Ferrari 342 America

FERRARI 342 AMERICA

La Ferrari 342 America voit le jour en 1952 comme grande routière de très haut niveau. Elle reprend le gros V12 Lampredi de 4,1 litres inauguré sur la 340 America mais avec une vocation nettement plus luxueuse et routière. Produite entre 1952 et 1953 en quantité très limitée, elle occupe une place charnière entre la 340 America plus sportive et la future 375 America encore plus prestigieuse.

Contexte historique et philosophie du modèle

La 342 America appartient à la lignée des Ferrari dites America, destinées à une clientèle fortunée, notamment sur le marché nord américain. Par rapport aux barchetta de compétition, elle se distingue par un confort accru, une finition plus soignée et une mise au point moteur plus souple. Ferrari souhaite ainsi proposer une voiture de prestige capable de très hautes performances mais adaptée à un usage routier quotidien ou à de longs trajets rapides.

La 342 America est construite en série extrêmement limitée, avec seulement six exemplaires au total. Les châssis se situent entre 0232 AL et 0248 AL. Chaque voiture est réalisée sur commande, avec une carrosserie spécifique et des détails de style propres à son premier propriétaire. Elle figure ainsi parmi les Ferrari routières les plus rares du début des années cinquante.

Production et carrossiers

La répartition des six exemplaires de Ferrari 342 America met en avant deux noms majeurs du design italien. Un cabriolet unique est confié à Vignale, sur dessin de Giovanni Michelotti, tandis que les cinq autres voitures sont carrossées par Pinin Farina. Parmi ces dernières, deux sont des cabriolets et trois des coupés. La 342 America illustre donc parfaitement l’association entre la mécanique Ferrari et le style très raffiné de ces carrossiers.

En cabriolet Vignale, la 342 America adopte des lignes spectaculaires avec une forte présence visuelle. Les coupés et cabriolets Pinin Farina présentent un style plus épuré et préfigurent l’esthétique des grandes Ferrari de route des années suivantes. Dans tous les cas, la carrosserie repose sur la même base mécanique et le même châssis tubulaire en acier.

Châssis, dimensions et poids

La Ferrari 342 America utilise un châssis tubulaire en acier avec le moteur monté à l’avant en position longitudinale et une transmission aux roues arrière. L’empattement plus long que celui des modèles de compétition confère davantage de stabilité et de confort, en accord avec son positionnement de grande GT. Les dimensions exactes peuvent légèrement varier en fonction du carrossier et du type de carrosserie mais les valeurs suivantes constituent une bonne référence.

  • Châssis tubulaire en tubes d’acier
  • Moteur avant longitudinal et propulsion
  • Empattement d’environ 2 650 millimètres
  • Voie avant d’environ 1 325 millimètres
  • Voie arrière proche de 1 320 millimètres
  • Longueur voisine de 4 550 millimètres
  • Largeur d’environ 1 600 millimètres
  • Hauteur proche de 1 300 millimètres
  • Poids à sec d’environ 1 200 kilogrammes
  • Poids en ordre de marche voisin de 1 250 à 1 275 kilogrammes
  • Réservoir d’environ 105 litres
  • Pneus de type 6,40 x 15 ou équivalents en 180 80 R15

Ces caractéristiques placent la 342 America dans la catégorie des grandes GT, plus lourdes que les barchetta de course mais parfaitement cohérentes avec une utilisation de route rapide et confortable.

Le moteur V12 Lampredi de 4,1 litres

La Ferrari 342 America est animée par le V12 Lampredi à long bloc, dérivé des moteurs utilisés en Formule 1 et déjà monté sur la 340 America. Ce moteur en alliage léger associe une cylindrée importante à un régime relativement modéré afin d’offrir un couple généreux et une grande souplesse, tout en conservant des performances élevées. La désignation 342 fait référence à la cylindrée unitaire voisine de 342 centimètres cubes par cylindre.

