Présentée à Paris en octobre 1962, la Rolls-royce Silver Cloud III constitue la troisième et dernière évolution de la grande berline traditionnelle lancée sept ans auparavant. Elle conserve le châssis séparé, la silhouette statutaire et le V8 de sa devancière, mais reçoit plusieurs évolutions mécaniques et une face avant profondément reconnaissable à ses quatre projecteurs. Cette ultime Silver Cloud accompagne ainsi Rolls-Royce jusqu’au seuil d’une transformation technique majeure, celle de la future Silver Shadow.
La Silver Cloud III appartient à une lignée inaugurée en 1955 par la Rolls-royce Silver Cloud. Elle reste une automobile construite selon une conception classique, avec moteur avant, propulsion et châssis indépendant de la carrosserie. Cette architecture permet aussi à Rolls-Royce de fournir des châssis destinés aux grands carrossiers britanniques, à l’origine de certaines des Silver Cloud III les plus rares.
La dernière évolution de la famille Silver Cloud
Lorsque la Silver Cloud III apparaît, Rolls-Royce ne repart pas d’une feuille blanche. La Rolls-royce Silver Cloud Ii, commercialisée à partir de 1959, avait déjà apporté l’évolution mécanique essentielle de la famille avec l’adoption du V8 de 6,23 litres. La troisième génération conserve ce moteur tout en cherchant à améliorer ses performances, son agrément et l’efficacité générale de la voiture.
Les modifications portent notamment sur l’alimentation, avec deux carburateurs SU de 2 pouces, sur le taux de compression, principalement porté à 9:1, et sur le vilebrequin nitruré. Rolls-Royce ne publie alors pas de puissance officielle et se contente d’annoncer une progression d’environ 7 %. Les valeurs de 220, 225 ou encore 246 ch parfois attribuées à la Silver Cloud III proviennent de sources secondaires ou de méthodes de mesure différentes et ne doivent donc pas être présentées comme une valeur d’usine universelle.
Un travail d’allègement accompagne ces modifications. La réduction annoncée dépasse 100 kg par rapport à la configuration précédente, ce qui participe à l’amélioration des performances sans remettre en cause le caractère de la voiture. La Silver Cloud III reste avant tout conçue pour déplacer ses occupants rapidement et avec un minimum d’effort apparent plutôt que pour afficher une vocation sportive.
Dans la gamme du début des années 1960, elle occupe également une position distincte de la Rolls-royce Phantom V. Cette dernière est une automobile encore plus imposante, particulièrement adaptée aux carrosseries de représentation et aux usages avec chauffeur, tandis que la Silver Cloud III constitue la grande Rolls-Royce de prestige destinée à une clientèle plus large.
Quatre projecteurs pour une identité immédiatement reconnaissable
La manière la plus simple de différencier extérieurement une Silver Cloud III des deux générations précédentes se trouve à l’avant. Les deux grands phares traditionnels des Silver Cloud I et II cèdent la place à quatre projecteurs disposés par paires. La calandre caractéristique de Rolls-Royce est parallèlement abaissée d’environ 3,8 cm et le dessin du capot est adapté. Le résultat conserve l’allure très verticale de la famille tout en donnant à la voiture une expression plus moderne.
Cette évolution est suffisamment importante pour éviter une confusion fréquente entre Silver Cloud II et III. De profil ou de trois quarts arrière, les deux voitures restent proches. Vue de face, la présence des quatre projecteurs constitue en revanche un signe d’identification déterminant. Des modifications de détail interviennent ensuite pendant la carrière de la III, notamment autour des projecteurs en 1964.
L’habitacle évolue lui aussi sans rompre avec les codes de la marque. Bois verni, cuir et instrumentation classique restent au centre de la présentation. Les sièges avant sont notamment élargis au début de 1964, tandis que diverses améliorations de détail apparaissent au fil de la production. Rolls-Royce privilégie ainsi une évolution continue plutôt qu’un renouvellement spectaculaire entre deux millésimes.
Fiche technique de la Rolls-royce Silver Cloud Iii
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecture moteur | V8 essence à 90 degrés, soupapes en tête |
| Cylindrée | Environ 6 230 cm3 |
| Alésage x course | Environ 104,1 x 91,4 mm |
| Alimentation | 2 carburateurs SU de 2 pouces |
| Taux de compression | Principalement 9:1, version 8:1 proposée pour certains marchés |
| Puissance | Non publiée officiellement par Rolls-Royce, augmentation annoncée d’environ 7 % |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique à 4 rapports de type Hydra-Matic |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Assistée |
| Freins | Tambours aux quatre roues avec assistance |
| Pneumatiques | 8.20 x 15 sur la berline standard |
| Longueur | Environ 5,38 m pour la berline standard |
| Largeur | Environ 1,88 à 1,90 m selon les données de référence |
| Hauteur | Environ 1,63 m |
| Empattement standard | Environ 3,12 m, soit 123 pouces |
| Empattement long | Environ 3,23 m, soit 127 pouces |
| Poids | Environ 2,0 à 2,1 tonnes selon carrosserie et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 180 à 188 km/h selon configuration et source |
| 0 à 60 mph | Environ 10,8 s dans certaines mesures d’époque ou de référence |
Un V8 associé à une conception encore très traditionnelle
Sous sa carrosserie, la Silver Cloud III reste fidèle à des solutions éprouvées. Le V8 est installé longitudinalement et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte automatique à quatre rapports de type Hydra-Matic. L’automatisme correspond parfaitement au positionnement de la voiture, en réduisant au minimum les interventions du conducteur dans la conduite courante.
