La Wiesmann MF3 est un roadster sportif allemand produit de 1993 à 2011 par le constructeur artisanal Wiesmann, installé à Dülmen. Avec son long capot, ses ailes galbées et son habitacle biplace, elle reprend les codes esthétiques des voitures de sport britanniques classiques tout en utilisant des motorisations BMW à six cylindres en ligne. Sa version la plus connue, équipée du moteur 3,2 litres de la BMW M3 E46, développe 343 ch pour une masse d’environ 1 180 kg.
Conçue pour privilégier les sensations de conduite plutôt que la polyvalence, la MF3 associe une carrosserie légère en matériau composite, une propulsion et une fabrication largement manuelle. Sa longue carrière, ses différentes motorisations et ses possibilités de personnalisation en font l’un des modèles emblématiques de Wiesmann.
Origines et histoire de la Wiesmann MF3
L’histoire de la Wiesmann MF3 commence avec les frères Martin et Friedhelm Wiesmann. En 1985, après une visite au salon automobile d’Essen, ils imaginent une sportive capable de retrouver le caractère des roadsters traditionnels tout en bénéficiant de la fiabilité et des performances d’une mécanique moderne. Leur entreprise est fondée en 1988, avant le développement d’une voiture entièrement nouvelle.
Le projet prend forme à Dülmen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où Wiesmann installe ses premières activités de production. Le constructeur choisit une approche artisanale, reposant sur des voitures assemblées en petites quantités et largement personnalisables. Contrairement à une automobile de grande série, chaque exemplaire peut recevoir une combinaison particulière de peinture, de sellerie et d’équipements.
Les premières livraisons du roadster Wiesmann interviennent en 1993. Cette date constitue le point de départ historique de la lignée MF3, même si les appellations des premières versions et leur succession avec les MF28 et MF30 ne sont pas toujours présentées de manière identique dans les archives. Le partenariat avec BMW, officialisé en 1994, devient rapidement un élément central de l’identité technique de la marque.
La MF3 se distingue alors des sportives allemandes traditionnelles. Elle ne cherche pas à reproduire la philosophie d’une berline sportive ou d’un grand coupé, mais propose une automobile compacte, basse et ouverte, dotée d’un moteur puissant et d’une transmission aux roues arrière. Cette formule lui permet de conserver une identité particulière face aux productions de BMW, Porsche ou Mercedes-Benz.
Au fil des années, Wiesmann développe ses installations et enrichit son catalogue. En 2005, le constructeur présente la Wiesmann GT MF4, un coupé sportif qui reprend l’esprit de fabrication artisanale de la marque dans une carrosserie fermée. La MF3 conserve néanmoins sa place dans la gamme grâce à son caractère plus traditionnel et à ses dimensions compactes.
En 2008, Wiesmann inaugure une nouvelle manufacture à Dülmen, reconnaissable à son architecture et à l’emblème du gecko. Cette installation accompagne le développement de l’entreprise, tandis que la MF3 poursuit sa carrière jusqu’en 2011, soit environ dix-huit années après l’apparition des premiers roadsters.
Design extérieur et habitacle : un roadster néo-rétro
La silhouette de la Wiesmann MF3 repose sur des proportions immédiatement reconnaissables. Le capot particulièrement long précède un pare-brise relativement bas et un habitacle reculé vers l’essieu arrière. Les ailes avant arrondies, les flancs sculptés et la poupe courte rappellent les voitures de sport européennes des années 1950 et 1960, sans reproduire directement un modèle historique.
La partie avant se caractérise par une calandre verticale aux contours arrondis et des projecteurs intégrés aux ailes. Les lignes de la carrosserie se prolongent jusqu’aux passages de roues arrière, fortement marqués. Cette présentation donne à la voiture une apparence musclée malgré sa longueur limitée à environ 3,86 mètres.
La carrosserie est réalisée en matériau composite renforcé de fibres de verre, une solution qui permet d’obtenir des formes complexes tout en limitant la masse. Elle repose sur une structure métallique conçue pour assurer la rigidité de l’ensemble. La fabrication artisanale facilite également les nombreuses combinaisons de couleurs proposées aux clients.
