Ferrari 340 mm

Ferrari 340 mm

La Ferrari 340 MM est une voiture de compétition conçue pour les grandes épreuves routières de la saison 1953. Son nom renvoie directement aux Mille Miglia, course qu’elle remporte dès le 26 avril 1953 avec Giannino Marzotto et Marco Crosara. Sous sa carrosserie légère, elle associe un V12 Lampredi de 4,1 litres à une boîte manuelle à cinq rapports, pour une puissance annoncée de 280 hp et une vitesse maximale donnée pour 282 km/h.

Produite en très petit nombre, la 340 MM occupe une place charnière dans l’histoire sportive de Ferrari. Elle prolonge le développement des modèles 340 du début des années 1950, tout en préparant l’arrivée de voitures plus puissantes comme la 375 MM. Elle se distingue donc autant par son palmarès que par son rôle dans l’évolution technique de la marque.

Pourquoi la Ferrari 340 MM porte-t-elle ce nom ?

Les lettres MM signifient Mille Miglia, du nom de la célèbre course italienne disputée sur route ouverte entre Brescia et Rome. Ferrari avait déjà associé cette appellation à la Ferrari 166 MM, victorieuse aux Mille Miglia en 1948 et devenue l’un des premiers grands symboles sportifs de la jeune marque.

La 340 MM est spécifiquement développée pour l’édition 1953 de l’épreuve. Son nom ne constitue donc pas une simple référence historique ou commerciale. Il indique clairement la destination première du modèle : affronter à très haute vitesse un parcours long, irrégulier et exigeant, où la puissance devait rester exploitable pendant plusieurs heures.

La même logique d’appellation se retrouve sur la Ferrari 250 MM, contemporaine de la 340 MM mais équipée d’un moteur de plus faible cylindrée. Les deux voitures illustrent la manière dont Ferrari adaptait ses mécaniques et ses châssis aux différentes catégories de compétition plutôt que de miser sur un modèle unique.

Une évolution de la famille Ferrari 340

La 340 MM s’inscrit dans une lignée de Ferrari de compétition animées par le grand V12 conçu par Aurelio Lampredi. Cette famille comprend notamment la Ferrari 340 America, développée pour les courses d’endurance et commercialisée au début des années 1950.

Elle succède également à la Ferrari 340 Mexico, préparée pour la Carrera Panamericana de 1952. Ferrari conserve le principe d’un moteur avant de forte cylindrée, mais affine l’ensemble pour répondre aux contraintes des Mille Miglia : vitesse de pointe élevée, endurance mécanique, stabilité sur les longues portions rapides et poids contenu.

La 340 MM ne doit donc pas être considérée comme une voiture de route transformée pour la compétition. Il s’agit d’un modèle pensé autour des besoins de la course, avec un châssis tubulaire, une carrosserie légère et une mécanique dont les caractéristiques privilégient les performances sur longue distance.

Un V12 Lampredi de 4,1 litres

Le moteur de la Ferrari 340 MM est un V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée exacte atteint 4 101,66 cm³. Alimenté par trois carburateurs Weber 40 DCF, il développe officiellement 206 kW, soit 280 hp, à 6 600 tr/min selon la fiche historique publiée par Ferrari.

Cette mécanique appartient à la famille des V12 Lampredi, conçus pour offrir davantage de cylindrée et de couple que les moteurs plus compacts associés à Gioachino Colombo. Dans une épreuve routière telle que les Mille Miglia, ce choix permettait notamment de disposer de fortes accélérations et de maintenir des vitesses élevées sur les portions rapides.

CaractéristiqueDonnée annoncée
MoteurV12 atmosphérique à 60 degrés
PositionLongitudinale avant
Cylindrée4 101,66 cm³
Alimentation3 carburateurs Weber 40 DCF
Puissance206 kW, soit 280 hp à 6 600 tr/min
TransmissionBoîte manuelle à 5 rapports et marche arrière
Vitesse maximale282 km/h selon Ferrari
Poids à sec850 kg pour le spider
Empattement2 500 mm
Capacité du réservoir177 litres

Le rapport entre une puissance de 280 hp et un poids à sec annoncé de seulement 850 kg explique en partie les performances de la voiture. La vitesse maximale de 282 km/h doit cependant être lue comme une donnée constructeur, susceptible de varier selon la carrosserie, les réglages, la démultiplication et les conditions de mesure.

Un châssis conçu pour les courses routières

La Ferrari 340 MM repose sur une structure tubulaire en acier. À l’avant, elle reçoit une suspension indépendante, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide. Le freinage est confié à quatre tambours, une solution habituelle sur les voitures de compétition de cette période, avant la généralisation progressive des freins à disque.

