Présentée en 1950, la Ferrari 195 Inter occupe une place charnière dans les débuts du constructeur de Maranello. Elle transpose sur la route une mécanique directement issue de la compétition, mais dans une configuration pensée pour le grand tourisme. Son intérêt ne réside pourtant pas uniquement dans son moteur V12. Selon le carrossier qui l’a habillée, elle peut prendre l’apparence d’un coupé sobre, d’une automobile particulièrement élégante ou d’une création beaucoup plus audacieuse.
Cette diversité explique pourquoi il est difficile de résumer la 195 Inter à une silhouette unique. Le nom désigne avant tout un châssis et une mécanique Ferrari, ensuite interprétés par plusieurs maisons de carrosserie. La voiture constitue ainsi un témoignage précieux d’une époque où une Ferrari pouvait être autant une automobile de série limitée qu’une réalisation presque sur mesure.
Une Ferrari de route née de la compétition
Au tournant des années 1950, Ferrari est encore un constructeur très jeune. La marque doit développer des voitures de route capables de séduire une clientèle fortunée, tout en poursuivant l’ambition sportive portée par Enzo Ferrari. La frontière entre modèles de course et automobiles de grand tourisme reste alors particulièrement étroite.
La 195 Inter succède à la Ferrari 166 Inter, l’une des premières Ferrari conçues pour un usage routier. Elle en reprend la philosophie générale, mais adopte un moteur de cylindrée supérieure afin d’offrir davantage de couple et de souplesse. Il ne s’agit donc pas d’une rupture, mais d’une évolution destinée à rendre la mécanique Ferrari plus adaptée aux longs parcours.
Son lien avec la compétition demeure direct. Ferrari présente la 195 Inter comme la déclinaison routière de la Ferrari 195 S. La différence essentielle tient moins à l’architecture qu’au réglage général de la voiture. La version Inter cherche à rendre les performances du V12 plus progressives et plus accessibles à des conducteurs qui ne sont pas nécessairement habitués au comportement d’une automobile de course.
Cette orientation éclaire le nom « Inter », déjà employé par Ferrari pour identifier ses modèles de route à vocation Grand Tourisme. La 195 Inter n’est pas une sportive radicale simplement dotée d’un habitacle plus confortable. Elle représente une tentative précoce de concilier performances, souplesse mécanique et voyage à grande vitesse.
Pourquoi porte-t-elle le nombre 195 ?
La nomenclature des premières Ferrari repose souvent sur la cylindrée unitaire du moteur, c’est-à-dire le volume correspondant à un seul cylindre. Sur la 195 Inter, chacun des douze cylindres affiche une cylindrée de 195,08 cm³. Arrondie, cette valeur donne le nombre 195.
Multipliée par les douze cylindres du moteur, elle aboutit à une cylindrée totale de 2 341,02 cm³. Cette méthode de dénomination permet de comprendre la proximité entre les Ferrari 166, 195 ou 212 de la même période. Le chiffre ne correspond ni à la puissance, ni à une vitesse, ni à un numéro de projet, mais à une caractéristique fondamentale du V12.
Cette logique souligne également la continuité technique entre les modèles. Ferrari ne change pas entièrement de philosophie à chaque nouvelle appellation. Le constructeur fait évoluer progressivement son moteur, en augmentant notamment sa cylindrée afin d’obtenir plus de ressources sans renoncer à la compacité ni à la noblesse mécanique du V12.
Un V12 de 2,3 litres adapté au grand tourisme
La 195 Inter reçoit un moteur V12 à 60 degrés installé longitudinalement à l’avant. Alimenté par un carburateur Weber 36 DCF, il développe 130 ch à 6 000 tr/min. Cette puissance peut sembler modeste au regard des Ferrari modernes, mais elle doit être replacée dans le contexte d’une automobile de 1950 dont le poids à sec annoncé est limité à 950 kg.
Les principales caractéristiques communiquées pour le modèle permettent de mieux comprendre son positionnement.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecture du moteur | V12 à 60 degrés, position avant longitudinale |
| Cylindrée | 2 341,02 cm³ |
| Alimentation | Un carburateur Weber 36 DCF |
| Puissance | 130 ch à 6 000 tr/min |
| Transmission | Boîte manuelle à cinq rapports et marche arrière |
| Empattement | 2 500 mm |
| Poids à sec | 950 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 180 km/h |
La vitesse maximale annoncée de 180 km/h place la 195 Inter parmi les automobiles routières rapides de son époque. Toutefois, sa véritable spécificité tient à la manière dont cette performance est délivrée. Le moteur est conçu pour être plus souple que celui d’une version de compétition, tandis que la boîte à cinq rapports permet de mieux exploiter la plage de fonctionnement du V12.
