La De Tomaso P72 est une supercar italienne à moteur V8 central arrière, dévoilée en juillet 2019 au Festival of Speed de Goodwood. Conçue pour célébrer les 60 ans de la marque fondée par Alejandro de Tomaso, elle marque le retour du constructeur avec une automobile exclusive inspirée des sport-prototypes des années 1960. Sa version définitive, présentée en mai 2025, associe une monocoque en fibre de carbone, un V8 de 5,0 litres suralimenté et une boîte manuelle à six rapports. Limitée à 72 exemplaires destinés aux clients, la P72 privilégie les sensations mécaniques, l’élégance classique et la fabrication artisanale.
Une renaissance inspirée de la De Tomaso P70
L’histoire de la De Tomaso P72 commence bien avant sa présentation en 2019. Fondée à Modène en 1959 par le pilote et entrepreneur argentin Alejandro de Tomaso, la marque italienne s’est distinguée par ses voitures de sport associant des châssis européens et des motorisations puissantes. La De Tomaso Vallelunga, apparue dans les années 1960, illustrait déjà l’intérêt du constructeur pour les architectures légères à moteur central.
La P72 rend principalement hommage à la De Tomaso P70, un prototype de compétition développé en 1965 dans le cadre d’une collaboration entre Alejandro de Tomaso et Carroll Shelby. Cette voiture de course possédait une silhouette particulièrement basse, des ailes galbées et une carrosserie sculptée autour de contraintes aérodynamiques. La P72 reprend cet esprit sans chercher à reproduire exactement les proportions ou les solutions techniques de son ancêtre.
La référence aux années 1960 dépasse le seul dessin de la carrosserie. De Tomaso souhaite renouer avec une époque où les voitures de sport mettaient en avant le rapport direct entre le conducteur et la mécanique. Le choix d’une transmission manuelle, d’instruments analogiques et d’un moteur thermique puissant répond à cette philosophie.
Cette approche rappelle également les grandes sportives historiques de la marque. La De Tomaso Mangusta, commercialisée à partir de 1967, associait une carrosserie italienne spectaculaire à un V8 Ford installé en position centrale arrière. La célèbre De Tomaso Pantera a ensuite popularisé cette formule auprès d’une clientèle internationale durant les années 1970.
Après plusieurs décennies d’activité, De Tomaso traverse d’importantes difficultés financières. La De Tomaso Guarà, présentée dans les années 1990, figure parmi les dernières sportives développées par le constructeur historique. La disparition progressive de l’entreprise laisse alors un vide que le projet P72 ambitionne de combler.
En 2014, les droits de la marque sont repris par une nouvelle structure liée à l’entrepreneur Norman Choi. Cette renaissance ne repose pas sur une production de grande série, mais sur une stratégie d’exclusivité : construire un nombre très limité d’automobiles capables de faire revivre l’identité De Tomaso auprès des collectionneurs contemporains.
Du prototype de Goodwood à la version définitive de 2025
La De Tomaso P72 apparaît publiquement en juillet 2019, lors du Festival of Speed de Goodwood, au Royaume-Uni. Le prototype attire immédiatement l’attention par son dessin néo-rétro, très différent de celui des hypercars modernes aux formes anguleuses. Son long capot plongeant, ses passages de roues arrondis et son habitacle compact évoquent les voitures de compétition des années 1960.
À cette date, la voiture constitue encore un projet en développement. De Tomaso communique progressivement sur sa motorisation, sa structure et ses ambitions industrielles. Le constructeur annonce notamment une collaboration avec le spécialiste américain Roush Performance pour développer un V8 Ford suralimenté.
La mise au point s’étend sur plusieurs années. Le programme connaît des évolutions importantes, particulièrement dans la conception du châssis et l’organisation de la fabrication. Si les premières présentations ont suscité des rapprochements avec l’Apollo Intensa Emozione, la P72 définitive adopte une structure carbone spécifiquement développée pour elle.
Le 14 mai 2025, De Tomaso dévoile officiellement la configuration de production. Cette présentation constitue une étape majeure : elle permet de distinguer les caractéristiques définitives de nombreuses informations diffusées depuis 2019. La voiture conserve son identité esthétique initiale, mais bénéficie d’une architecture technique adaptée à sa fabrication en série limitée.
Le développement et l’assemblage s’appuient notamment sur des installations situées en Allemagne, à Affalterbach. Le constructeur met en avant une fabrication artisanale, avec une attention particulière portée aux composants en carbone, aux matériaux intérieurs et aux finitions personnalisées.
