Présentée au Salon de Genève en 2008, la Wiesmann GT MF5 représente l’aboutissement de la première génération de sportives artisanales du constructeur allemand. Ce coupé biplace à moteur avant central et propulsion associe une carrosserie néorétro à une mécanique BMW Motorsport particulièrement performante. Initialement équipée d’un V10 atmosphérique de 507 ch, elle évolue en 2011 vers un V8 biturbo de 555 ch, tout en conservant son architecture traditionnelle et son caractère exclusif.
Construite à Dülmen, en Allemagne, la GT MF5 se distingue par sa structure légère en aluminium, ses proportions spectaculaires et une fabrication largement artisanale. Avec une vitesse maximale annoncée supérieure à 300 km/h et une production extrêmement limitée, elle occupe une place particulière parmi les grandes sportives européennes de la fin des années 2000.
Origines et développement de la Wiesmann GT MF5
L’histoire de la GT MF5 s’inscrit dans celle de Wiesmann, constructeur fondé par les frères Martin et Friedhelm Wiesmann. La marque développe dès ses débuts une approche originale de l’automobile sportive : associer l’esthétique des roadsters britanniques classiques à des composants mécaniques allemands modernes, principalement fournis par BMW.
Cette philosophie prend forme avec la Wiesmann MF3, un roadster dont la production débute en 1993. Sa carrosserie aux lignes arrondies, son moteur six cylindres BMW et son architecture à propulsion établissent les caractéristiques fondamentales de la marque. Wiesmann privilégie alors la légèreté, les sensations de conduite et la personnalisation plutôt qu’une production industrielle à grande échelle.
La gamme évolue ensuite vers des motorisations plus puissantes avec la Wiesmann MF4, qui marque l’adoption de moteurs BMW V8. Cette montée en gamme permet au constructeur de viser une clientèle recherchant des performances de grand tourisme tout en conservant une voiture fabriquée en petite série.
En 2005, Wiesmann présente la Wiesmann GT MF4, son premier coupé. Ce modèle introduit une carrosserie fermée au profil allongé, avec un habitacle reculé et un pavillon caractéristique. La GT MF5 reprend cette architecture générale, mais adopte une présentation nettement plus agressive, une carrosserie élargie et une mécanique issue des modèles les plus sportifs de BMW.
Le lancement de la GT MF5 intervient au Salon international de l’automobile de Genève en mars 2008. Cette présentation coïncide avec une étape importante du développement industriel de Wiesmann : l’ouverture de sa nouvelle manufacture de Dülmen, reconnaissable notamment à son architecture inspirée de l’emblème au gecko de la marque.
La GT MF5 devient alors le coupé le plus puissant du catalogue Wiesmann. Son positionnement ne correspond pas à celui d’une simple évolution esthétique de la GT MF4. Elle bénéficie d’une motorisation spécifique, de réglages adaptés à ses performances et d’éléments aérodynamiques plus affirmés.
Un coupé néorétro au design particulièrement expressif
La Wiesmann GT MF5 conserve les proportions traditionnelles d’une sportive à moteur avant : long capot, habitacle positionné vers l’arrière, ligne de toit basse et poupe relativement courte. Cette silhouette rappelle certaines grandes GT européennes des années 1950 et 1960, sans reproduire directement un modèle historique.
La face avant se distingue par ses projecteurs arrondis, sa calandre caractéristique et ses importantes prises d’air. Le capot allongé domine la silhouette, tandis que les ailes galbées accentuent visuellement la largeur du véhicule. La GT MF5 présente une allure plus musclée que les autres coupés Wiesmann contemporains.
Les passages de roues élargis permettent d’accueillir des pneumatiques généreusement dimensionnés. Les ouvertures latérales participent à l’identité visuelle du modèle, tandis que les bas de caisse soulignent sa faible hauteur. Les proportions sont directement liées à l’implantation du moteur, installé en position reculée afin de favoriser l’équilibre des masses.
À l’arrière, l’aileron fixe constitue l’un des signes distinctifs les plus évidents de la GT MF5. Associé à un diffuseur inférieur, il accompagne le traitement aérodynamique nécessaire à une automobile capable de dépasser les 300 km/h. La partie arrière conserve néanmoins les formes arrondies et les surfaces sculptées propres au langage esthétique de Wiesmann.
La carrosserie utilise des matériaux composites, notamment du plastique renforcé de fibres de verre. Cette solution permet de réaliser des formes complexes tout en limitant la masse. Les panneaux sont assemblés sur une structure porteuse en aluminium, selon une méthode adaptée aux faibles cadences de fabrication.
