Produite en 1951 à seulement 27 exemplaires, la Ferrari 212 Export appartient à la première génération de voitures de compétition qui a installé durablement la marque de Maranello parmi les constructeurs capables de gagner sur route comme sur circuit. Plus courte, plus légère et généralement plus puissante que la 212 Inter, elle associe un châssis destiné à la course au V12 Colombo porté à 2,6 litres.
Son intérêt ne tient pourtant pas à une fiche technique unique. Les 212 Export ont reçu des carrosseries, des réglages et parfois des évolutions mécaniques différents. Pour comprendre le modèle, il faut donc distinguer les caractéristiques générales annoncées par Ferrari de celles propres à chaque châssis.
Une Ferrari développée pour la compétition
La 212 Export apparaît en 1951 dans la continuité des premières Ferrari de course à moteur V12. Elle succède directement à la Ferrari 195 S, dont elle reprend la philosophie tout en adoptant une cylindrée supérieure. Cette évolution répond à une logique simple : obtenir davantage de puissance et de souplesse sans abandonner la compacité qui faisait l’efficacité des premières voitures de Maranello.
Le nom « Export » désigne ici une version tournée vers la compétition, et non une simple automobile conçue pour les marchés étrangers. Ferrari proposait parallèlement la Ferrari 212 Inter, davantage orientée vers la route et le grand tourisme. Les deux modèles partageaient une architecture mécanique proche, mais leurs châssis et leurs usages différaient nettement.
La 212 Export reposait sur un empattement de 2 250 mm, contre 2 600 mm pour la 212 Inter. Dans les configurations de référence présentées par Ferrari, la première affichait également une masse à sec de 850 kg, soit environ 150 kg de moins que la seconde. Cet écart ne constitue pas un simple détail dimensionnel : un empattement raccourci favorise l’agilité, tandis qu’une masse réduite améliore les accélérations, le freinage et les changements d’appui.
Un V12 Colombo de 2,6 litres
La Ferrari 212 Export est animée par un V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement à l’avant. Ce moteur appartient à la famille conçue par Gioachino Colombo, déjà employée sur les premières voitures de la marque, notamment la Ferrari 166 S. Sa cylindrée exacte atteint 2 562,51 cm³.
La fiche historique de Ferrari indique une puissance maximale de 165 ch à 7 000 tr/min avec trois carburateurs Weber 36 DCF. Rapportée à une masse annoncée de 850 kg pour la berlinetta de référence, cette puissance suffisait à donner à la 212 Export un rapport poids-puissance particulièrement favorable pour le début des années 1950.
Il serait toutefois imprécis d’attribuer automatiquement ces 165 ch à chacune des 27 voitures. Les moteurs pouvaient différer selon la configuration, la carrosserie ou l’évolution du châssis. Le cabriolet Vignale portant le numéro 0106 E, par exemple, est documenté avec un seul carburateur Weber 36 DCF et une puissance de 150 ch à 6 500 tr/min.
Cette diversité explique pourquoi les données publiées sur la 212 Export ne concordent pas toujours. La valeur de 165 ch correspond à une spécification de référence, tandis que certains exemplaires étaient moins puissants. Pour étudier une voiture précise, son numéro de châssis et son historique mécanique sont donc plus fiables qu’une fiche technique générique.
Des performances élevées pour 1951
Ferrari indique une vitesse maximale de 220 km/h pour la 212 Export. Ce chiffre doit être interprété comme une performance de référence, susceptible de varier selon la carrosserie, les rapports de transmission et la préparation mécanique de chaque exemplaire.
L’efficacité du modèle ne reposait d’ailleurs pas uniquement sur sa vitesse de pointe. Sur les longues épreuves routières de l’époque, la disponibilité du V12, la légèreté du châssis et la stabilité à haute vitesse comptaient autant que la puissance maximale. La 212 Export devait rester rapide sur des parcours mêlant lignes droites, routes sinueuses, revêtements irréguliers et longues étapes d’endurance.
Son architecture demeure traditionnelle au regard des voitures de compétition plus récentes : moteur avant, propulsion et structure tubulaire en acier. En 1951, cette combinaison constituait cependant une base performante et adaptable. Les carrossiers pouvaient concevoir des berlinettes fermées, des barchettas ou des cabriolets autour d’un même ensemble mécanique.
Pourquoi la 212 Export diffère de la 212 Inter
La proximité de leurs appellations entretient parfois une confusion entre les deux modèles. La comparaison de leurs spécifications de référence permet de clarifier leur positionnement.
| Caractéristique | Ferrari 212 Export | Ferrari 212 Inter |
|---|---|---|
| Usage principal | Compétition | Route et grand tourisme |
| Empattement | 2 250 mm | 2 600 mm |
| Masse à sec de référence | 850 kg | 1 000 kg |
| Puissance de référence | 165 ch | 150 ch |
Les 350 mm d’écart entre les empattements traduisent deux cahiers des charges distincts. La 212 Inter devait offrir plus d’espace, de stabilité et de confort à ses occupants. La 212 Export privilégiait au contraire la vivacité et la réduction du poids. Elle ne constitue donc pas seulement une 212 Inter allégée, mais une interprétation conçue autour des contraintes de la course.