Le châssis tubulaire en acier et l’empattement de 2 500 mm restent étroitement liés aux méthodes de construction des Ferrari de course. La 195 Inter ne cherche donc pas à isoler totalement ses occupants de la mécanique. Elle transforme plutôt une base sportive en automobile utilisable sur route, avec une présentation et un comportement correspondant davantage aux attentes d’un client de Grand Tourisme.
Une carrosserie différente selon chaque interprétation
La Ferrari 195 Inter ne possède pas une carrosserie standard au sens moderne du terme. Les châssis sont confiés à différents carrossiers, qui dessinent et réalisent leur propre interprétation du modèle. Touring, Ghia, Ghia-Aigle, Vignale et Motto sont associés à des exemplaires de 195 Inter, avec des proportions, des détails et des styles parfois très éloignés les uns des autres.
Cette organisation est caractéristique de l’automobile de prestige italienne de l’après-guerre. Le constructeur fournit la base mécanique, tandis que le carrossier façonne l’identité visuelle. Deux 195 Inter peuvent ainsi partager la même architecture et le même moteur tout en donnant l’impression d’appartenir à des familles différentes.
Touring s’inscrit dans une recherche de légèreté et d’équilibre, fidèle à sa tradition de carrosseries aérodynamiques. Ghia propose des lignes souvent plus démonstratives, tandis que Vignale multiplie les détails expressifs et les combinaisons de volumes. Les réalisations de Vignale sont généralement considérées comme les plus nombreuses parmi les 195 Inter recensées.
Ghia-Aigle apporte une dimension supplémentaire à cette diversité. Cette société établie en Suisse est présentée par Ferrari comme le premier carrossier étranger à s’être intéressé activement à une automobile de la marque. Sa présence montre que l’influence de Ferrari dépasse déjà le cadre des ateliers italiens, alors même que la production reste confidentielle.
Le surnom de « V12 GT aux multiples visages » prend ici tout son sens. La personnalité d’une 195 Inter ne dépend pas uniquement de ses performances. Elle repose également sur le dessin de sa calandre, la forme de son pavillon, le traitement de ses ailes, la disposition de ses surfaces vitrées et la finition de son habitacle. Pour identifier précisément un exemplaire, le nom du carrossier et le numéro de châssis sont donc aussi importants que l’appellation du modèle.
Combien de Ferrari 195 Inter ont été produites ?
Le volume de production fait l’objet de chiffres divergents. Une fiche historique de Ferrari mentionne 25 exemplaires, tandis qu’une autre publication de la marque en évoque 27. RM Sotheby’s retient pour sa part un total de 28 voitures construites en 1950 et 1951.
Le décompte publié par la maison de ventes répartit ces 28 exemplaires entre 13 carrosseries Vignale, 11 Ghia, trois Touring et une Motto. Cette ventilation constitue un repère utile, mais elle ne doit pas être transformée en certitude absolue puisque les sources disponibles ne convergent pas sur le nombre total.
La formulation la plus rigoureuse consiste donc à parler d’environ 25 à 28 exemplaires. Cette prudence est importante pour un modèle aussi ancien et aussi artisanal. Elle évite de donner une précision trompeuse là où les archives et les méthodes de recensement ne produisent pas un résultat unanimement accepté.
Cette incertitude ne change pas le constat principal : la 195 Inter est une Ferrari extrêmement rare. Sa rareté est renforcée par la diversité des carrosseries, car le nombre d’automobiles strictement comparables au sein de la production totale est encore plus faible.
La place de la 195 Inter dans la lignée des Ferrari GT
La 195 Inter se situe entre les premières Ferrari routières à moteur deux litres et les GT plus puissantes qui apparaissent ensuite. Elle prolonge les acquis de la 166 Inter, tout en préparant la montée en cylindrée qui se poursuit avec la Ferrari 212 Inter.
Cette évolution montre comment Ferrari construit progressivement son identité de constructeur de Grand Tourisme. La puissance augmente, mais l’objectif ne consiste pas seulement à aller plus vite. Il s’agit aussi d’obtenir un moteur plus disponible, une voiture plus agréable sur longue distance et une présentation capable de rivaliser avec les automobiles de prestige de l’époque.
La 195 Inter permet également de comprendre la porosité entre route et compétition dans les premières années de la marque. Des modèles comme la Ferrari 166 Inter Sport illustrent déjà cette proximité entre carrosserie élégante, usage routier et potentiel sportif. La 195 Inter pousse plus clairement le concept vers le Grand Tourisme, sans effacer ses origines techniques.
Son importance historique tient finalement à cet équilibre. Elle n’est ni la Ferrari la plus puissante de son époque, ni la plus produite, ni celle dont la silhouette est la plus immédiatement reconnaissable. Elle montre en revanche comment Ferrari a appris à transformer une mécanique de compétition en automobile de voyage, tout en laissant aux grands carrossiers la liberté de lui donner une identité visuelle singulière.