La MF3 possède une capote souple repliable, conformément à sa vocation de roadster. Son profil reste particulièrement bas, avec une hauteur d’environ 1,16 mètre. Les jantes en alliage, disponibles dans plusieurs dimensions et dessins, contribuent à différencier les exemplaires selon leur année et leur configuration.
L’habitacle reprend cette association entre tradition et modernité. Les sièges sont installés très bas, tandis que la planche de bord reçoit une instrumentation principalement regroupée dans sa partie centrale. Le cuir occupe une place importante, sur les sièges comme sur de nombreux éléments de garniture. Les commandes et les instruments présentent une esthétique volontairement classique.
La personnalisation constitue l’une des particularités de Wiesmann. Les acheteurs pouvaient sélectionner des teintes de carrosserie, des associations de cuirs et différents équipements, donnant naissance à des voitures parfois très différentes visuellement. Il n’existe donc pas une seule présentation intérieure ou un unique dessin de jantes permettant d’identifier toutes les MF3.
Motorisations BMW et évolution des performances
La Wiesmann MF3 doit une grande partie de son caractère à ses moteurs BMW atmosphériques. Le constructeur allemand utilise des six cylindres en ligne réputés pour leur souplesse, leur montée en régime et leur sonorité. Installés longitudinalement à l’avant, ils transmettent leur puissance aux roues arrière, conformément à une architecture de sportive traditionnelle.
Les premières étapes de la lignée comprennent une motorisation 3,0 litres développant environ 286 ch. Les archives du club Wiesmann mentionnent une production très limitée de cette configuration, suivie d’une évolution utilisant un moteur 3,2 litres de 321 ch. Ce dernier correspond à la famille BMW S50, également employée sur la BMW M3 E36 européenne.
Avec ses 3 201 cm³, le S50B32 développe 321 ch à 7 400 tr/min et un couple de 350 Nm. Il apporte à la MF3 un tempérament sportif marqué, grâce à une puissance élevée pour une voiture relativement légère. Cette mécanique est associée à une boîte manuelle et conserve le caractère progressif d’un moteur atmosphérique.
La principale évolution intervient au début des années 2000 avec l’adoption du BMW S54B32, moteur également utilisé par la M3 E46. Les sources situent cette transition entre 2001 et 2003 selon qu’elles retiennent l’introduction mécanique ou son intégration dans la gamme. Une évolution intermédiaire annoncée à 325 ch apparaît également dans certaines archives.
Dans sa configuration S54, la MF3 développe 343 ch à 7 900 tr/min et 365 Nm à 4 900 tr/min. Ce six cylindres de 3 246 cm³ utilise une distribution à double arbre à cames en tête, quatre soupapes par cylindre et le système de calage variable BMW Double VANOS. Son fonctionnement à haut régime joue un rôle essentiel dans les sensations offertes par le roadster.
La version de 343 ch atteint officiellement 255 km/h et accélère de 0 à 100 km/h en 4,9 secondes. Ces performances résultent autant de la puissance du moteur que de la faible masse de la voiture. Le rapport poids/puissance annoncé est de 3,44 kg/ch, un niveau particulièrement favorable pour un roadster de cette époque.
La transmission évolue également au cours de la carrière. Les premières configurations disposent de boîtes manuelles, tandis que les versions ultérieures peuvent recevoir une boîte à six rapports. Certaines MF3 sont proposées avec une transmission robotisée BMW SMG et une commande séquentielle, offrant une alternative à la boîte manuelle traditionnelle.
