La Ferrari 196 SP est un sport-prototype de compétition présenté en 1962. Sa particularité tient à l’association d’un châssis léger à moteur central arrière et d’un V6 atmosphérique de deux litres développant 210 ch. Avec seulement 600 kg à sec, elle privilégiait l’agilité et le rapport poids-puissance plutôt que la seule cylindrée. Son histoire reste toutefois complexe, car plusieurs châssis de la famille SP ont changé de moteur et de dénomination au cours de leur carrière.
Un prototype conçu pour la compétition
Au début des années 1960, Ferrari développe une nouvelle génération de prototypes à moteur placé derrière le pilote. Cette architecture permet de mieux répartir les masses et d’améliorer le comportement de la voiture dans les enchaînements rapides, les épingles et les changements d’appui. La 196 SP appartient à cette famille expérimentale aux côtés de la Ferrari 246 SP, qui avait contribué à valider cette orientation technique.
Le nombre 196 suit la nomenclature alors employée par Ferrari. Le premier nombre renvoie approximativement à la cylindrée totale, proche de 1,9 litre, tandis que le chiffre 6 désigne le nombre de cylindres. Les lettres SP signifient Sport Prototype. Cette appellation permet de distinguer la voiture des modèles de grand tourisme et des monoplaces développés parallèlement par la marque.
La 196 SP ne doit pas être confondue avec la Ferrari Dino 196 S, modèle antérieur dont le nom et la cylindrée sont proches. La page historique officielle de Ferrari précise que le moteur de la 196 SP n’était pas un moteur Dino. Son V6 reprenait plutôt les dimensions fondamentales d’un V12 Ferrari de plus forte cylindrée, dont il pouvait être considéré comme une moitié sur le plan de l’alésage et de la course.
Le V6 de deux litres de la Ferrari 196 SP
La Ferrari 196 SP reçoit un V6 à 60 degrés installé longitudinalement en position centrale arrière. Sa cylindrée exacte atteint 1 983,72 cm³. Alimenté par trois carburateurs Weber 42 DCN, il délivre 154 kW, soit 210 ch à 7 500 tr/min. Les données techniques publiées par Ferrari annoncent une vitesse maximale de 240 km/h.
La distribution comprend un arbre à cames en tête par rangée de cylindres et deux soupapes par cylindre. Le moteur utilise une lubrification par carter sec, une solution adaptée à la compétition puisqu’elle contribue à maintenir une alimentation régulière en huile lors des accélérations latérales et longitudinales importantes. Les caractéristiques chiffrées peuvent être consultées sur la fiche officielle de la Ferrari 196 SP.
La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte comportant cinq rapports avant et une marche arrière. Sur le papier, 210 ch peuvent sembler modestes face aux prototypes Ferrari équipés de moteurs plus volumineux. Le poids réduit de la 196 SP change toutefois la lecture de ces chiffres. Avec environ 2,86 kg par cheval, elle dispose d’un rapport poids-puissance particulièrement favorable pour une voiture de course du début des années 1960.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V6 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 1 983,72 cm³ |
| Puissance | 210 ch à 7 500 tr/min |
| Alimentation | Trois carburateurs Weber 42 DCN |
| Transmission | Boîte à cinq rapports et marche arrière |
| Poids à sec | 600 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 240 km/h |
| Empattement | 2 320 mm |
Un châssis léger et une carrosserie très basse
La structure repose sur un châssis tubulaire en acier de type 561. La carrosserie prend la forme d’un spider biplace ouvert, extrêmement bas, dont les volumes sont directement dictés par l’aérodynamique, le refroidissement et l’accessibilité mécanique. La voiture mesure 4 060 mm de long, 1 480 mm de large et seulement 970 mm de haut.
Les suspensions sont indépendantes et les quatre roues disposent de freins à disque. Cet ensemble technique répond aux exigences des épreuves routières et des courses de côte, où la capacité à freiner tard, à changer rapidement de direction et à conserver de la motricité compte autant que la vitesse de pointe.
La 196 SP se différencie ainsi des variantes plus puissantes de la même famille. La Ferrari 248 SP emploie une autre configuration mécanique et s’inscrit dans la recherche menée par Ferrari autour de plusieurs cylindrées. La marque pouvait adapter le moteur au profil des épreuves, aux catégories réglementaires et aux performances recherchées.
