Rolls-royce 103ex

Rolls-royce 103ex

Présentée à Londres le 16 juin 2016, la Rolls-royce 103ex est un véhicule expérimental imaginant ce que pourrait devenir le très grand luxe automobile dans les décennies suivantes. Également dévoilée sous le nom Rolls-royce Vision Next 100, elle associe propulsion électrique, conduite entièrement autonome, personnalisation poussée et habitacle conçu comme un espace de vie plutôt que comme un poste de conduite traditionnel.

La 103EX n’est ni une Rolls-Royce de série ni le prototype direct d’un futur modèle particulier. Elle appartient à la tradition des véhicules expérimentaux EX de la marque et constitue avant tout un manifeste technologique et stylistique. Son développement s’inscrit dans les célébrations du centenaire du BMW Group, qui demande alors à ses marques d’imaginer leur vision de la mobilité future.

Un manifeste Rolls-Royce présenté en 2016

La 103EX apparaît dans une période particulière pour Rolls-Royce. La Rolls-royce Phantom Vii approche de la fin de sa carrière, tandis que la marque cherche à montrer que ses principes historiques de confort, d’exclusivité et de fabrication sur mesure peuvent survivre à une transformation radicale de l’automobile. Plutôt que de dessiner simplement la prochaine génération de limousine, l’équipe de design se projette beaucoup plus loin.

Le projet est mené sous la direction de Giles Taylor, alors directeur du design de Rolls-Royce Motor Cars. La marque explique avoir également nourri sa réflexion par des échanges avec ses clients. Le résultat repose sur quatre thèmes définis par Rolls-Royce : Personal Vision, Effortless Journey, Grand Sanctuary et Grand Arrival. Ils correspondent respectivement à la personnalisation de l’automobile, à la disparition des contraintes liées à la conduite, à la transformation de l’habitacle en sanctuaire et à la mise en scène de l’arrivée des occupants.

Après sa première mondiale au Roundhouse de Londres, la 103EX entreprend une tournée internationale destinée aux clients, aux médias et aux événements de la marque. Elle rejoint finalement Goodwood en septembre 2019 après presque quatre années de présentations. Ce parcours confirme sa nature particulière : la 103EX est un véritable véhicule expérimental construit par Rolls-Royce, mais elle n’a jamais été destinée à la commercialisation.

Une carrosserie spectaculaire de 5,90 mètres

Avec 5,90 m de longueur et 1,60 m de hauteur, la 103EX possède les dimensions d’une très grande automobile de représentation. Rolls-Royce rapprochait son gabarit général de celui d’une Rolls-royce Phantom Ewb, mais la comparaison s’arrête largement aux proportions. Le concept adopte une architecture et un traitement de carrosserie sans équivalent dans la gamme de série de 2016.

La silhouette combine un capot interminable, une cellule vitrée rejetée vers l’arrière et des flancs extrêmement lisses. Les roues de 28 pouces sont presque entièrement intégrées dans la carrosserie, ce qui donne l’impression que celle-ci flotte au-dessus du sol. Chaque roue est constituée de 65 pièces d’aluminium assemblées à la main. Le traitement des passages de roues participe autant à l’aérodynamisme qu’à l’identité visuelle du prototype.

À l’avant, la calandre Pantheon reste immédiatement identifiable malgré son interprétation futuriste. Elle est surmontée d’une Spirit of Ecstasy particulièrement originale, réalisée en verre et éclairée par-dessous. Les véhicules expérimentaux EX se distinguent également par leur emblème Double-R rouge. Des optiques très fines et un dessin de carrosserie dépouillé éloignent nettement la 103EX du visage des Rolls-Royce contemporaines.

La partie supérieure prend la forme d’une vaste verrière sombre tandis qu’une ligne métallique souligne la silhouette. La carrosserie inférieure reçoit une finition baptisée Crystal Water. Malgré cette apparence futuriste, plusieurs codes fondamentaux de Rolls-Royce subsistent : capot dominant, calandre verticale, grandes roues, proportions imposantes et mise en scène volontairement théâtrale des occupants.

Le Grand Sanctuary remplace le poste de conduite

L’habitacle est l’un des aspects les plus radicaux de la 103EX. Puisque Rolls-Royce imagine une automobile totalement autonome, il n’existe ni volant ni véritable siège conducteur. Les deux occupants prennent place sur un vaste canapé, dans un espace que la marque appelle le Grand Sanctuary. L’objectif n’est plus d’organiser l’intérieur autour des commandes de conduite, mais autour du confort et du temps disponible pendant le déplacement.

Rolls-Royce conserve pourtant des matériaux associés au luxe traditionnel. L’intérieur associe notamment bois de Macassar poli à la main, textiles en soie et en laine et épaisse moquette en laine ivoire. Une horloge analogique occupe une position centrale, tandis qu’un grand écran OLED transparent apporte la dimension numérique. Cette juxtaposition entre artisanat et technologies prospectives résume une grande partie du propos de la 103EX.

L’assistant virtuel baptisé Eleanor occupe une place essentielle dans cette architecture. Il ne s’agit pas seulement d’une interface commandant la voiture : dans la vision de Rolls-Royce, Eleanor connaît les habitudes de ses occupants, prépare les déplacements, gère certaines informations liées aux rendez-vous et assure la conduite. La technologie doit ainsi rester presque invisible et agir comme un service personnel.