L’habitacle poursuit la même démarche associant tradition et technique moderne. La planche de bord présente de nombreux cadrans circulaires, des commandes métalliques et une sellerie largement habillée de cuir. L’instrumentation analogique participe à l’ambiance classique, malgré les performances très contemporaines de la mécanique.
Chaque voiture pouvait recevoir une configuration personnalisée, avec différentes teintes de carrosserie, associations de cuirs et finitions intérieures. Cette fabrication à la commande explique les différences parfois importantes entre les exemplaires photographiés. Les sièges sport, la position de conduite basse et l’environnement enveloppant rappellent toutefois que la GT MF5 reste avant tout une voiture destinée à la conduite sportive.
Le V10 BMW de 507 ch : la motorisation originelle
La première Wiesmann GT MF5 reçoit le V10 atmosphérique BMW S85B50 de 4 999 cm³, une mécanique développée par BMW M et également utilisée sur les BMW M5 E60 et M6 E63/E64. Ce moteur constitue une rupture dans la gamme Wiesmann, jusque-là principalement associée aux six cylindres en ligne et aux V8.
Le V10 développe 507 ch à 7 750 tr/min et 520 Nm à 6 100 tr/min. Contrairement aux moteurs suralimentés privilégiant un couple élevé dès les bas régimes, il se caractérise par sa capacité à monter très haut dans les tours. Sa puissance maximale est obtenue à un régime particulièrement élevé pour une voiture de grand tourisme.
La distribution variable BMW Bi-VANOS, les quatre soupapes par cylindre et la conception à course relativement courte contribuent à son fonctionnement. L’absence de turbocompresseur permet une réponse directe à l’accélérateur, tandis que la sonorité particulière du dix cylindres participe fortement à l’identité de cette première GT MF5.
Le moteur est associé à une boîte robotisée SMG à sept rapports, commandée notamment par des palettes au volant. Cette transmission diffère d’une boîte automatique traditionnelle à convertisseur de couple. Elle utilise un embrayage piloté électroniquement, avec des changements de rapports adaptés à une conduite sportive.
La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière. Le moteur installé en position avant reculée permet de limiter la concentration des masses sur le train avant. Avec une masse annoncée d’environ 1 380 kg au lancement, la GT MF5 affiche un rapport poids/puissance particulièrement favorable.
Wiesmann annonce une accélération de 0 à 100 km/h en 3,9 secondes et une vitesse maximale proche de 310 km/h. Ces performances placent le coupé parmi les sportives de très haut niveau de son époque, malgré une conception privilégiant une structure relativement simple et une production artisanale.
Cette version V10 reste particulièrement représentative de la philosophie initiale de la GT MF5 : un moteur atmosphérique à haut régime, une propulsion puissante et une carrosserie compacte à l’échelle des grandes GT contemporaines.
La Wiesmann GT MF5 V8 biturbo de 555 ch à partir de 2011
En 2011, Wiesmann fait évoluer la GT MF5 en remplaçant son V10 atmosphérique par un moteur BMW V8 biturbo de 4,4 litres. Cette modification accompagne la disparition progressive du V10 S85 de la gamme BMW M et permet au constructeur allemand de poursuivre la commercialisation de son coupé le plus performant.
Le nouveau moteur appartient à la famille BMW S63. Avec ses deux turbocompresseurs et son injection directe, il développe 555 ch et 680 Nm de couple. La puissance progresse de 48 ch, mais l’évolution la plus significative concerne le couple, supérieur de 160 Nm à celui du V10.
Cette augmentation modifie profondément le comportement mécanique du coupé. Alors que le V10 demande de monter dans les régimes pour délivrer toute sa puissance, le V8 biturbo fournit une poussée importante dès les bas régimes. Les reprises deviennent ainsi moins dépendantes du rapport engagé.
La transmission évolue également. La boîte robotisée SMG à sept rapports laisse place à une boîte automatique à six rapports, adaptée au couple supérieur du V8. La GT MF5 conserve ses roues arrière motrices et son architecture à moteur avant reculé.
Malgré ce changement mécanique majeur, les performances annoncées restent proches de celles de la version initiale. Wiesmann communique sur un 0 à 100 km/h en 3,9 secondes et une vitesse maximale de 311 km/h. Le V8 se distingue donc moins par une accélération officiellement plus rapide que par sa disponibilité mécanique et sa puissance supérieure.