Cette logique se retrouve avec la Ferrari 268 SP, dont la cylindrée supérieure répondait à des besoins différents. Les châssis n’étaient pas toujours figés dans une seule spécification, ce qui explique pourquoi une même voiture peut apparaître sous plusieurs appellations dans les archives, les catalogues de vente et les résultats de course.
La Ferrari 286 SP illustre également l’étendue de cette famille de prototypes. La 196 SP n’en constitue donc pas une version simplifiée, mais une interprétation plus légère et plus adaptée aux catégories de deux litres ainsi qu’aux parcours favorisant l’agilité.
Les résultats sportifs de 1962
La saison 1962 apporte à la Ferrari 196 SP ses résultats les plus significatifs. Lors de la Targa Florio disputée le 6 mai, le châssis 0804 est confié à Giancarlo Baghetti et Lorenzo Bandini. L’équipage termine deuxième au classement général et remporte sa catégorie. Sur les routes siciliennes, étroites, irrégulières et très sinueuses, le faible poids et la maniabilité du prototype constituaient des avantages déterminants.
La 196 SP est également associée au titre remporté par Ludovico Scarfiotti dans le Championnat d’Europe de la montagne 1962. Les courses de côte convenaient particulièrement à sa conception. La puissance disponible devait y être rapportée à la masse, tandis que la compacité de la voiture facilitait les changements de direction sur des parcours courts et techniques.
Ces succès permettent de replacer la 196 SP dans son véritable contexte. Elle n’a pas été conçue pour rechercher systématiquement la vitesse maximale sur de longues lignes droites. Son efficacité reposait sur un équilibre entre accélération, freinage, motricité et précision de conduite, qualités essentielles à la Targa Florio et dans les épreuves de montagne.
Pourquoi le nombre d’exemplaires est difficile à établir
Parler d’un nombre précis de Ferrari 196 SP exige de définir ce que l’on compte. Il peut s’agir des voitures construites dès l’origine avec le moteur de deux litres, des châssis ayant couru au moins une fois dans cette configuration ou des prototypes convertis ultérieurement en 196 SP. Ces catégories ne donnent pas nécessairement le même résultat.
Le châssis 0804 est généralement présenté comme la voiture la plus directement associée au modèle. Il est documenté comme le seul prototype de la série 1962 ayant couru exclusivement avec la motorisation 196. D’autres châssis de la famille SP ont reçu plusieurs moteurs pendant leur carrière, au gré des essais, des réparations et des programmes sportifs.
Le châssis 0806 constitue l’exemple le plus parlant. Il aurait commencé sa carrière en configuration 248 SP, avant d’être transformé en 268 SP, puis de recevoir une motorisation de 196 SP à la fin de l’année 1962. Les châssis 0790 et 0802 sont également cités parmi les voitures ayant connu une configuration 196 à un moment de leur existence.
Ces transformations n’étaient pas inhabituelles dans le sport automobile de cette période. Un prototype était avant tout un outil de compétition. Ferrari pouvait modifier sa mécanique, sa carrosserie ou certains éléments de son châssis afin de l’adapter à une nouvelle catégorie ou de prolonger son utilisation. Une appellation relevée à une date précise ne décrit donc pas nécessairement toute la vie de la voiture.
Une Ferrari rare dont la valeur dépend du châssis
La rareté de la Ferrari 196 SP ne peut pas être résumée par un simple volume de production. L’historique sportif, la continuité des composants, les transformations successives et la documentation disponible comptent davantage que la seule dénomination du modèle. Deux voitures ayant porté l’appellation 196 SP peuvent ainsi présenter des parcours et des niveaux d’authenticité très différents.
En août 2019, RM Sotheby’s a proposé le châssis 0806 lors de sa vente de Monterey avec une estimation comprise entre 8 et 10 millions de dollars. La voiture n’a pas été vendue. Cette estimation constitue un repère historique daté et non une valeur actuelle, le marché pouvant évoluer et chaque transaction dépendant de l’état, de la provenance et de la configuration exacte du châssis.
Pour identifier correctement une Ferrari 196 SP, il faut donc examiner simultanément son numéro de châssis, la motorisation installée à la période considérée, ses engagements en compétition et les éventuelles conversions documentées. Cette méthode évite de réduire un prototype évolutif à une fiche technique figée et permet de comprendre pourquoi l’histoire de la 196 SP varie parfois d’une source à l’autre.











