La Ferrari 195 Inter apparaît en 1950 et incarne la montée en gamme des premières Ferrari routières. Elle prend la suite de la 166 Inter en reprenant le principe de coupé grand tourisme à moteur avant et propulsion, mais avec un V12 de cylindrée supérieure et un empattement allongé. Elle est présentée au Salon de Paris 1950 et se positionne comme la version de route civilisée de la 195 S de compétition.
Contexte historique et position dans la gamme
La 195 Inter est produite sur une période courte entre 1950 et 1951. Elle s’adresse à une clientèle très aisée qui souhaite profiter de la technologie héritée de la course dans une voiture de route confortable. Elle reprend l’architecture générale de la 166 Inter, mais avec un moteur agrandi à environ 2,3 litres et un châssis légèrement plus long pour améliorer l’habitabilité.
Dans la chronologie Ferrari, la 195 Inter succède donc à la 166 Inter et précède la 212 Inter. Elle est étroitement liée à la Ferrari 195 S de compétition, dont elle partage la base mécanique en version assouplie pour un usage de grand tourisme. Elle participe ainsi à la construction de l’image Ferrari dans le domaine des coupés de prestige, parallèlement aux succès de la marque en sport automobile.
Production limitée et carrossiers
La production de la Ferrari 195 Inter est extrêmement limitée. Les sources convergent vers un total d’environ 27 à 28 exemplaires produits seulement entre 1950 et 1951. Chaque châssis est livré nu à un carrossier qui réalise une carrosserie sur mesure, ce qui fait de chaque voiture un exemplaire quasiment unique.
Les carroseries sont signées par plusieurs grands noms italiens. Vignale réalise la part la plus importante avec environ treize voitures. Ghia habille autour de onze châssis, tandis que Touring produit trois exemplaires et Motto un coupé unique. Chaque carrossier interprète la base Ferrari selon son propre style, ce qui donne des 195 Inter très variées, depuis les lignes tendues de Ghia jusqu’aux formes plus baroques de certains coupés Vignale.
Châssis, dimensions et poids
La Ferrari 195 Inter repose sur un châssis tubulaire en acier fabriqué par Gilco. Le moteur est monté à l’avant en position longitudinale et la voiture est une propulsion. Par rapport à la 166 Inter, l’empattement est allongé pour offrir plus de place dans l’habitacle et améliorer le confort sur longs trajets. La carrosserie dépend du carrossier, souvent en aluminium ou en combinaison acier et aluminium.
- Châssis tubulaire en acier de type Gilco
- Moteur en position avant longitudinale et propulsion
- Empattement d’environ 2 500 millimètres
- Longueur voisine de 4 100 millimètres
- Largeur d’environ 1 524 millimètres
- Hauteur proche de 1 349 millimètres
- Voie avant d’environ 1 270 millimètres
- Voie arrière d’environ 1 250 millimètres
- Poids à sec d’environ 950 kilogrammes
- Réservoir d’environ 82 litres
- Pneus 5,90 x 15 à l’avant et à l’arrière
Avec moins d’une tonne à vide, la 195 Inter reste une voiture relativement légère pour une GT de cette époque. L’empattement allongé et les voies modérément larges lui confèrent une bonne stabilité en ligne droite tout en conservant une agilité satisfaisante sur les routes sinueuses.
Le moteur V12 Colombo de 2,3 litres
La Ferrari 195 Inter est animée par une évolution du V12 Colombo déjà utilisé sur les 125 et 166. Le bloc, toujours ouvert à 60 degrés, voit sa cylindrée portée à un peu plus de 2,3 litres. La désignation 195 correspond à la cylindrée unitaire d’environ 195 centimètres cubes par cylindre. Ce moteur reste compact, léger et conçu pour des régimes élevés, tout en étant légèrement assagi dans cette version routière.
- Architecture V12 à 60 degrés en position avant
- Cylindrée totale d’environ 2 341,02 centimètres cubes
- Cylindrée unitaire d’environ 195,08 centimètres cubes par cylindre
- Alésage et course de 65,0 par 58,8 millimètres
- Taux de compression proche de 7,5 pour 1
- Distribution par simple arbre à cames en tête par rangée
- Deux soupapes par cylindre soit vingt quatre au total
- Alimentation standard par un carburateur Weber 36 DCF double corps
- Allumage avec une bougie par cylindre et double distributeur
- Lubrification par carter humide
- Puissance d’environ 130 chevaux à 6 000 tr par minute selon Ferrari
- Puissance pouvant atteindre environ 135 chevaux sur certaines versions
- Couple maximal voisin de 154 newton mètres à 5 000 tr par minute sur certaines fiches
La puissance spécifique se situe aux alentours de cinquante six chevaux par litre, ce qui est remarquable pour une GT de 1950. Le choix d’un seul carburateur en configuration standard privilégie la souplesse et la fiabilité, même si certaines voitures reçoivent trois carburateurs pour gagner quelques chevaux. Le V12 conserve le caractère sonore typique de Ferrari, tout en étant plus docile que les versions strictement de course.
