L’Auburn Speedster 851 est un roadster américain de prestige lancé pour le millésime 1935. Reconnaissable à sa carrosserie effilée en forme de poupe de bateau, appelée boattail, elle associe le dessin spectaculaire de Gordon Buehrig à un moteur huit cylindres en ligne suralimenté de 150 chevaux. Capable de dépasser les 160 km/h, cette automobile représente l’une des dernières réalisations sportives de l’Auburn Automobile Company, constructeur établi dans l’Indiana.
Commercialisée dans un contexte de difficultés financières pour la marque, la Speedster 851 devait démontrer qu’Auburn pouvait encore rivaliser avec les automobiles américaines les plus prestigieuses. Sa silhouette Art déco, ses échappements chromés et ses performances annoncées à plus de 100 miles par heure en ont fait une référence de l’automobile des années 1930.
Histoire de l’Auburn Speedster 851 : le dernier grand roadster de la marque
L’histoire de l’Auburn Speedster 851 s’inscrit dans celle du groupe automobile dirigé par Errett Lobban Cord. À partir des années 1920, cet industriel développe Auburn en misant sur des voitures élégantes, puissantes et proposées à des tarifs relativement compétitifs. Le groupe contrôle également Duesenberg et le motoriste Lycoming, ce qui facilite les échanges techniques entre ses différentes activités.
La lignée des Auburn Speedster apparaît dès 1928. Ces modèles découvrables adoptent une carrosserie à arrière pointu inspirée des bateaux rapides. Leur style sportif contribue à construire l’identité d’Auburn, alors que la marque cherche à se distinguer des berlines américaines traditionnelles.
Au début des années 1930, Auburn développe plusieurs automobiles à huit et douze cylindres. L’Auburn 8-98 illustre cette période de développement des modèles huit cylindres, tandis que l’Auburn 12-160 témoigne des ambitions de prestige du constructeur avec sa motorisation V12.
La Grande Dépression provoque cependant une forte contraction du marché américain. Malgré leurs qualités, les voitures Auburn rencontrent des difficultés commerciales croissantes. Pour préparer la gamme 1935, la direction cherche donc à renouveler l’image de la marque sans engager les dépenses nécessaires au développement d’une automobile entièrement nouvelle.
Gordon Buehrig, déjà associé à plusieurs créations prestigieuses du groupe, reçoit la mission de moderniser le Speedster. Le projet repose en partie sur des éléments de carrosserie issus de modèles précédents, profondément retravaillés. Cette démarche permet d’obtenir une voiture visuellement nouvelle tout en limitant les investissements industriels.
Présentée pour le millésime 1935, la Speedster constitue la version la plus spectaculaire de la famille Auburn 851. Cette gamme comprend également des carrosseries plus conventionnelles, notamment des berlines et des phaetons. Le roadster joue surtout un rôle de vitrine destiné à attirer l’attention sur l’ensemble du catalogue.
Un design Art déco signé Gordon Buehrig
La carrosserie de l’Auburn Speedster 851 est l’une des expressions les plus reconnaissables du style automobile américain des années 1930. Gordon Buehrig conserve le principe du boattail des générations précédentes, mais transforme profondément les proportions et le traitement des surfaces.
Le long capot domine la silhouette. À l’avant, une calandre haute et inclinée est encadrée par deux projecteurs circulaires indépendants. Les ailes présentent des courbes généreuses et enveloppantes, tandis que les lignes de carrosserie s’étirent vers un habitacle placé relativement en arrière. Cette disposition accentue visuellement la longueur de la voiture.
Le pare-brise en deux parties forme un V caractéristique. Très incliné, il participe à l’impression de vitesse que dégage le modèle, même à l’arrêt. Les portes basses et l’absence de grands marchepieds traditionnels contribuent également à alléger la silhouette.
L’arrière constitue la signature la plus célèbre du Speedster. La carrosserie se rétrécit progressivement derrière les deux occupants pour former une pointe arrondie évoquant la coque retournée d’un bateau. Ce traitement, particulièrement spectaculaire en vue de profil ou de trois quarts arrière, distingue immédiatement le modèle des autres Auburn du catalogue.
Les échappements chromés sortant latéralement du compartiment moteur sont un autre élément essentiel de son identité. Ils signalent la présence du moteur suralimenté et ajoutent une dimension mécanique au dessin. Les grandes roues à rayons métalliques, souvent associées à des pneumatiques à flancs blancs, complètent cette présentation luxueuse.
L’habitacle accueille deux occupants dans une ambiance sportive et raffinée. La planche de bord rassemble des instruments analogiques, tandis que la sellerie en cuir et les garnitures soignées correspondent au positionnement haut de gamme de l’automobile. Une plaque particulière, liée aux performances annoncées du modèle, figure également sur le tableau de bord.
Deux familles de carrosseries sont notamment distinguées dans les archives : les U47, issues de structures antérieures modifiées, et les A-35, associées à la production ultérieure. Ces désignations sont importantes pour identifier les exemplaires authentiques, mais elles ne correspondent pas à deux versions commerciales radicalement différentes.