La P72 n’est pas destinée à devenir une sportive accessible ni à remplacer directement un ancien modèle. Elle inaugure une nouvelle période pour De Tomaso, fondée sur des automobiles de prestige produites en très petites quantités. Le constructeur développe parallèlement la De Tomaso P900, un projet plus radical orienté vers la piste, distinct de la P72 conçue pour une utilisation routière.
Un design néo-rétro et un habitacle volontairement analogique
La carrosserie de la De Tomaso P72 constitue l’un de ses principaux éléments distinctifs. Contrairement aux supercars qui affichent de grandes prises d’air et de multiples appendices aérodynamiques, elle privilégie des surfaces continues et des volumes arrondis. Son dessin cherche à intégrer les contraintes techniques sans rompre l’équilibre général de la silhouette.
La face avant se caractérise par un capot très bas, des ailes généreusement galbées et des optiques étroites intégrées à la carrosserie. Le pare-brise fortement incliné prolonge visuellement le capot vers un pavillon compact. Les proportions mettent en évidence la position centrale arrière du moteur, avec un habitacle avancé et des épaules arrière particulièrement développées.
Les flancs accueillent des prises d’air discrètement intégrées aux formes de la voiture. À l’arrière, les volumes sculptés et les éléments aérodynamiques participent à une esthétique directement inspirée des prototypes historiques. La P72 ne possède pas l’immense aileron fixe caractéristique de certaines hypercars destinées principalement au circuit.
La fibre de carbone joue un rôle essentiel dans cette réalisation. Elle constitue aussi bien la structure porteuse que les panneaux extérieurs. Selon les préférences du propriétaire, la carrosserie peut recevoir différentes peintures ou mettre en valeur le carbone apparent. Cette liberté de configuration permet de produire des exemplaires visuellement très différents sans modifier le dessin fondamental.
L’habitacle prolonge cette démarche avec une présentation volontairement éloignée des standards numériques actuels. Le tableau de bord utilise des instruments analogiques, tandis que les commandes privilégient des matériaux traditionnels et des pièces métalliques usinées. L’absence d’écran central d’infodivertissement traduit la volonté de concentrer l’attention sur la conduite.
Le levier de vitesses constitue l’un des éléments les plus remarquables de l’intérieur. Sa commande mécanique apparente, associée à des composants métalliques soigneusement travaillés, rappelle les voitures de course anciennes. Les finitions peuvent comprendre de l’aluminium poli, brossé ou microbillé, ainsi que des cuirs sélectionnés et cousus à la main.
Cette présentation ne signifie pas que la P72 reproduit les conditions de conduite rudimentaires d’une automobile des années 1960. Sa structure, ses matériaux et son développement répondent à des exigences contemporaines. Le choix d’un environnement analogique relève avant tout d’une volonté de préserver les sensations et les gestes associés à la conduite sportive traditionnelle.
Fiche technique de la De Tomaso P72
| Caractéristique | De Tomaso P72, configuration de production présentée en 2025 |
|---|---|
| Première présentation | 2019, Goodwood Festival of Speed |
| Présentation de la version définitive | 14 mai 2025 |
| Catégorie | Supercar, coupé deux places |
| Carrosserie | Deux portes, panneaux en fibre de carbone |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal, propulsion |
| Moteur | V8 essence à 90°, architecture Ford Coyote |
| Cylindrée | Environ 5,0 litres |
| Suralimentation | Compresseur mécanique |
| Développement moteur | De Tomaso, avec collaboration de Roush Performance annoncée durant le programme |
| Vilebrequin | Type cross-plane |
| Puissance annoncée en mai 2025 | 700 hp, soit environ 710 ch métriques |
| Couple annoncé en mai 2025 | 820 Nm |
| Transmission | Propulsion arrière |
| Boîte de vitesses | Manuelle à six rapports |
| Commande de boîte | Levier mécanique avec mécanisme apparent |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone développée spécifiquement |
| Sous-structures | Éléments avant et arrière en composite carbone |
| Suspension avant | Doubles triangles superposés, commande par poussoirs |
| Suspension arrière | Doubles triangles superposés, commande par poussoirs |
| Amortissement | Réglage manuel à trois voies annoncé |
| Système de levage | Rehaussement avant et arrière annoncé de 45 mm |
| Masse | 1 400 à 1 500 kg selon les informations publiées par le constructeur, valeur définitive non uniformisée |
| Vitesse maximale | Non confirmée pour la configuration définitive |
| Accélération de 0 à 100 km/h | Non confirmée par une mesure de référence |
| Instrumentation | Analogique |
| Production annoncée | 72 exemplaires destinés aux clients |
| Assemblage | Allemagne, programme industriel notamment associé à Affalterbach |
Un V8 suralimenté associé à une boîte manuelle
La motorisation de la De Tomaso P72 perpétue une tradition importante du constructeur : utiliser un moteur V8 d’origine américaine dans une voiture de sport au caractère européen. Cette association permet de retrouver une partie de l’identité mécanique des anciennes De Tomaso tout en répondant aux exigences de performance d’une supercar contemporaine.