L’accès au Grand Sanctuary fait lui-même partie du spectacle. Une grande porte de type coach door s’ouvre tandis qu’une partie supérieure vitrée de la cellule se soulève. Une marche se déploie et un éclairage accompagne la sortie des passagers. Cette chorégraphie matérialise le principe de Grand Arrival, selon lequel l’automobile doit mettre en valeur ses occupants lorsqu’ils arrivent à destination.

Une Rolls-Royce électrique avant la Spectre

La 103EX est pensée autour d’une propulsion entièrement électrique et sans émissions locales. Rolls-Royce n’a toutefois pas publié de puissance, de couple, de capacité de batterie, d’autonomie ou de performances permettant d’établir une fiche mécanique comparable à celle d’une automobile de série. Le concept technique est ici plus important que les chiffres : supprimer le moteur thermique et ses contraintes permet de repenser la répartition des volumes.

Cette architecture libère notamment la partie avant traditionnellement occupée par un imposant moteur. Un compartiment placé derrière la roue avant peut accueillir deux bagages réalisés sur mesure, associés symboliquement à Charles Rolls et Henry Royce. Rolls-Royce évoquait aussi le principe de moteurs placés au niveau des roues afin de dégager davantage l’espace, sans détailler suffisamment l’architecture du prototype pour en établir des caractéristiques mécaniques complètes.

La marque associait cette propulsion électrique à une suspension avancée afin de prolonger sa philosophie historique du Magic Carpet Ride. La conduite autonome pousse cette logique plus loin : les occupants ne doivent plus se préoccuper ni de conduire ni d’organiser le trajet. L’automobile devient simultanément moyen de transport, salon privé et assistant personnel.

La 103EX ne doit toutefois pas être présentée comme le prototype de la Rolls-royce Spectre. La Spectre, commercialisée plusieurs années plus tard, est la première Rolls-Royce électrique produite en série, mais elle demeure une automobile pouvant être conduite de manière conventionnelle. La 103EX explorait une vision beaucoup plus radicale dans laquelle électrification et autonomie complète transformaient la fonction même de la voiture.

Fiche technique de la Rolls-royce 103ex

CaractéristiqueRolls-royce 103ex
Année de présentation2016
Autre désignationRolls-Royce Vision Next 100
NatureVéhicule expérimental et concept prospectif
Nombre de places2
Propulsion100 % électrique
ConduiteEntièrement autonome dans le concept présenté
Longueur5,90 m
Hauteur1,60 m
Roues28 pouces, 65 pièces d’aluminium par roue
Poste de conduiteSans volant ni siège conducteur conventionnel
InterfaceAssistant virtuel Eleanor et écran OLED transparent
HabitacleGrand Sanctuary avec canapé pour deux occupants
Production commercialeAucune

Une vision du sur-mesure poussée jusqu’à la carrosserie

La personnalisation constitue l’autre grand axe du projet. Rolls-Royce imagine alors qu’une fabrication beaucoup plus flexible pourrait permettre au client de définir non seulement les couleurs et les matériaux de sa voiture, mais également sa silhouette et certaines de ses proportions. La 103EX transpose ainsi dans un futur industriel l’idée des carrosseries réalisées autrefois individuellement pour de riches commanditaires.

Cette réflexion prend un relief particulier dans l’histoire récente de la marque. La Rolls-royce Sweptail, révélée l’année suivante, illustre sous une forme bien réelle une approche extrêmement personnalisée de la carrosserie, même si elle repose sur une automobile conventionnelle et ne dérive pas techniquement de la 103EX. Le programme Coachbuild poursuivra ensuite cette recherche de créations réalisées pour quelques commanditaires.

La 103EX ne doit pas davantage être confondue avec la Rolls-royce Phantom Viii, dévoilée après elle. Cette dernière répond aux contraintes d’une limousine de série et conserve un poste de conduite traditionnel. Le concept de 2016 se situe volontairement hors de cette logique générationnelle : il ne remplace aucune Phantom et ne possède pas de successeur commercial direct.

La place particulière de la 103EX parmi les Rolls-Royce expérimentales

La désignation 103EX rattache directement le véhicule à une tradition ancienne de prototypes expérimentaux Rolls-Royce. La marque utilise ces automobiles pour tester des technologies, observer les réactions de ses clients ou matérialiser une orientation future sans promettre nécessairement une mise en production. La 103EX pousse cette démarche plus loin que la simple expérimentation mécanique puisqu’elle remet en question le rôle du conducteur, l’organisation de l’habitacle et la manière même de fabriquer une Rolls-Royce.

Elle n’est cependant pas le premier prototype électrique de la marque. Ce rôle revient à la 102EX Phantom Experimental Electric de 2011, développée sur la base d’une Phantom et utilisée pour évaluer auprès des clients la pertinence d’une propulsion électrique. La 103EX se distingue précisément parce qu’elle ne se contente pas de remplacer un moteur thermique par une chaîne de traction électrique : toute l’automobile est repensée autour de cette nouvelle architecture et de l’autonomie complète.

Son statut explique enfin l’absence de prix catalogue, de série commerciale et de chiffres de performances homologués. La 103EX a été conçue comme un objet de recherche et de communication roulant, suffisamment concret pour matérialiser les idées de Rolls-Royce mais volontairement affranchi des contraintes d’un modèle destiné aux concessions. Après sa longue tournée internationale, son retour à Goodwood en 2019 l’a replacée dans l’histoire expérimentale de la marque, aux côtés des projets EX ayant servi à explorer des solutions plutôt qu’à constituer une gamme commerciale.