La Ferrari 275 S, également appelée 275 Sport, voit le jour en 1950 comme barchetta de compétition. Elle sert de laboratoire roulant pour le tout nouveau V12 Lampredi et inaugure une direction technique différente de celle du V12 Colombo. Construite pour affronter les grandes épreuves routières, elle est l’un des premiers véritables sport prototypes de Ferrari.
Origine et rareté
Seulement deux exemplaires sont produits. Ils portent les numéros de châssis 0030 MT et 0032 MT. Les carrosseries d’origine sont réalisées par Carrozzeria Touring avec une forme de barchetta biplace en aluminium. La 275 S est ainsi un modèle d’essai à la fois exclusif et stratégique pour le futur des moteurs Ferrari.
Châssis, architecture et dimensions
La voiture est pensée comme un véritable prototype de course. Le moteur est placé à l’avant mais reculé pour améliorer la répartition des masses et la voiture reste une propulsion. Le châssis tubulaire en acier reçoit une carrosserie en aluminium légère et profilée. Le résultat est une auto compacte, agile et très légère pour sa puissance.
- Architecture avec moteur avant reculé et propulsion
- Châssis tubulaire en acier avec carrosserie aluminium
- Empattement d’environ 2 250 millimètres
- Voie avant proche de 1 270 millimètres
- Voie arrière voisine de 1 250 millimètres
- Poids à vide d’environ 850 kilogrammes
Ces proportions favorisent la stabilité à haute vitesse tout en permettant des changements d’appui rapides, essentiels dans les courses routières de l’époque.
Le moteur V12 Lampredi de 3,3 litres
La Ferrari 275 S inaugure le premier V12 Lampredi monté sur un modèle de sport Ferrari. Ce moteur à longue course privilégie la cylindrée et la puissance à haut régime tout en restant relativement simple dans sa conception mécanique. Il s’agit d’un élément clé dans la transition vers les grosses Ferrari de compétition du début des années cinquante.
- V12 à 60 degrés en alliage léger
- Cylindrée de 3 322,34 centimètres cubes
- Alésage et course de 72 par 68 millimètres
- Distribution simple arbre à cames en tête par rangée
- Deux soupapes par cylindre
- Alimentation par trois carburateurs Weber 40 DCF
- Taux de compression d’environ 8 pour 1
- Lubrification par carter humide
- Puissance usine annoncée proche de 270 chevaux à 7 200 tr par minute
Certains témoignages évoquent des configurations plus modestes proches de 220 chevaux, mais la valeur de 270 chevaux est généralement retenue comme donnée officielle.
Transmission, trains roulants et freins
La 275 S reçoit une boîte manuelle à cinq rapports, technologie avancée pour l’époque. La puissance passe au pont arrière via une transmission conçue pour supporter de fortes contraintes, bien que la fiabilité ait parfois été mise à l’épreuve en course.
Les suspensions avant utilisent des roues indépendantes avec doubles triangles et ressort à lame transversal, associées à des amortisseurs à friction. À l’arrière, un essieu rigide travaille avec des ressorts à lames semi elliptiques et des amortisseurs à friction. La direction est à vis sans fin et secteur. Les quatre roues reçoivent des freins à tambours hydrauliques.
Performances
Avec environ 270 chevaux pour seulement 850 kilogrammes, la Ferrari 275 S bénéficie d’un rapport poids puissance exceptionnel. La vitesse maximale atteint environ 240 kilomètres par heure, ce qui la place parmi les voitures les plus rapides de 1950. La puissance spécifique dépasse les quatre vingt chevaux par litre, un chiffre remarquable pour une mécanique atmosphérique de cette période.
Carrière sportive et évolution
La 275 S participe notamment à la Mille Miglia 1950. Les voitures pilotées par Alberto Ascari et Luigi Villoresi abandonnent après des soucis de transmission, liés au couple important du nouveau V12. Ces expériences permettent cependant à Ferrari d’affiner la mécanique et de développer les modèles suivants.
Dès 1951, les deux châssis sont convertis en 340 America. Ils reçoivent alors un V12 Lampredi porté à environ 4,1 litres avec des réglages plus adaptés à l’endurance. L’un des châssis est ensuite recarrossé par Scaglietti, devenant une pièce unique très prisée des collectionneurs.
Valeur de collection
La Ferrari 275 S n’ayant existé qu’à travers deux prototypes, son tarif d’époque n’est pas réellement documenté. Elle était réservée à l’usage de la Scuderia puis convertie pour continuer sa carrière en course. Aujourd’hui, les châssis issus de la 275 S convertis en 340 America atteignent des sommes particulièrement élevées. Un exemplaire a été adjugé à plus de 7 900 000 dollars, illustrant l’importance historique et la rareté extrême de ce modèle fondateur.