Un huit cylindres Lycoming suralimenté de 150 chevaux
La mécanique constitue l’autre grande particularité de l’Auburn Speedster 851. Sous son long capot prend place un huit cylindres en ligne Lycoming d’environ 4,6 litres. Ce moteur à soupapes latérales reçoit un compresseur centrifuge Schwitzer-Cummins entraîné mécaniquement, une solution destinée à augmenter les performances sans recourir à une cylindrée supérieure.
La version commercialisée sous la désignation Auburn 851 Supercharged Speedster développe 150 chevaux, contre environ 115 chevaux pour le huit cylindres atmosphérique de la gamme. L’adaptation de la suralimentation est notamment associée aux travaux d’August Duesenberg, dont l’expérience technique bénéficie au groupe Auburn-Cord-Duesenberg.
La transmission présente une particularité intéressante. La boîte manuelle à trois rapports est associée à un pont arrière Columbia offrant deux démultiplications. Le conducteur dispose ainsi de six combinaisons théoriques de rapports, sans que la voiture possède pour autant une véritable boîte à six vitesses.
La démultiplication courte favorise les reprises et l’utilisation à vitesse modérée. La position longue permet de réduire le régime moteur à allure élevée, une caractéristique cohérente avec les ambitions de vitesse du Speedster. Cette solution contribue à rendre la mécanique relativement polyvalente malgré les performances recherchées.
Le châssis reste traditionnel, avec une structure séparée en acier, des essieux rigides et des ressorts à lames semi-elliptiques. Les freins hydrauliques à tambour équipent les quatre roues. Auburn privilégie donc une motorisation puissante et une transmission élaborée plutôt qu’une architecture de suspension révolutionnaire.
La vitesse maximale annoncée dépasse 100 miles par heure, soit environ 161 km/h. Pour une automobile de tourisme de 1935 pesant approximativement 1,7 tonne, cette performance est remarquable. Elle constitue également un argument commercial majeur à une époque où de nombreuses voitures américaines restent sensiblement moins rapides.
Fiche technique de l’Auburn Speedster 851
| Caractéristique | Auburn Speedster 851 (1935) |
|---|---|
| Constructeur | Auburn Automobile Company |
| Pays d’origine | États-Unis |
| Année-modèle | 1935 |
| Lieu d’assemblage | Auburn, Indiana |
| Carrosserie | Roadster boattail, 2 portes |
| Nombre de places | 2 |
| Designer | Gordon Buehrig |
| Architecture moteur | 8 cylindres en ligne, essence |
| Motoriste | Lycoming |
| Cylindrée | Environ 4 585 cm³, 280 ci nominales |
| Distribution | Soupapes latérales |
| Alésage x course | Environ 77,8 x 120,7 mm |
| Alimentation | Carburateur Stromberg |
| Suralimentation | Compresseur centrifuge Schwitzer-Cummins |
| Puissance maximale | 150 bhp, environ 152 ch métriques |
| Régime de puissance | Environ 4 000 tr/min |
| Couple maximal | Environ 312 Nm, valeur indicative |
| Taux de compression | Environ 6,5:1 |
| Refroidissement | Liquide |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports |
| Pont arrière | Columbia à 2 démultiplications |
| Structure | Châssis séparé en acier |
| Suspension avant | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Mécanique, non assistée |
| Freinage | Tambours hydrauliques sur les 4 roues |
| Roues | À rayons métalliques |
| Longueur | Environ 4 938 mm |
| Largeur | Environ 1 816 mm |
| Empattement | 3 226 mm |
| Voie avant | Environ 1 448 mm |
| Voie arrière | Environ 1 575 mm |
| Poids | Environ 1 680 à 1 700 kg selon les références |
| Vitesse maximale | Supérieure à 160 km/h |
| Prix neuf aux États-Unis | Environ 2 245 dollars en 1935 |
Les records de vitesse et la plaque signée Ab Jenkins
Les performances de l’Auburn Speedster 851 sont étroitement associées au pilote américain Abner « Ab » Jenkins, célèbre pour ses tentatives de records sur les Bonneville Salt Flats, dans l’Utah. Auburn utilise ses exploits pour démontrer les capacités de ses automobiles suralimentées et renforcer leur réputation auprès du public.
Les campagnes de vitesse auxquelles Jenkins participe permettent d’établir de nombreux records américains et internationaux. Les publications historiques évoquent notamment 70 records liés aux essais d’Auburn à Bonneville. Il convient toutefois de distinguer les performances de l’ensemble des voitures utilisées pendant ces campagnes de celles d’un Speedster 851 strictement conforme à sa configuration commerciale.
La particularité la plus connue reste la plaque fixée au tableau de bord des Speedster. Elle indique que la voiture a atteint une vitesse supérieure à 100 miles par heure avant livraison et reproduit la signature d’Ab Jenkins. Certaines plaques portent des valeurs légèrement différentes, notamment 100,1 ou 100,8 mph.