Fiche technique de la Wiesmann MF3
| Caractéristique | Wiesmann MF3 S50 | Wiesmann MF3 S54 |
|---|---|---|
| Constructeur | Wiesmann | Wiesmann |
| Pays de fabrication | Allemagne | Allemagne |
| Site de production | Dülmen | Dülmen |
| Carrosserie | Roadster 2 portes, 2 places | Roadster 2 portes, 2 places |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | BMW S50B32 | BMW S54B32 |
| Nombre de cylindres | 6 en ligne | 6 en ligne |
| Cylindrée | 3 201 cm³ | 3 246 cm³ |
| Alimentation | Injection électronique | Injection électronique |
| Suralimentation | Aucune, moteur atmosphérique | Aucune, moteur atmosphérique |
| Distribution | Double arbre à cames, 24 soupapes | Double arbre à cames, 24 soupapes, Double VANOS |
| Puissance maximale | 321 ch (236 kW) | 343 ch (252 kW) |
| Régime de puissance | 7 400 tr/min | 7 900 tr/min |
| Couple maximal | 350 Nm | 365 Nm |
| Régime de couple | 3 250 tr/min | 4 900 tr/min |
| Alésage x course | 86,4 x 91 mm | 87 x 91 mm |
| Taux de compression | 11,3:1 | 11,5:1 |
| Transmission | Roues arrière motrices | Roues arrière motrices |
| Boîte de vitesses | Manuelle selon millésime | Manuelle 6 rapports ou robotisée SMG selon configuration |
| Structure | Structure métallique, carrosserie composite | Structure métallique, carrosserie composite |
| Suspensions | Indépendantes | Indépendantes |
| Ressorts et amortisseurs | Selon configuration | Eibach et Bilstein sur configurations documentées |
| Direction | À crémaillère | À crémaillère |
| Freins | Disques aux quatre roues | Disques ventilés, ABS |
| Diamètre des freins documenté | Variable selon configuration | 315 mm avant, 312 mm arrière sur une configuration de 2004 |
| Pneumatiques | Variables selon équipement | 215/50 sur jantes 17 pouces ou montages optionnels plus larges |
| Longueur | Environ 3 860 mm | Environ 3 860 mm |
| Largeur | Environ 1 750 mm | Environ 1 750 mm |
| Hauteur | Environ 1 160 mm | Environ 1 160 mm |
| Empattement | Environ 2 290 mm | Environ 2 290 mm |
| Voie avant publiée | Environ 1 460 mm | Environ 1 460 mm |
| Voie arrière publiée | Environ 1 538 mm | Environ 1 538 mm |
| Masse à vide indicative | Variable selon configuration | Environ 1 180 kg |
| Rapport poids/puissance | Variable selon masse | 3,44 kg/ch |
| Vitesse maximale publiée | 251 km/h | 255 km/h |
| 0 à 100 km/h publié | 6,0 s | 4,9 s |
| Consommation mixte indicative | Variable selon millésime | Environ 11,7 à 11,9 l/100 km |
| Capacité du réservoir publiée | Variable selon version | 60 litres |
| Émissions de CO2 publiées | Selon homologation | 287 g/km sur une fiche technique |
Châssis, comportement routier et sensations de conduite
La Wiesmann MF3 repose sur une conception privilégiant la légèreté et la rigidité. Sa structure métallique reçoit une carrosserie composite, tandis que le moteur est installé en retrait de l’essieu avant afin de favoriser la répartition des masses. Cette implantation contribue à limiter le déséquilibre habituellement associé aux voitures à long capot.
Le châssis est associé à des suspensions indépendantes et à des composants adaptés à une utilisation sportive. Des configurations documentées utilisent des ressorts Eibach et des amortisseurs Bilstein. L’architecture exacte des trains roulants varie dans les descriptions techniques disponibles, mais l’objectif reste identique : obtenir un comportement précis sans alourdir excessivement la voiture.
La propulsion joue un rôle déterminant dans le caractère de la MF3. Contrairement à une sportive à transmission intégrale, elle confie toute la motricité aux roues arrière. Le conducteur doit donc gérer les transferts de charge et la remise des gaz, particulièrement avec les moteurs les plus puissants.
La direction à crémaillère, l’empattement court et la position de conduite basse renforcent la sensation de proximité avec la route. Les essais contemporains soulignent notamment la vivacité de la voiture et son caractère direct. La MF3 ne recherche pas l’isolement acoustique ou le confort d’une grande routière : elle privilégie le dialogue entre le conducteur, la mécanique et le châssis.
Les équipements évoluent néanmoins avec le temps. L’ABS est documenté, tandis que certaines configurations peuvent disposer d’aides électroniques supplémentaires. Les dimensions des pneumatiques et les réglages de suspension influencent sensiblement le comportement, notamment sur les exemplaires équipés de grandes jantes optionnelles.
