Ferrari 195 S

FERRARI 195 S

La Ferrari 195 S apparaît en 1950 comme une évolution directe de la 166 MM. C’est une véritable voiture de compétition conçue pour les grandes épreuves routières et d’endurance. Elle reçoit une version agrandie du V12 Colombo portée à un peu plus de 2,3 litres, associée à un châssis léger et à des carrosseries barchetta ou berlinetta réalisées par Touring. La 195 S se situe entre la 166 MM qu’elle remplace en course et la future 212 Export et elle possède pour sœur routière la 195 Inter.

Production et carrosseries

La production de la Ferrari 195 S est extrêmement limitée. Les registres spécialisés ne retiennent que quatre exemplaires officiellement considérés comme 195 S. Deux sont des berlinettes fermées identifiées par les châssis 0026M et 0060M et deux sont des barchettas ouvertes identifiées par les châssis 0022M et 0038M. Tous sont carrossés par Carrozzeria Touring.

Ces voitures sont en réalité des 166 MM converties en spécification 195 par Ferrari. Les berlinettes provenaient de 166 MM Berlinetta Le Mans et ont été adaptées pour recevoir le nouveau moteur. Chaque exemplaire est donc à la fois rare et historiquement significatif, avec un parcours en compétition souvent riche et parfois complété par des transformations ultérieures.

Châssis, dimensions et poids

La Ferrari 195 S utilise un châssis tubulaire en acier dérivé de celui de la 166 MM. Le moteur est placé à l’avant en position longitudinale et la transmission se fait aux roues arrière. Les voies sont élargies et l’empattement atteint environ 2 250 millimètres pour améliorer la stabilité. La carrosserie est disponible en barchetta ouverte ou en berlinetta fermée selon les besoins de course.

  • Architecture avec moteur avant longitudinal et propulsion
  • Châssis tubulaire en acier
  • Empattement d’environ 2 250 millimètres
  • Longueur proche de 4 100 millimètres
  • Largeur d’environ 1 524 millimètres
  • Hauteur proche de 1 349 millimètres
  • Voie avant d’environ 1 278 millimètres
  • Voie arrière d’environ 1 250 millimètres
  • Poids à sec d’environ 720 kilogrammes pour la barchetta
  • Poids à sec d’environ 780 kilogrammes pour la berlinetta
  • Pneus 5,50 x 15 à l’avant et 6,00 x 15 à l’arrière

Ces chiffres montrent une voiture très compacte et très légère, parfaitement adaptée aux routes sinueuses et aux longues distances. Le rapport poids puissance est l’un des atouts principaux de la 195 S, qui peut exploiter pleinement son V12.

Le moteur V12 Colombo de 2,3 litres

La Ferrari 195 S est propulsée par un V12 Colombo dans une version profondément retravaillée. Ce moteur conserve l’angle de 60 degrés et la conception simple arbre à cames en tête par rangée mais il gagne en cylindrée grâce à un alésage augmenté. La cylindrée totale atteint 2 341,02 centimètres cubes, soit environ 195 centimètres cubes par cylindre, d’où la désignation 195.

  • V12 à 60 degrés en position avant longitudinale
  • Cylindrée totale d’environ 2 341,02 centimètres cubes
  • Cylindrée unitaire d’environ 195,08 centimètres cubes
  • Alésage et course de 65 par 58,8 millimètres
  • Taux de compression proche de 8,5 pour 1
  • Distribution par simple arbre à cames en tête par rangée
  • Deux soupapes par cylindre soit vingt quatre au total
  • Alimentation par trois carburateurs Weber 36 DCF
  • Allumage avec deux bobines et deux distributeurs
  • Lubrification par carter humide
  • Embrayage multidisque
  • Puissance maximale d’environ 170 chevaux à 7 000 tr par minute
  • Puissance spécifique voisine de 73 chevaux par litre

Ce V12 offre une progression plus douce et plus remplie que celui de la 166 MM tout en délivrant une puissance nettement supérieure. Il constitue la base de développement des moteurs Ferrari de cylindrée croissante au début des années cinquante.

Transmission, trains roulants et freinage

La 195 S utilise une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports avec marche arrière, généralement non synchronisée. La puissance est transmise au pont arrière rigide via un embrayage multidisque. Ce schéma simple et robuste permet de supporter les contraintes des longues courses d’endurance.

La suspension avant adopte des roues indépendantes avec triangles superposés et ressort à lame transversal complétés par des amortisseurs hydrauliques. À l’arrière, un essieu rigide repose sur des ressorts à lames semi elliptiques avec amortisseurs hydrauliques et barre antiroulis. La direction est de type vis sans fin et secteur. Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues, ce qui était la norme pour cette époque.

Performances

Avec environ 170 chevaux pour un poids situé entre 720 et 780 kilogrammes, la Ferrari 195 S affiche un rapport poids puissance impressionnant. La vitesse maximale est donnée aux alentours de 210 kilomètres par heure, ce qui la place parmi les voitures de sport les plus rapides du début des années cinquante. Les estimations modernes situent le zéro à cent kilomètres par heure autour de neuf secondes, bien que Ferrari n’ait pas publié de chiffres officiels à ce sujet.

Ces performances s’expliquent par l’alliance d’un V12 volontaire et d’un châssis très léger. La 195 S reste ainsi une machine redoutable sur route ouverte comme sur circuit, capable d’enchaîner des kilomètres à un rythme soutenu.

Carrière sportive et résultats marquants

La Ferrari 195 S est conçue pour gagner. Elle apparaît notamment à la Targa Florio et au Giro di Sicilia en 1950 où plusieurs voitures sont engagées. L’un de ses exploits les plus célèbres reste la victoire aux Mille Miglia 1950, remportée par Giannino Marzotto et Marco Crosara au volant d’une berlinetta Touring. La voiture triomphe dans des conditions difficiles et contribue fortement à la réputation naissante de Ferrari.

La 195 S remporte également la Coppa della Toscana et le Giro delle Calabria la même année. Chaque châssis possède un historique propre, avec des participations à de nombreuses courses italiennes et européennes. Certains exemplaires seront ensuite convertis, parfois en 212 Export, pour suivre les évolutions techniques et réglementaires.

Prix d’époque et valeur actuelle

À l’époque, la Ferrari 195 S n’est pas une voiture de catalogue ordinaire. Il s’agit d’un prototype de compétition vendu uniquement à des pilotes privés ou à des clients triés sur le volet. Les prix exacts ne sont pas clairement documentés, car ils varient selon la configuration, les pièces fournies et l’éventuel soutien de l’usine. Ce modèle s’adresse clairement à une clientèle extrêmement fortunée.

Aujourd’hui, la 195 S compte parmi les Ferrari historiques les plus précieuses. Les berlinettes Le Mans comme le châssis 0060M ont été estimées à plusieurs millions de dollars avec des fourchettes allant jusqu’à environ sept millions de dollars. Les valeurs dépendent du palmarès, de l’authenticité de la carrosserie Touring et de la certification Ferrari Classiche. Les exemplaires avec un grand historique en compétition figurent parmi les pièces les plus convoitées de l’histoire de la marque.