Lancée en 1959, la Rolls-royce Silver Cloud Ii transforme profondément une automobile qui, extérieurement, évolue à peine. Elle reprend en effet les lignes classiques de la Rolls-royce Silver Cloud apparue en 1955, mais abandonne son six cylindres en ligne au profit d’un nouveau V8 de 6,23 litres. Cette évolution mécanique donne davantage de souplesse et de performances à la grande berline britannique sans remettre en cause son confort ni son allure traditionnelle.
Produite à Crewe jusqu’en 1962, la Silver Cloud Ii existe principalement sous la forme de la Standard Steel Saloon à quatre portes. Rolls-Royce propose également un châssis à empattement long, tandis que des carrossiers britanniques réalisent des modèles spéciaux, dont des coupés et cabriolets aujourd’hui particulièrement recherchés. Cette diversité impose de distinguer les caractéristiques de la berline standard de celles des versions Long Wheelbase et coachbuilt.
Un nouveau V8 sous une carrosserie familière
La Silver Cloud Ii appartient à une lignée de grandes berlines qui prolonge la transformation industrielle de Rolls-Royce après la Seconde Guerre mondiale. La Rolls-royce Silver Dawn avait déjà marqué le développement des modèles livrés avec une carrosserie standardisée, plutôt que systématiquement confiés à un carrossier indépendant. La première Silver Cloud poursuit cette évolution en 1955 avec une silhouette dessinée sous la responsabilité de John Polwhele Blatchley.
Quatre ans plus tard, Rolls-Royce conserve cette carrosserie mais remplace le six cylindres d’environ 4,9 litres par un V8 entièrement différent. Ce moteur à 90 degrés utilise un bloc et des culasses en alliage léger, des soupapes en tête et des poussoirs hydrauliques. Sa cylindrée de 6 230 cm3 apporte surtout le couple et la réserve de puissance nécessaires à une automobile dépassant deux tonnes.
Rolls-Royce ne communique alors pas de puissance officielle précise et préfère considérer les performances comme suffisantes. Les chiffres publiés rétrospectivement varient fortement, d’environ 185 à 230 ch selon les méthodes et les sources. Il est donc plus juste de retenir l’évolution mécanique elle-même que de présenter l’une de ces estimations comme une valeur constructeur.
Le V8 est associé à une boîte automatique Hydra-Matic à quatre rapports adaptée et produite sous licence de General Motors. Le moteur reste placé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La direction assistée devient standard, une amélioration particulièrement appréciable compte tenu du gabarit et du poids de la voiture.
Fiche technique de la Rolls-royce Silver Cloud Ii
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 1959 à 1962 |
| Architecture moteur | V8 essence à 90 degrés, longitudinal avant |
| Cylindrée | 6 230 cm3 environ |
| Alésage x course | 104,14 x 91,44 mm environ |
| Distribution | Soupapes en tête, poussoirs hydrauliques |
| Bloc et culasses | Alliage léger |
| Alimentation | Deux carburateurs SU |
| Taux de compression | Environ 8:1 |
| Puissance | Non publiée officiellement par Rolls-Royce, estimations variables selon les sources |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique Hydra-Matic à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Assistée |
| Freins | Tambours aux quatre roues avec servo-assistance |
| Pneumatiques | 8.20 x 15 |
| Empattement standard | 3 124 mm environ |
| Empattement Long Wheelbase | 3 226 mm environ |
| Longueur | Environ 5,41 m pour la berline standard, variable selon carrosserie |
| Largeur | Environ 1,89 à 1,90 m |
| Hauteur | Environ 1,63 m |
| Voie avant | Environ 1 486 mm |
| Voie arrière | Environ 1 524 mm |
| Poids | Environ 2 110 kg pour une berline standard |
| Vitesse maximale mesurée | 168,5 km/h lors d’un essai de 1960 |
| 0 à 60 mph | 10,9 s lors du même essai |
| Consommation mesurée | Environ 22 l/100 km lors de l’essai de 1960 |
Un châssis traditionnel adapté au grand tourisme
Malgré son nouveau moteur, la Silver Cloud Ii reste techniquement conservatrice. Elle repose sur un châssis séparé, solution qui facilite encore la réalisation de carrosseries spécifiques. À l’avant, les roues indépendantes sont suspendues par ressorts hélicoïdaux. À l’arrière, Rolls-Royce conserve un essieu rigide associé à des ressorts à lames semi-elliptiques.
Le freinage repose toujours sur quatre tambours assistés. Cette architecture paraît traditionnelle au moment où les freins à disque se diffusent sur les automobiles performantes, mais Rolls-Royce privilégie une évolution progressive d’un ensemble éprouvé. Le comportement de la Silver Cloud Ii vise avant tout la stabilité, la douceur et l’isolation des occupants plutôt qu’une conduite sportive.