  • Architecture V12 à 60 degrés en alliage léger
  • Cylindrée totale d’environ 4 101,66 centimètres cubes
  • Cylindrée unitaire d’environ 341,8 centimètres cubes par cylindre
  • Alésage et course de 80 par 68 millimètres
  • Taux de compression voisin de 8 pour 1
  • Distribution par simple arbre à cames en tête par rangée
  • Deux soupapes par cylindre soit vingt quatre au total
  • Alimentation par trois carburateurs Weber 40 DCF
  • Allumage avec une bougie par cylindre et deux bobines
  • Lubrification par carter humide
  • Embrayage monodisque
  • Puissance d’environ 200 chevaux à 5 000 tr par minute
  • Puissance spécifique voisine de 48 à 49 chevaux par litre

Par rapport aux versions de course du même bloc, le moteur de la 342 America est volontairement assagi, avec un régime maximal plus bas et une courbe de couple plus exploitable. Il correspond ainsi parfaitement à l’usage de grande routière à très hautes performances plutôt qu’à une voiture de compétition pure.

Transmission, trains roulants et freinage

La 342 America est équipée d’une boîte de vitesses manuelle à quatre rapports avec marche arrière. Fait important pour l’agrément de conduite, les rapports sont entièrement synchronisés, ce qui représente un progrès notable par rapport à certaines Ferrari plus sportives de la même période. La puissance est transmise aux roues arrière via une transmission classique de propulsion.

Les suspensions sont typiques des Ferrari du début des années cinquante. À l’avant, la voiture adopte des roues indépendantes avec triangles superposés de longueur inégale, un ressort à lame transversal et des amortisseurs hydrauliques. À l’arrière, un essieu rigide repose sur des ressorts à lames semi elliptiques et des amortisseurs hydrauliques. La direction est de type vis sans fin et secteur. Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues, solution courante avant l’apparition généralisée des freins à disque.

Performances

Avec environ 200 chevaux pour un poids d’un peu plus de 1 250 kilogrammes en ordre de marche, la Ferrari 342 America offre des performances de tout premier plan pour une GT du début des années cinquante. La vitesse maximale annoncée se situe autour de 186 kilomètres par heure, ce qui correspond à environ cent quinze milles à l’heure. Le rapport poids puissance avoisine cent cinquante huit chevaux par tonne, ce qui permet des accélérations vigoureuses. Les estimations modernes situent le zéro à cent kilomètres par heure autour de neuf à dix secondes, même si Ferrari n’a pas publié de chiffres officiels détaillés.

Positionnement et clientèle visée

La 342 America est conçue comme une voiture de prestige destinée à une clientèle très aisée. Ses performances sont proches de celles des modèles de compétition, mais son comportement et sa finition se concentrent davantage sur le confort et le luxe. Elle permet aux clients de profiter d’un V12 directement issu des mécaniques de Grand Prix dans une enveloppe plus civilisée et plus raffinée que les barchetta de course. Le marché américain constitue une cible privilégiée, d’où la dénomination America.

Prix d’époque et valeur de collection actuelle

À l’époque de sa commercialisation, la Ferrari 342 America ne fait pas l’objet d’un tarif catalogue standard. Chaque exemplaire est construit sur mesure, avec une carrosserie Pinin Farina ou Vignale et un niveau de finition adapté au client. Les prix varient donc selon les demandes mais se situent clairement dans le très haut du marché, au dessus des autres Ferrari de route de la période.

Sur le marché de la collection actuel, la 342 America est très recherchée en raison de sa rareté et de son importance historique. Les données de ventes publiques indiquent des valeurs médianes d’un peu plus d’un million de livres sterling, avec des extrêmes allant d’environ 400 000 livres pour la vente la plus basse répertoriée jusqu’à environ 1 750 000 livres pour la plus élevée. Un cabriolet Vignale de 1952 a ainsi été adjugé à une valeur proche de ce sommet, tandis qu’un coupé Pinin Farina a changé de mains pour un montant plus proche de la borne basse. En pratique, une Ferrari 342 America authentifiée, à l’historique clair et dans un état de restauration de haut niveau, se situe très généralement dans la zone des sept chiffres et peut dépasser largement cette valeur selon sa configuration et son pedigree.