Vingt-sept voitures, mais de nombreuses configurations
La production limitée à 27 unités contribue fortement à la réputation actuelle de la 212 Export. Cette rareté numérique ne signifie pourtant pas que les voitures étaient identiques. À cette époque, Ferrari livrait fréquemment ses châssis à des carrossiers indépendants qui réalisaient des silhouettes adaptées à la demande du premier propriétaire ou à un programme sportif particulier.
Vignale aurait carrossé dix des 27 exemplaires, dont seulement sept sous la forme d’une berlinetta fermée. D’autres châssis ont reçu des carrosseries Touring ou Fontana. Deux 212 Export peuvent ainsi présenter une apparence, une aérodynamique, un poids et un aménagement très différents tout en appartenant au même modèle.
Cette variété rend toute classification simplifiée délicate. Une barchetta ouverte conçue pour une épreuve routière ne répond pas exactement aux mêmes besoins qu’une berlinetta offrant une meilleure protection sur une longue distance. La carrosserie intervient aussi dans l’histoire et la valeur de chaque voiture, au même titre que son palmarès, son état de conservation et la continuité de ses composants d’origine.
Trois exemplaires sont par ailleurs connus pour avoir été transformés à l’époque par l’usine selon les spécifications plus puissantes de la Ferrari 225 S. Cette évolution illustre le caractère mouvant des voitures de course de cette période : elles pouvaient être réparées, améliorées ou reconfigurées au fil de leur carrière plutôt que conservées dans leur définition de sortie d’usine.
Un palmarès construit sur les épreuves routières
La 212 Export s’est particulièrement illustrée dans les courses sur route, un environnement où sa combinaison de puissance, de légèreté et d’agilité pouvait pleinement s’exprimer. En avril 1951, une voiture carrossée par Fontana et surnommée « Carretto Siciliano » remporte le Giro di Sicilia avec Vittorio Marzotto et Paolo Fontana.
Quelques mois plus tard, le modèle domine le Tour de France automobile 1951. Pierre « Pagnibon » Boncompagni et Alfred Barraquet s’imposent devant deux autres équipages engagés sur Ferrari 212 Export. Ce triplé montre que les résultats du modèle ne reposaient pas uniquement sur les qualités d’un châssis isolé.
Ces succès éclairent également la fonction réelle de la voiture. La 212 Export n’était pas destinée à battre un record dans une seule discipline, mais à rester compétitive sur des parcours longs et variés. Son format convenait à une époque où les frontières entre course sur circuit, rallye et endurance routière étaient moins rigides qu’aujourd’hui.
Une valeur déterminée par l’histoire de chaque châssis
La rareté du modèle et son importance dans les débuts de Ferrari en font aujourd’hui une automobile de collection majeure. Il n’existe cependant pas de prix unique pour une 212 Export. La carrosserie, le palmarès, la provenance, les transformations anciennes, la qualité de la restauration et la présence des éléments mécaniques d’origine peuvent modifier considérablement la valeur d’un exemplaire.
En mai 2015, la barchetta Touring portant le numéro de châssis 0158 ED a été adjugée 6,72 millions d’euros par RM Sotheby’s. Ce résultat constituait alors un record d’enchères pour le modèle. Il s’agit d’un prix historique associé à une voiture précise, et non d’une estimation valable pour toutes les 212 Export ou pour le marché actuel.
Cette distinction est essentielle pour éviter une lecture trompeuse des résultats de vente. Sur une automobile produite artisanalement et engagée en compétition, deux châssis portant la même désignation commerciale peuvent avoir des parcours très différents. La documentation individuelle de la voiture pèse donc davantage que la moyenne théorique d’un modèle.
Ce qui rend la Ferrari 212 Export déterminante
La 212 Export occupe une place charnière dans l’histoire de Ferrari. Elle prolonge les premières réussites des petits V12 Colombo tout en annonçant des voitures de sport plus puissantes et plus spécialisées. Sa cylindrée de 2,6 litres, son empattement court et ses nombreuses carrosseries témoignent encore d’une période où le constructeur adaptait rapidement ses voitures aux besoins de ses clients et de ses pilotes.
Ses 27 exemplaires ne forment donc pas une série parfaitement homogène, mais un ensemble de voitures apparentées par leur châssis, leur moteur et leur vocation sportive. C’est précisément cette combinaison de cohérence mécanique et de diversité historique qui fait de la Ferrari 212 Export bien davantage qu’un modèle rare : elle constitue un témoin direct de la manière dont Ferrari construisait sa réputation en compétition au début des années 1950.