Transmission, suspensions et freins
La 195 Inter adopte une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports associée à une marche arrière. La puissance est transmise aux roues arrière par l’intermédiaire d’un embrayage monodisque. La présence de cinq vitesses est particulièrement moderne pour l’époque et permet de bien exploiter la plage de régime du moteur, en particulier sur autoroute ou sur route rapide.
Les suspensions sont directement inspirées des Ferrari de compétition, adaptées ici à un usage routier. À l’avant, on trouve des roues indépendantes avec triangles superposés de longueur inégale, un ressort à lame transversal et des amortisseurs hydrauliques de type Houdaille. À l’arrière, la voiture repose sur un essieu rigide associé à des ressorts à lames semi elliptiques et des amortisseurs hydrauliques. Des bras tirés complètent le dispositif selon certaines fiches. La direction utilise un mécanisme à vis sans fin et secteur, robuste et précis pour l’époque.
Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues. Ce dispositif correspond au standard des années cinquante et offre un freinage satisfaisant compte tenu du poids relativement contenu de la 195 Inter. Les pneus de section modeste participent à un comportement prévisible et progressif, avec une adhérence suffisante pour les vitesses de croisière élevées qu’autorise le V12.
Performances routières
Grâce à son V12 de plus de cent trente chevaux et à son poids d’environ neuf cent cinquante kilogrammes, la Ferrari 195 Inter affiche de belles performances pour une GT de son époque. La vitesse maximale180 kilomètres par heure. Les sources modernes qui se basent sur des essais ou des estimations situent le zéro à cent kilomètres par heure autour de dix secondes, ce qui témoigne d’une accélération très vigoureuse pour un coupé de 1950.
Le rapport poids puissance se rapproche de cent cinquante chevaux par tonne, ce qui permet à la 195 Inter de se montrer rapide sur autoroute tout en restant aisée à conduire. Elle se veut moins radicale que les Ferrari de compétition mais conserve un caractère sportif marqué, avec un moteur volontaire et un châssis précis pour l’époque.
Place dans la lignée Ferrari et héritage
La 195 Inter occupe une position de transition dans la gamme Ferrari. Elle reprend le concept de la 166 Inter, en lui offrant un moteur plus gros et un empattement accru, et prépare l’arrivée de la 212 Inter qui la remplace dès 1951 avec une cylindrée encore supérieure. Elle illustre la montée en puissance progressive des V12 Ferrari de route, qui vont passer de deux litres à plus de deux litres six puis au delà.
En tant que version routière de la 195 S, la 195 Inter permet à Ferrari d’offrir à ses clients une voiture utilisable au quotidien, mais construite selon les mêmes principes que les modèles de course. Son rôle est essentiel dans la construction de l’image de Ferrari comme fabricant de coupés de grand tourisme aussi élégants que performants.
Prix d’époque et valeur de collection actuelle
Au début des années cinquante, la Ferrari 195 Inter est réservée à une clientèle très privilégiée. Il n’existe pas de tarif catalogue standard clairement documenté, car chaque voiture est vendue avec une carrosserie et une finition spécifiques. Le prix dépend alors du carrossier, du niveau de luxe demandé et d’éventuelles particularités mécaniques. Ce qui est certain, c’est que la 195 Inter se situe largement au dessus du prix des berlines de luxe de grande série et qu’elle représente un objet de prestige rare.
Sur le marché actuel des voitures de collection, la Ferrari 195 Inter figure parmi les GT historiques les plus recherchées, même si elle est moins connue du grand public que les modèles plus tardifs. Des ventes aux enchères récentes ont vu des 195 Inter atteindre et parfois dépasser les 650 000 à 900 000 livres sterling selon l’état et l’historique. Certaines voitures proposées par de grandes maisons d’enchères sont estimées entre environ 800 000 et 1 000 000 d’euros. En pratique, un exemplaire en bon état, avec V12 d’origine et historique clair, se situe généralement dans une fourchette autour de sept cent mille à plus d’un million d’euros, les plus beaux exemplaires carrossés par Vignale ou Touring pouvant dépasser ces montants.












