousines, landaulettes et Sedanca de Ville sont également réalisées. Quelques commandes plus atypiques démontrent jusqu’où pouvait aller la personnalisation d’un châssis Phantom V.

Cette diversité interdit de considérer la longueur, la hauteur ou le poids comme absolument identiques sur tous les exemplaires. La carrosserie, le niveau de blindage éventuel, les équipements de communication, la climatisation ou les aménagements particuliers pouvaient sensiblement modifier la masse et certaines dimensions. Même la silhouette varie suivant le carrossier, avec des différences de pavillon, de vitrage latéral, de custodes et de dessin arrière.

La face avant demeure en revanche immédiatement associée à Rolls-Royce, avec sa haute calandre verticale surmontée du Spirit of Ecstasy. Les premières Phantom V se reconnaissent notamment à leurs deux grands projecteurs principaux. Au début des années 1960, le dessin évolue vers une disposition à quatre phares. Cette transformation accompagne les évolutions également observées sur la Rolls-royce Silver Cloud III et donne aux Phantom V tardives une physionomie sensiblement différente des voitures de 1959.

Une production confidentielle et difficile à standardiser

La Phantom V demeure extrêmement rare à l’échelle de l’industrie automobile. Les décomptes historiques ne sont toutefois pas parfaitement uniformes, les chiffres de 516 et 518 exemplaires étant tous deux publiés dans les références consacrées au modèle. Cette différence mineure justifie de retenir une production d’environ 516 à 518 voitures plutôt que d’attribuer artificiellement un total incontestable à la série.

Le prix reflète le caractère exceptionnel du modèle. Lors de son apparition au salon d’Earls Court en 1959, un tarif britannique de 8 095 livres est publié pour la Phantom V présentée. Le coût final pouvait cependant varier avec la carrosserie et les nombreux équipements commandés individuellement. Il s’agissait moins d’acheter un modèle standard que de faire réaliser une automobile correspondant à un usage et à un propriétaire précis.

Cette méthode de construction explique aujourd’hui les écarts considérables entre les exemplaires. Une Phantom V disposant d’une carrosserie recherchée et d’une provenance historique importante ne se situe pas dans la même catégorie de collection qu’une limousine plus conventionnelle. L’identification par le numéro de châssis, le carrossier, le dessin de carrosserie et l’historique individuel est donc essentielle pour distinguer précisément chaque voiture.

Des Phantom V devenues voitures d’État et icônes culturelles

La vocation de représentation de la Phantom V lui vaut une importante clientèle officielle. La famille royale britannique utilise plusieurs exemplaires, tandis que d’autres sont commandés pour des gouvernements et souverains étrangers. Son immense habitacle, sa marche silencieuse et la possibilité d’adapter entièrement la carrosserie conviennent particulièrement aux déplacements protocolaires.

Le modèle acquiert parallèlement une visibilité inhabituelle dans le monde de la musique. Elvis Presley possède une Phantom V livrée en 1963 et équipée selon ses demandes. John Lennon commande pour sa part une Phantom V en 1964, livrée en 1965. Cette dernière devient l’un des exemplaires les plus célèbres de toute l’histoire de Rolls-Royce lorsqu’elle reçoit en 1967 une spectaculaire décoration jaune et multicolore, rompant radicalement avec l’image traditionnelle de la limousine britannique.

Ces commandes illustrent les deux visages de la Phantom V. Elle pouvait servir de voiture d’apparat extrêmement formelle ou devenir l’expression personnelle de son propriétaire, sans que sa base technique ne change fondamentalement. Cette faculté d’adaptation constitue l’une des caractéristiques essentielles des dernières grandes Rolls-Royce construites selon la tradition du châssis destiné aux carrossiers.

De la Phantom V à la Phantom VI

Au fil de sa carrière, la Phantom V bénéficie d’améliorations mécaniques et d’équipements sans rupture fondamentale de son architecture. L’évolution du V8 au début des années 1960 s’accompagne d’une augmentation de puissance généralement donnée autour de 7 %, tandis que la modification des projecteurs permet de distinguer rapidement les principales périodes stylistiques. Des changements plus discrets concernent notamment l’alimentation, l’échappement et les équipements de confort.

La production prend fin en 1968. La Rolls-royce Phantom VI lui succède en conservant une architecture et une apparence suffisamment proches pour que les deux générations puissent être confondues sur photographie. L’année, le numéro de châssis et le dessin exact de la carrosserie restent alors plus fiables qu’un simple détail esthétique pour identifier une Phantom V avec certitude.

La Phantom VI prolonge directement le principe inauguré par sa devancière et conserve initialement le V8 de 6,23 litres. La transition de 1968 apparaît ainsi davantage comme une évolution technique de la grande limousine de représentation que comme une rupture stylistique, ce qui fait de la Phantom V la matrice des Phantom officielles qui resteront en service pendant plusieurs décennies.