Le contraste entre moteur moderne et châssis traditionnel est particulièrement révélateur de cette période de l’histoire de Rolls-Royce. À l’avant, les roues disposent d’une suspension indépendante à ressorts hélicoïdaux. À l’arrière subsistent un essieu rigide et des ressorts à lames semi-elliptiques. Le freinage reste confié à quatre tambours assistés alors que les freins à disque se diffusent déjà sur d’autres automobiles haut de gamme.
Le châssis séparé possède néanmoins un avantage essentiel pour Rolls-Royce : il se prête parfaitement à la réalisation de carrosseries sur mesure. La marque peut commercialiser sa berline Standard Steel tout en continuant à fournir une base mécanique aux carrossiers spécialisés. La Silver Cloud III représente ainsi l’une des dernières expressions de cette organisation traditionnelle avant la généralisation de la construction monocoque.
Berline standard, empattement long et carrosseries spéciales
La Standard Steel Saloon représente la forme la plus courante de la Silver Cloud III. Malgré son appellation, cette carrosserie demeure une réalisation particulièrement luxueuse et complexe. Une version à empattement long est également proposée, avec environ quatre pouces supplémentaires entre les essieux. Elle répond davantage aux usages avec chauffeur et peut recevoir une séparation entre les compartiments avant et arrière.
Le châssis sert parallèlement de base à des réalisations de James Young et de Mulliner Park Ward. Berlines, coupés Fixed Head Coupé et cabriolets Drophead Coupé offrent des silhouettes sensiblement différentes de la berline standard. Parmi les créations les plus spectaculaires figurent les coupés et cabriolets aux projecteurs inclinés, aujourd’hui souvent surnommés « Chinese Eye », dont le dessin est associé à Vilhelm Koren.
Certaines carrosseries quatre portes particulièrement élégantes sont également associées à l’appellation Rolls-royce Flying Spur. Cette diversité explique pourquoi les dimensions, le poids et même les performances ne peuvent pas être appliqués indistinctement à toutes les Silver Cloud III : une berline standard, une LWB et un coupé Mulliner Park Ward ne présentent pas exactement les mêmes caractéristiques.
La production de la Silver Cloud III standard se compte en quelques milliers d’exemplaires, avec 2 044 voitures à empattement standard couramment recensées. Les chiffres concernant les châssis longs et les carrosseries spéciales varient davantage suivant la manière dont les archives classent les voitures. Cette production limitée, associée à la grande diversité des configurations, rend aujourd’hui les carrosseries spéciales nettement plus rares que les berlines standard.
De 1962 à la rupture technique de la Silver Shadow
La chronologie de la Silver Cloud III demande une distinction entre présentation et commercialisation. La voiture est dévoilée publiquement au Salon de Paris en octobre 1962, ce qui fait de 1962 son année de première apparition. De nombreuses documentations la répertorient néanmoins à partir de 1963, correspondant à son véritable déploiement commercial et aux premiers millésimes largement diffusés. Les deux dates ne désignent donc pas exactement le même événement.
Sa carrière est relativement courte. Dès 1965, la Rolls-royce Silver Shadow ouvre une nouvelle époque avec une structure monocoque et une conception générale beaucoup plus moderne. Certaines Silver Cloud III à carrosserie spéciale continuent néanmoins d’être achevées jusqu’en 1966, conséquence logique du temps nécessaire à la fabrication individualisée de ces automobiles.
Cette transition sépare deux conceptions de la grande Rolls-Royce. La Silver Cloud III conserve une structure permettant à un carrossier de créer une automobile presque entièrement spécifique autour d’un châssis fourni par l’usine. La Silver Shadow privilégie au contraire une coque autoporteuse intégrée. Les coupés et cabriolets développés dans cette nouvelle famille mèneront ensuite à la Rolls-royce Corniche.
Une Silver Cloud à identifier avec précision
Pour une berline standard, l’association du dessin classique de la Silver Cloud et des quatre projecteurs constitue le meilleur repère visuel de la troisième génération. Une voiture présentant la silhouette générale de la famille mais seulement deux grands phares appartient normalement à une génération antérieure. À l’inverse, les Silver Cloud III carrossées sur mesure peuvent s’éloigner fortement de la Standard Steel Saloon et nécessitent une identification par le dessin de carrosserie et le numéro de châssis.
La mécanique impose la même précision. Le V8 n’est pas une nouveauté propre à la III puisqu’il équipait déjà la Silver Cloud II. Les changements significatifs concernent plutôt son évolution, avec une alimentation revue, une compression supérieure sur la configuration principale et une augmentation de puissance que Rolls-Royce exprimait en pourcentage plutôt qu’en chevaux. Attribuer à toutes les voitures une puissance moderne précisément chiffrée donnerait donc une fausse impression de certitude.
La Silver Cloud III demeure enfin étroitement liée à une méthode de fabrication arrivée au terme de son développement. Son châssis séparé rend encore possibles des réalisations individuelles très éloignées de la berline de série, tandis que sa mécanique et ses quatre projecteurs annoncent une Rolls-Royce plus moderne. C’est précisément cette coexistence entre construction traditionnelle et évolutions techniques du début des années 1960 qui définit la dernière Silver Cloud.