Le changement de moteur améliore pourtant sensiblement les performances. Un essai britannique publié en 1960 mesure 104,7 mph, soit 168,5 km/h, et un passage de 0 à 60 mph en 10,9 secondes. Pour une grande berline de plus de deux tonnes conçue à la fin des années 1950, ces chiffres illustrent le gain apporté par le V8. La consommation mesurée lors de cet essai, proche de 22 l/100 km, rappelle en contrepartie les besoins importants du 6,23 litres.
Standard Steel Saloon, empattement long et carrosseries spéciales
La majorité des Silver Cloud Ii reçoit la carrosserie Standard Steel Saloon. Malgré cette appellation, l’ensemble conserve une présentation très traditionnelle avec son long capot, ses ailes fortement dessinées, son pavillon haut et sa calandre verticale surmontée du Spirit of Ecstasy. L’habitacle privilégie le bois, le cuir et une finition artisanale conforme au positionnement de Rolls-Royce.
Une version Long Wheelbase porte l’empattement d’environ 3,12 à 3,23 mètres. Les quelque dix centimètres supplémentaires bénéficient principalement à l’espace arrière et répondent aux besoins d’une clientèle utilisant la voiture avec chauffeur. Dans la gamme du début des années 1960, la Silver Cloud Ii reste néanmoins distincte de la Rolls-royce Phantom V, limousine plus imposante et plus exclusive destinée notamment aux chefs d’État et aux grandes maisons officielles.
Le châssis séparé permet aussi de poursuivre la tradition des carrosseries sur mesure. H.J. Mulliner, Park Ward et James Young figurent parmi les spécialistes ayant habillé des Silver Cloud Ii. Les réalisations H.J. Mulliner, notamment les Drophead Coupé, se distinguent nettement de la berline standard et ont été construites en quantités beaucoup plus faibles. Dimensions, masse et performances peuvent donc varier d’une carrosserie à l’autre.
Comment reconnaître une Silver Cloud Ii
Identifier une Silver Cloud Ii uniquement à partir de sa silhouette peut être difficile. La carrosserie standard est presque identique à celle de la première Silver Cloud. Toutes deux possèdent une face avant dominée par deux grands phares ronds, la calandre verticale caractéristique de Rolls-Royce et des ailes avant très prononcées. Le changement essentiel se trouve sous le capot : six cylindres sur la première génération, V8 de 6,23 litres sur la Silver Cloud Ii.
La distinction avec la génération suivante est beaucoup plus immédiate. Apparue en 1962, la Rolls-royce Silver Cloud III adopte notamment quatre projecteurs avant, disposés par paires, et reçoit plusieurs modifications destinées à moderniser une carrosserie dont les origines remontent à 1955. Une Silver Cloud dotée de la carrosserie standard et de seulement deux grands phares principaux peut donc appartenir à la première ou à la deuxième série, mais pas à une Silver Cloud III standard.
La Bentley S2 constitue un autre cas de proximité technique. Elle partage avec la Silver Cloud Ii son V8, sa transmission et l’essentiel de son architecture. Les différences les plus évidentes concernent la calandre, le capot et les emblèmes propres à Bentley. Cette parenté illustre la stratégie de Rolls-Royce à cette époque, les deux marques utilisant largement une même base mécanique tout en conservant des identités visuelles distinctes.
Production et place dans l’histoire de Rolls-Royce
La production totale se situe autour de 2 716 à 2 717 exemplaires. L’écart d’une unité entre les décomptes historiques provient de la comptabilisation des châssis, mais environ 2 417 à 2 418 voitures correspondent à l’empattement standard et 299 au Long Wheelbase. Les carrosseries spéciales ne doivent donc pas être confondues avec une série produite séparément à plusieurs milliers d’exemplaires : elles reposent sur une fraction des châssis construits.
Cette production relativement limitée explique l’intérêt actuel du modèle, mais toutes les Silver Cloud Ii n’ont pas la même rareté. Une Standard Steel Saloon est sensiblement plus courante qu’un authentique coupé ou cabriolet réalisé par un carrossier prestigieux. Pour ces derniers, l’identité du châssis, l’origine de la carrosserie et la continuité historique de l’exemplaire jouent un rôle déterminant.
La Silver Cloud Ii occupe surtout une position particulière dans l’histoire mécanique de Rolls-Royce. Son V8 inaugure sur une Silver Cloud une architecture qui sera développée pendant des décennies par la marque, avec des augmentations de cylindrée et de nombreuses évolutions techniques. En 1962, la Silver Cloud III reprend cette base tout en modernisant la présentation, avant que la Rolls-royce Silver Shadow n’introduise en 1965 une rupture beaucoup plus profonde avec une structure monocoque, quatre roues indépendantes et un système hydraulique sophistiqué.