Le moteur atmosphérique constitue l’autre élément central de l’expérience. Contrairement à un bloc suralimenté délivrant un couple très important dès les bas régimes, le six cylindres BMW récompense une conduite exploitant progressivement la montée en régime. Cette caractéristique donne à la MF3 une personnalité différente de celle des roadsters modernes à moteurs turbocompressés.
Production artisanale, prix et séries spéciales
La Wiesmann MF3 n’a jamais été une automobile de grande diffusion. Son assemblage manuel, son positionnement haut de gamme et les nombreuses possibilités de personnalisation ont limité sa production. Une synthèse historique avance environ 826 exemplaires pour la MF3, tandis que le total atteint approximativement 910 voitures lorsque certaines variantes antérieures apparentées sont intégrées au décompte. Ces volumes ne correspondent pas exactement au même périmètre.
Cette production limitée explique la diversité des configurations rencontrées. Les couleurs, les matériaux intérieurs, les roues et certains équipements pouvaient être choisis individuellement. Deux MF3 du même millésime ne présentent donc pas nécessairement une finition identique.
Le prix neuf reflétait ce mode de fabrication. Une MF3 de 343 ch a notamment été proposée autour de 99 900 euros sur le marché allemand, selon une documentation commerciale d’époque. Ce montant ne représente toutefois pas le tarif de toutes les années, les premières versions et les exemplaires fortement personnalisés ayant des configurations différentes.
En fin de carrière, Wiesmann développe plusieurs éditions particulières. Les archives de la marque et de son club mentionnent notamment une série anniversaire de 30 exemplaires en 2008, associée à une motorisation spécifique annoncée à 360 ch. Une édition Sportiv limitée à 30 voitures est également évoquée pour 2011 dans des sources secondaires.
La série la plus identifiable reste la Wiesmann MF3 Final Edition, présentée en 2011. Réalisée en collaboration avec Christian et Michael Sieger, elle comprend 18 exemplaires bénéficiant chacun d’une présentation particulière. Les combinaisons de couleurs, les motifs et les finitions sont conçus pour donner une identité propre à chaque voiture.
Cette édition finale conserve le six cylindres BMW de 343 ch, mais se distingue par son traitement esthétique. Certaines réalisations portent des noms spécifiques, comme Urban Jungle ou Polar Bear. Elles illustrent la place accordée à la personnalisation chez Wiesmann, jusque dans les dernières années de production de la MF3.
Sur le marché de la collection, l’identification précise du moteur, de la boîte de vitesses et de la configuration d’origine est particulièrement importante. L’historique d’entretien, l’état de la carrosserie composite et la conformité des équipements méritent également une attention particulière, notamment pour les voitures ayant reçu des modifications après leur livraison.
La place de la MF3 dans l’évolution de Wiesmann
La MF3 accompagne presque toute la première période de développement de Wiesmann. Alors que de nombreux petits constructeurs spécialisés disparaissent après quelques années, elle conserve suffisamment longtemps sa formule initiale pour traverser plusieurs générations de motorisations BMW et différentes étapes de croissance de l’entreprise.
La diversification de la gamme se poursuit avec la Wiesmann MF4, un roadster plus puissant et plus haut de gamme. Celui-ci ne constitue pas un remplacement direct de la MF3, mais répond à une clientèle recherchant davantage de performances et un positionnement supérieur.
Wiesmann pousse ensuite cette logique plus loin avec la Wiesmann MF5, qui appartient aux réalisations les plus ambitieuses de la marque. Les motorisations V8 et V10 employées sur les modèles supérieurs marquent une différence nette avec la philosophie du petit roadster à six cylindres.
La production de la MF3 prend fin en 2011, avant les difficultés financières qui conduiront Wiesmann à la faillite en 2014. La disparition du modèle ne correspond donc pas à l’arrêt immédiat de toute activité du constructeur, dont les autres voitures poursuivent encore leur carrière pendant une période limitée.
Après la reprise de la marque, le Wiesmann Project Thunderball est présenté comme un projet de roadster électrique reprenant plusieurs éléments de l’identité esthétique historique de Wiesmann. Il conserve l’idée d’une sportive ouverte à la silhouette classique, mais s’éloigne radicalement de la mécanique atmosphérique et de l’architecture technique qui caractérisaient la MF3.




