La dernière Testa Rossa à triompher au Mans
La Ferrari 330 TR, plus exactement 330 TRI LM Testa Rossa, est une barquette de compétition construite en un seul exemplaire pour l’édition 1962 des 24 Heures du Mans. Elle incarne l’aboutissement de la lignée des Testa Rossa à moteur avant. Aux mains de Phil Hill et Olivier Gendebien, la 330 TR remporte la course au classement général et devient la dernière voiture à moteur avant victorieuse au Mans ainsi que la dernière Testa Rossa officielle produite par Ferrari.
La voiture est développée à partir du châssis d’une 250 TRI60 de compétition. Le châssis d’origine, numéroté 0780 TR, est allongé et profondément modifié durant l’hiver 1961 1962. Il reçoit un nouveau numéro de série 0808 ainsi qu’une carrosserie entièrement redessinée par Medardo Fantuzzi. L’objectif est de disposer d’une barquette quatre litres parfaitement adaptée à la nouvelle réglementation du Mans dans la catégorie expérimentale.
Prototype unique et base technique
La Ferrari 330 TR est un prototype unique. La production se limite à ce seul châssis 0808 assemblé à Maranello en 1962. La base reste celle d’une Testa Rossa, mais avec un châssis tubulaire en acier allongé, une nouvelle suspension arrière indépendante et un moteur V12 de quatre litres. L’empattement atteint environ 2 420 mm afin de laisser suffisamment de place au groupe motopropulseur et d’améliorer la stabilité à haute vitesse.
La carrosserie est une barquette en aluminium très basse et étroite, signée Fantuzzi. Elle conserve l’esprit des Testa Rossa antérieures avec des passages de roues très marqués et un cockpit ouvert, mais le dessin est plus tendu, avec un museau plus long et plus effilé, un arceau profilé derrière le pilote et des prises d’air optimisées. L’ensemble est conçu pour réduire la traînée et la portance sur la longue ligne droite des Hunaudières.
Le V12 Colombo quatre litres
La 330 TR est animée par un V12 Colombo de quatre litres dérivé du moteur de la 400 Superamerica mais profondément revu pour la compétition. Ce moteur, identifié en interne comme Tipo 163, reprend l’architecture à un arbre à cames en tête par banc et deux soupapes par cylindre avec une alimentation par six carburateurs et un système de lubrification par carter sec.
- Type de moteur : V12 à 60 degrés Tipo 163
- Position : avant longitudinale
- Cylindrée totale : 3 967 cm³
- Alésage et course : 77 mm pour l’alésage et 71 mm pour la course
- Rapport volumétrique : environ 8,8 pour 1
- Distribution : simple arbre à cames en tête par banc avec deux soupapes par cylindre
- Alimentation : six carburateurs Weber 42 DCN double corps
- Lubrification : carter sec
- Allumage : une bougie par cylindre avec deux bobines
- Puissance maximale : environ 390 chevaux à 7 500 tours par minute soit près de 98 chevaux par litre
- Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports plus marche arrière
- Transmission : propulsion avec différentiel conçu pour la compétition
Ce V12 apporte environ cinquante chevaux de plus que le trois litres des 250 Testa Rossa. La courbe de couple plus généreuse à mi régime facilite les relances à la sortie des virages et permet d’exploiter des rapports de boîte plus longs tout en conservant une excellente fiabilité sur vingt quatre heures de course.
Châssis, suspensions et freinage
Le châssis tubulaire de la 330 TR est renforcé par rapport à celui des Testa Rossa précédentes afin de supporter le surcroît de puissance et de couple du V12 quatre litres. L’une des grandes évolutions techniques réside dans l’adoption de suspensions indépendantes aux quatre roues avec triangles superposés et ressorts hélicoïdaux, ce qui améliore grandement la motricité et la stabilité, surtout sur un circuit rapide et bosselé comme celui du Mans au début des années soixante.
Le freinage est assuré par des freins à disque sur les quatre roues dimensionnés pour résister à de longues phases de décélération à haute vitesse. La direction est précise et relativement directe, ce qui aide les pilotes à maintenir la voiture en ligne dans les sections rapides tout en restant maîtrisable dans les enchaînements plus lents. Les pneumatiques de course sont montés sur des jantes de seize pouces avec une largeur supérieure à l’arrière pour assurer la transmission de la puissance au sol.
Dimensions, poids et performances
La 330 TR est une barquette relativement longue mais très basse, conçue pour fendre l’air avec un minimum de résistance. La carrosserie en aluminium et la structure tubulaire contribuent à maintenir un poids à sec contenu alors même que le moteur quatre litres et la grande capacité de carburant ajoutent une masse non négligeable.
- Carrosserie : spider biplace Testa Rossa en aluminium
- Longueur : environ 4 520 mm
- Largeur : environ 1 590 mm
- Hauteur : environ 1 050 mm
- Empattement : environ 2 420 mm
- Voie avant : environ 1 422 mm
- Voie arrière : environ 1 414 mm
- Poids à sec : environ 820 kilogrammes
- Capacité du réservoir : environ 140 litres de carburant
- Pneus avant : environ 6,00 x 16
- Pneus arrière : environ 7,00 x 16
Avec environ 390 chevaux pour 820 kilogrammes, la Ferrari 330 TR affiche un rapport poids puissance très favorable. La vitesse maximale se situe aux alentours de 280 kilomètres par heure. Les accélérations ne sont pas officiellement chiffrées mais le niveau de performance est comparable à celui des meilleurs prototypes du début des années soixante.
Carrière sportive
La Ferrari 330 TR fait ses débuts officiels aux 24 Heures du Mans 1962 sous les couleurs de la Scuderia Ferrari. Pilotée par Phil Hill et Olivier Gendebien, elle domine la course et s’impose au classement général. Cette victoire devient historique, car la 330 TR est la dernière voiture à moteur avant à remporter Le Mans et la dernière représentante victorieuse de la lignée Testa Rossa.
Après son triomphe sarthois, la voiture est cédée au North American Racing Team de Luigi Chinetti. Elle poursuit sa carrière en Amérique du Nord où elle remporte notamment le Bridgehampton Double 400 en 1962 avec Pedro Rodríguez. Sur l’ensemble de sa vie sportive, la 330 TR participe à un nombre limité d’épreuves mais décroche plusieurs victoires et podiums, ce qui renforce encore son statut de prototype exceptionnel.
Prix d’époque et valeur de collection
En tant que prototype d’usine unique, la Ferrari 330 TR n’a jamais fait l’objet d’un prix catalogue. Initialement, elle n’est pas une voiture destinée à la vente mais un outil purement sportif au service de la Scuderia. Sa cession ultérieure au NART de Luigi Chinetti se fait dans un cadre privé, sans montant officiel rendu public.
Sur le marché de la collection moderne, la 330 TR occupe une place à part. Son statut de pièce unique, son palmarès prestigieux avec une victoire absolue au Mans et son rôle de dernière Testa Rossa et dernière gagnante à moteur avant sur la Sarthe en font l’une des Ferrari les plus importantes de l’histoire. Sa valeur se situe au niveau des plus grandes icônes de la marque, avec des montants estimés dans la tranche très élevée des Ferrari de collection, largement au niveau des dizaines de millions d’euros ou de dollars lors de transactions privées.