La version biturbo bénéficie également d’une consommation normalisée annoncée plus faible que celle du V10 dans plusieurs fiches techniques d’époque. Cette différence reflète notamment l’évolution des technologies d’injection et de suralimentation, même si les valeurs publiées ne correspondent pas nécessairement à des conditions de mesure identiques.
Le passage au V8 n’entraîne pas de transformation fondamentale de l’esthétique. Les deux motorisations appartiennent à la même famille GT MF5 et conservent les principaux éléments de carrosserie permettant d’identifier le modèle. Pour distinguer avec certitude un exemplaire, l’année de fabrication et ses caractéristiques mécaniques sont plus fiables que la seule couleur ou les détails de finition.
Fiche technique de la Wiesmann GT MF5
| Caractéristique | GT MF5 V10 (2008) | GT MF5 V8 biturbo (2011) |
|---|---|---|
| Constructeur | Wiesmann | Wiesmann |
| Pays de fabrication | Allemagne | Allemagne |
| Site de production | Dülmen | Dülmen |
| Carrosserie | Coupé 2 portes | Coupé 2 portes |
| Nombre de places | 2 | 2 |
| Architecture | Moteur avant central longitudinal | Moteur avant central longitudinal |
| Motorisation | BMW S85B50 | BMW S63, famille S63B44 |
| Configuration | V10 à 90° | V8 à 90° |
| Cylindrée | 4 999 cm³ | 4 395 cm³ |
| Alésage x course | 92 x 75,2 mm | 89 x 88,3 mm |
| Alimentation | Injection essence atmosphérique | Injection directe, deux turbocompresseurs |
| Puissance maximale | 507 ch (373 kW) | 555 ch (408 kW) |
| Régime de puissance maximale | 7 750 tr/min | 5 750 à 6 250 tr/min |
| Couple maximal | 520 Nm | 680 Nm |
| Régime de couple maximal | 6 100 tr/min | Dès 1 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | Robotisée SMG à 7 rapports | Automatique à 6 rapports |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Structure | Monocoque en aluminium | Monocoque en aluminium |
| Carrosserie | Matériaux composites renforcés | Matériaux composites renforcés |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles | Indépendante à doubles triangles |
| Suspension arrière | Indépendante à doubles triangles | Indépendante à doubles triangles |
| Direction | À crémaillère assistée | À crémaillère assistée |
| Freinage | Disques ventilés avant et arrière | Disques ventilés avant et arrière |
| Pneumatiques avant | 245/40 ZR19 | 245/40 ZR19 |
| Pneumatiques arrière | 275/35 ZR19 | 275/35 ZR19 |
| Longueur | 4 300 mm selon fiche de lancement | 4 220 à 4 230 mm selon fiches |
| Largeur | 1 940 à 1 956 mm selon fiches | Environ 1 950 mm |
| Hauteur | 1 170 mm | Environ 1 180 mm |
| Empattement | 2 507 mm | Environ 2 510 mm |
| Poids annoncé | Environ 1 380 kg au lancement | Environ 1 405 kg |
| 0 à 100 km/h | 3,9 secondes | 3,9 secondes |
| Vitesse maximale | Environ 310 km/h | 311 km/h |
| Consommation mixte publiée | 13,1 à 15 l/100 km selon protocole | 12,9 l/100 km |
| Émissions de CO2 publiées | 346 g/km selon fiche technique | 299 g/km selon fiche technique |
| Capacité du réservoir | Environ 70 litres | Environ 70 litres |
Châssis, comportement routier et conception artisanale
La Wiesmann GT MF5 repose sur une structure monocoque en aluminium assemblée notamment par collage et rivetage. Cette conception vise à obtenir une rigidité élevée sans recourir à une carrosserie métallique lourde. Les panneaux extérieurs en matériaux composites complètent l’ensemble et permettent de conserver les formes caractéristiques du constructeur.
La suspension indépendante à doubles triangles, présente aux deux essieux, répond à une recherche de précision dans le guidage des roues. Les ressorts hélicoïdaux, amortisseurs et barres antiroulis assurent le contrôle des mouvements de caisse. Cette architecture est particulièrement adaptée à une voiture basse, large et dotée de pneumatiques sportifs.
La direction à crémaillère assistée et les freins à disques ventilés accompagnent les performances élevées du modèle. Les documents de présentation de la GT MF5 mentionnent également des dispositifs électroniques tels que l’ABS et le contrôle de stabilité DSC, destinés à compléter les qualités mécaniques du châssis.