Le moteur repose sur une architecture Ford Coyote profondément adaptée au projet. Le recours à un compresseur mécanique permet d’obtenir une puissance élevée tout en conservant une réponse directe à l’accélérateur. Le constructeur insiste sur la progressivité du couple et sur la disponibilité de la puissance, plutôt que sur la recherche d’un régime moteur exceptionnellement élevé.
Le vilebrequin de type cross-plane participe au caractère sonore du V8. Les collecteurs d’échappement et la ligne d’évacuation des gaz ont également fait l’objet d’un travail spécifique. De Tomaso cherche ainsi à obtenir une sonorité distinctive, cohérente avec l’inspiration historique de la voiture.
La boîte manuelle à six rapports joue un rôle tout aussi important que le moteur. Alors que de nombreuses supercars modernes utilisent des transmissions automatiques à double embrayage, la P72 impose au conducteur de gérer lui-même les changements de rapport. Ce choix renforce l’implication au volant et contribue au positionnement particulier du modèle.
De Tomaso indique avoir privilégié des rapports relativement courts pour favoriser les accélérations et les reprises. La vitesse maximale n’est donc pas présentée comme l’objectif central du développement. La voiture cherche davantage à offrir une expérience mécanique expressive sur route qu’à établir des records de vitesse.
La structure carbone permet de combiner rigidité et maîtrise du poids. Les suspensions à doubles triangles, associées à une commande par poussoirs, reprennent des principes utilisés en compétition. Leur conception vise à contrôler précisément les mouvements de caisse tout en préservant un comportement adapté à une automobile routière.
Le système de levage de la suspension facilite le franchissement de certains obstacles à faible vitesse, notamment les rampes et les changements de pente. Cette fonctionnalité répond à une contrainte pratique liée à la garde au sol réduite des supercars.
Les chiffres publiés pendant le développement ne sont pas tous identiques. Certaines communications évoquent notamment des puissances ou des masses différentes de celles associées à la présentation de mai 2025. Les valeurs retenues dans la fiche technique correspondent prioritairement à cette présentation officielle. Aucun essai indépendant de référence ne permet par ailleurs de confirmer les accélérations et la vitesse maximale parfois avancées dans les fiches non officielles.
Production limitée, prix et personnalisation
La De Tomaso P72 a été annoncée dès son lancement comme une automobile produite à seulement 72 exemplaires. Ce volume extrêmement réduit fait partie intégrante de son identité. Le constructeur ne cherche pas à développer un modèle de grande diffusion, mais à proposer une voiture construite selon les préférences de chaque client.
La personnalisation concerne notamment les couleurs extérieures, les finitions de carbone, les selleries et les traitements des pièces métalliques. Les propriétaires peuvent ainsi choisir des associations de matériaux et de teintes inspirées des automobiles classiques ou adopter une présentation plus contemporaine.
Le processus de fabrication accorde une place importante au travail manuel. Les éléments de carrosserie en carbone, les garnitures intérieures et certaines commandes nécessitent des opérations de finition spécifiques. Cette approche contribue à expliquer les délais de développement et la complexité de la mise en production d’une automobile aussi exclusive.
Lors de la présentation de la configuration définitive en mai 2025, De Tomaso précise que le véhicule dévoilé constitue un exemplaire interne construit en dehors des 72 allocations destinées aux clients. Il convient donc de distinguer les prototypes et les voitures de développement des exemplaires de la série commerciale.
Le prix annoncé a évolué au cours du programme. Les premières estimations communiquées autour de 2019 étaient inférieures aux montants évoqués après la finalisation du modèle. En 2025, la presse spécialisée fait état d’un tarif d’environ 1,6 million d’euros, sans que ce chiffre constitue nécessairement un prix définitif identique pour toutes les configurations et tous les marchés.
La rareté de la P72, sa transmission manuelle et son esthétique particulière lui donnent un positionnement susceptible d’intéresser les collectionneurs de supercars contemporaines. Sa valeur sur le marché secondaire ne peut toutefois pas être assimilée à une cote établie sans transactions publiques suffisamment représentatives.
Le constructeur a poursuivi ses communications sur l’assemblage et les personnalisations après la présentation de 2025. En 2026, la configuration baptisée Aurelian Night illustre notamment les possibilités offertes aux clients en matière de finitions. Il s’agit d’une interprétation esthétique de la P72, et non d’une nouvelle génération mécanique distincte.