Cette présentation possède une dimension publicitaire importante. Elle ne signifie pas que Jenkins a personnellement conduit chaque exemplaire vendu à la vitesse inscrite. Les plaques étaient installées comme témoignage des performances revendiquées par le constructeur, et non comme un relevé individuel d’essai certifié pour chaque châssis.
Le seuil des 100 mph reste néanmoins essentiel pour comprendre la place du modèle. Auburn proposait une automobile de route luxueuse capable d’atteindre une vitesse alors réservée à une minorité de voitures de série. La combinaison du compresseur, de la transmission à double démultiplication et de la carrosserie basse permettait de soutenir cette ambition.
Production, rareté et valeur en collection
La production de l’Auburn Speedster 851 demeure difficile à établir avec une précision absolue. Les chiffres publiés varient sensiblement selon que les auteurs comptabilisent uniquement le millésime 1935, les carrosseries authentiques ou l’ensemble des Speedster 851 et 852. Certaines estimations évoquent environ 150 exemplaires pour les deux millésimes réunis, tandis que d’autres publications avancent des totaux plus élevés.
Cette incertitude s’explique notamment par la faible production, l’utilisation de carrosseries antérieures, les transformations effectuées au fil des décennies et l’existence de nombreuses reproductions. La documentation des numéros de châssis, de carrosserie et de moteur joue donc un rôle essentiel dans l’identification des voitures conservées.
Un exemplaire particulièrement important porte le numéro de châssis 851 32050 E et le numéro de carrosserie U47-200. Présenté dans les catalogues de RM Sotheby’s comme le premier Speedster 851 construit, il possède une certification de l’Auburn Cord Duesenberg Club. Ce type de documentation permet de distinguer les automobiles originales des reconstructions ultérieures.
Le tarif américain d’environ 2 245 dollars en 1935 plaçait le Speedster parmi les voitures coûteuses de son époque, tout en restant relativement accessible face à certaines productions de grand prestige. Cette politique tarifaire correspondait à la stratégie historique d’Auburn : proposer des performances et une présentation spectaculaires à un prix inférieur à celui de plusieurs concurrents exclusifs.
Sur le marché de la collection, les exemplaires authentiques atteignent des montants élevés. Des ventes publiques documentées ont notamment enregistré 517 000 dollars en 2013, 715 000 dollars en 2016 et 891 000 dollars en 2021. Ces résultats concernent des automobiles différentes et ne constituent pas une cote uniforme.
La provenance, la qualité de la restauration et la conformité mécanique influencent fortement la valeur. La présence du moteur Lycoming approprié, du compresseur, du pont Columbia et d’une carrosserie correctement identifiée est particulièrement recherchée. Les répliques construites ultérieurement, parfois équipées de moteurs V8 modernes et de carrosseries composites, appartiennent à une catégorie distincte.
Plusieurs Speedster possèdent également des histoires individuelles remarquables. Un exemplaire associé au pilote et importateur Luigi Chinetti a été présenté en vente publique, tandis qu’une autre voiture ayant appartenu à l’héritière Barbara Hutton a reçu une carrosserie profondément modifiée par Bohman & Schwartz. Cette dernière ne constitue donc plus une référence exacte pour les lignes de série de 1935.
De l’Auburn 851 à l’Auburn Speedster 852
Pour le millésime 1936, Auburn modifie la désignation de sa gamme, qui devient Auburn 852. Cette évolution ne correspond pas à une refonte mécanique majeure. Le constructeur conserve l’essentiel de l’architecture et des caractéristiques qui avaient été introduites sur les modèles précédents.
Le Auburn Speedster 852 reprend ainsi le dessin boattail de Gordon Buehrig, le moteur huit cylindres Lycoming suralimenté et la transmission associant boîte manuelle et pont à deux démultiplications. Les différences concernent principalement la désignation du millésime et certains détails de présentation ou de fabrication.
Cette proximité explique pourquoi les Speedster 851 et 852 sont fréquemment regroupés dans les ouvrages, les catalogues de collection et les estimations de production. Une identification rigoureuse nécessite de consulter les numéros de série et les documents historiques plutôt que de se fier uniquement à la silhouette extérieure.
La commercialisation de la 852 intervient alors que les difficultés économiques d’Auburn deviennent insurmontables. La production automobile cesse à la fin de 1936, et les activités de la marque prennent définitivement fin en 1937. Aucun nouveau Speedster de série ne vient remplacer la 852.
Après la disparition du constructeur, le dessin de Gordon Buehrig continue toutefois d’inspirer des fabricants de répliques. Certaines reproductions reprennent fidèlement les proportions générales du boattail, tandis que d’autres adoptent des châssis, des moteurs et des équipements modernes. Pour identifier une véritable Auburn Speedster 851 de 1935, l’authentification du châssis et de la carrosserie demeure donc indispensable.