La répartition des masses bénéficie de l’implantation reculée du moteur, tandis que les roues arrière assurent seules la motricité. Cette configuration conserve les caractéristiques d’une sportive traditionnelle, malgré une puissance comparable à celle de certaines supercars à moteur central arrière.
Les pneus arrière de 275 mm de largeur jouent un rôle important dans la transmission du couple au sol. Avec le V8 biturbo, la disponibilité de 680 Nm dès les bas régimes rend la gestion de la motricité particulièrement importante, notamment sur chaussée humide ou lors des accélérations à faible vitesse.
La GT MF5 n’a pas été développée comme une voiture de compétition homologuée pour un championnat particulier. Son architecture, son aérodynamique et son freinage répondent avant tout aux exigences d’une sportive routière très performante. L’aileron arrière et le diffuseur participent à cette recherche de stabilité à haute vitesse.
La fabrication artisanale constitue une autre particularité du modèle. Contrairement à une automobile produite sur une chaîne industrielle de grande capacité, chaque GT MF5 demande un travail important d’assemblage et de finition. La personnalisation des habitacles et des carrosseries renforce cette dimension individuelle, qui faisait partie intégrante de l’identité commerciale de Wiesmann.
Production limitée, variantes et place dans l’histoire de Wiesmann
La Wiesmann GT MF5 fait partie des modèles les plus rares de la production historique du constructeur. La marque indique que moins de 200 exemplaires ont été fabriqués en réunissant les carrosseries GT MF5 et Roadster MF5. Le Wiesmann Club recense plus précisément 57 coupés V10 et 21 coupés V8 biturbo, soit 78 GT MF5. Ce décompte spécialisé n’est toutefois pas accompagné d’une confirmation publique exhaustive des numéros de châssis par le constructeur.
La gamme s’élargit en 2009 avec le Wiesmann MF5 Roadster, présenté au Salon de Francfort. Cette version découvrable partage l’esprit et les motorisations de la GT MF5, mais possède une carrosserie distincte. Wiesmann indique notamment avoir construit 43 Roadster MF5 équipés du V10, un chiffre qu’il ne faut pas ajouter indistinctement à la production des seuls coupés.
Une édition spéciale liée au vingtième anniversaire de Wiesmann est également mentionnée dans la documentation automobile de 2009, avec une série annoncée de 20 exemplaires. Son périmètre exact et son intégration dans les décomptes de production nécessitent de distinguer les configurations particulières des versions mécaniques principales.
Lors de son lancement en 2008, le prix allemand de la GT MF5 V10 est annoncé autour de 179 800 euros TTC. Ce tarif la positionne sur le marché des sportives exclusives de haut niveau, tout en reflétant son faible volume de fabrication et l’utilisation d’une mécanique BMW M sophistiquée. Les nombreuses possibilités de personnalisation pouvaient naturellement faire évoluer le prix d’un exemplaire.
Sur le marché de la collection, la GT MF5 présente plusieurs caractéristiques recherchées : une production très limitée, une fabrication artisanale, une identité esthétique immédiatement reconnaissable et des moteurs BMW M devenus emblématiques. Le V10 atmosphérique possède un intérêt mécanique particulier, tandis que le V8 biturbo se distingue par un volume de production encore plus faible dans les décomptes du club spécialisé.
Les difficultés financières de Wiesmann aboutissent à une procédure d’insolvabilité en 2013, suivie de l’arrêt des activités de la société historique. La commercialisation de la GT MF5 s’achève dans ce contexte, certaines bases automobiles retenant 2014 comme dernière année. Cette situation explique l’absence de successeur thermique direct produit dans la continuité de la gamme originelle.
La renaissance ultérieure de la marque s’oriente vers une approche technique différente, illustrée par le Wiesmann Project Thunderball, un projet de roadster électrique. Il ne constitue pas un remplacement direct de la GT MF5, mais témoigne du changement de stratégie engagé après la disparition de la production historique de Dülmen.
Pour les collectionneurs, l’identification d’une GT MF5 doit tenir compte de sa motorisation, de son année de fabrication et de sa configuration d’origine. Le suivi de l’entretien est particulièrement important sur ces automobiles produites en très petite série, notamment pour les éléments spécifiques de carrosserie, les équipements électroniques et les transmissions associées aux moteurs BMW M.