La boîte manuelle compte cinq rapports, auxquels s’ajoute la marche arrière. Ce nombre de rapports permet de mieux exploiter la plage de fonctionnement du V12 sur un tracé alternant traversées urbaines, routes sinueuses, reliefs et longues sections rapides.

Le réservoir de 177 litres répond aux exigences d’autonomie des épreuves d’endurance. Cette capacité importante contribue toutefois au poids total lorsque la voiture prend le départ avec une forte charge de carburant. La répartition des masses évolue donc au fil de la course, un facteur que les pilotes devaient prendre en compte sur un parcours aussi long que celui des Mille Miglia.

La victoire aux Mille Miglia 1953

La Ferrari 340 MM obtient son résultat le plus célèbre lors des Mille Miglia disputées le 26 avril 1953. Giannino Marzotto et Marco Crosara s’imposent au volant d’une barchetta carrossée par Vignale. Leur moyenne dépasse 142 km/h, une performance particulièrement remarquable compte tenu de la longueur de l’épreuve, de la diversité des routes et des risques inhérents à une course disputée en grande partie sur le réseau routier italien.

Ce succès confirme immédiatement la pertinence du modèle. La 340 MM ne se contente pas d’utiliser le nom de la course : elle remporte précisément l’épreuve pour laquelle elle a été développée. Ferrari mentionne également la participation d’Alberto Ascari à sa mise au point, ce qui souligne l’importance accordée au comportement dynamique de la voiture.

La saison 1953 ne se limite pas aux Mille Miglia. Luigi Villoresi remporte également le Giro di Sicilia au volant d’une 340 MM. Ces résultats montrent que le modèle était capable de s’adapter à plusieurs courses routières italiennes, où la vitesse pure devait être associée à la robustesse et à la facilité de contrôle.

Son rôle dans le premier titre mondial de Ferrari

La victoire de la 340 MM aux Mille Miglia constitue le premier des trois succès obtenus par Ferrari dans le Championnat du monde des voitures de sport 1953. Les deux autres victoires sont remportées aux 24 Heures de Spa et aux 1 000 kilomètres du Nürburgring par la 375 MM.

Grâce à ces résultats, Ferrari devient le premier constructeur sacré dans ce nouveau championnat mondial. La 340 MM joue donc un rôle direct dans un moment fondateur de l’histoire sportive de la marque, même si la suite de la saison met rapidement en avant une évolution plus puissante.

De la 340 MM à la Ferrari 375 MM

La Ferrari 375 MM reprend les principes généraux de la 340 MM tout en adoptant un V12 porté à environ 4,5 litres. Cette augmentation de cylindrée répond à la recherche permanente de puissance dans les grandes compétitions d’endurance du début des années 1950.

Les deux modèles peuvent facilement être confondus lorsque le palmarès de la saison 1953 est résumé trop rapidement. La 340 MM remporte les Mille Miglia, tandis que la 375 MM s’impose ensuite à Spa et au Nürburgring. La première ouvre donc la campagne mondiale victorieuse de Ferrari, la seconde la prolonge avec une mécanique plus puissante.

Cette succession rapide illustre le rythme de développement de Ferrari à cette époque. Une voiture pouvait remporter une épreuve majeure et être presque immédiatement suivie par une évolution destinée à exploiter une cylindrée supérieure ou à répondre aux caractéristiques d’autres circuits.

Une production extrêmement limitée

Le nombre exact d’exemplaires fait partie des informations qui doivent être présentées avec prudence. Selon RM Sotheby’s, dix Ferrari 340 MM auraient été construites, dont sept engagées par la Scuderia Ferrari dans le championnat de 1953. Les différences de carrosserie, les transformations réalisées en compétition et les évolutions de certains châssis peuvent compliquer le décompte des voitures historiques.

Le châssis 0350 AM est présenté par la maison de ventes comme le dernier des dix exemplaires produits et comme l’un des quatre spiders Vignale encore existants. Il a été proposé à Monaco en 2022 avec une estimation comprise entre 6 et 8 millions d’euros, mais n’a pas trouvé preneur lors de cette vente. Cette estimation constitue uniquement un repère lié à un châssis, un état et une provenance déterminés, et non une cote actuelle applicable à toutes les 340 MM.

La rareté de la Ferrari 340 MM tient ainsi à la combinaison d’une production confidentielle, d’un palmarès majeur et d’une place précise dans l’évolution des prototypes Ferrari. Sa victoire aux Mille Miglia, son V12 Lampredi de 4,1 litres et sa contribution au titre mondial de 1953 en font bien davantage qu’une simple étape entre deux modèles de compétition.