Ferrari 350 Can Am

FERRARI 350 CAN AM

Origine et contexte sportif

La Ferrari 350 Can Am naît en 1967 pour répondre au défi très particulier du championnat nord américain Can Am. Cette série accepte des prototypes presque sans limite de puissance ni de gabarit et attire des machines démesurées comme les McLaren et les Lola. Ferrari choisit de partir de la base de la 330 P4, déjà très avancée sur le plan technique, pour créer une version spécifique destinée aux circuits d’outre Atlantique.

Plutôt que de concevoir un modèle entièrement nouveau, la Scuderia fait évoluer deux châssis de 330 P4 en spiders adaptés à la Can Am. Ces deux voitures reçoivent une carrosserie ouverte plus simple et plus légère, ainsi qu’un moteur V12 porté à environ quatre virgule deux litres. La 350 Can Am conserve donc l’ADN des prototypes P3 P4 mais l’oriente vers la puissance brute, en accord avec l’esprit très libre du championnat.

Châssis, architecture et carrosserie

La Ferrari 350 Can Am repose sur un châssis tubulaire en acier dérivé de celui des 330 P4. Le moteur est installé en position centrale arrière longitudinale, ce qui permet de placer le pilote et le réservoir de part et d’autre du centre de gravité pour optimiser l’équilibre. La structure tubulaire est habillée de panneaux légers, principalement en aluminium, afin de limiter au maximum la masse tout en conservant une rigidité suffisante pour supporter le couple important du V12.

La carrosserie adopte une forme de spider de course à deux places, avec un pare brise très réduit et un arceau derrière le pilote. Le dessin privilégie la pénétration dans l’air et la stabilité à très haute vitesse, plutôt que le raffinement esthétique des berlinettes d’endurance. Large, basse et musclée, la 350 Can Am incarne la vision Ferrari d’un prototype adapté aux circuits rapides comme Mosport ou Laguna Seca, où la puissance et l’appui aérodynamique priment.

Moteur V12 et transmission

Au cœur de la 350 Can Am se trouve un V12 Ferrari à soixante degrés, dérivé du moteur de la 330 P4 mais porté à une cylindrée d’environ quatre virgule deux litres. Le bloc et les culasses sont en alliage léger, avec double arbre à cames en tête par banc et trois soupapes par cylindre. Ce schéma de distribution avancé pour l’époque vise à améliorer le remplissage à haut régime et donc la puissance maximale.

L’alimentation se fait par injection mécanique Lucas, ce qui permet une gestion plus fine du mélange à très haut régime que les carburateurs traditionnels. Le moteur conserve une lubrification par carter sec, indispensable pour garantir une pression d’huile stable dans les longues courbes rapides. La puissance approche les quatre cent quatre vingt chevaux à environ huit mille cinq cents tours par minute, ce qui place la 350 Can Am au niveau des meilleurs prototypes internationaux en termes de rapport poids puissance.

  • Architecture du moteur : V12 à soixante degrés en position centrale arrière
  • Cylindrée : environ 4 176 cm³ pour un V12 dérivé de la 330 P4
  • Distribution : double arbre à cames en tête par banc avec trois soupapes par cylindre
  • Alimentation : injection mécanique indirecte de marque Lucas
  • Taux de compression : proche de 11 pour un
  • Puissance maximale : de l’ordre de 480 ch à 8 500 tr min
  • Lubrification : carter sec pour un fonctionnement sûr en course
  • Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports avec marche arrière en position transaxle

La transmission repose sur une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports placée derrière le moteur et associée à un différentiel adapté aux contraintes de la Can Am. L’étagement privilégie l’accélération et la relance plutôt que la seule vitesse de pointe, même si celle ci dépasse les trois cent quinze kilomètres par heure sur les circuits rapides. L’ensemble moteur boîte forme un groupe motopropulseur compact et puissant parfaitement adapté à la structure tubulaire centrale.

Train roulant et comportement sur circuit

Comme les prototypes Ferrari contemporains, la 350 Can Am utilise des suspensions entièrement indépendantes aux quatre roues. À l’avant comme à l’arrière, on retrouve des triangles superposés, des ressorts hélicoïdaux et des amortisseurs télescopiques, complétés par des barres antiroulis. Ce schéma permet de régler finement le comportement de la voiture selon les circuits, en jouant sur la hauteur de caisse, les angles de carrossage et la raideur des ressorts.

Les freins à disques ventilés assurent une puissance de décélération élevée, indispensable pour relancer un prototype aussi puissant. La direction à crémaillère offre un ressenti direct et précis, même si la conduite reste exigeante à cause de la brutalité de la puissance et du couple. Sur la piste, la 350 Can Am combine une forte motricité grâce au moteur central et une grande stabilité en ligne droite, mais elle évolue dans un environnement où les concurrents dépassent parfois les six cents chevaux, ce qui limite ses chances de victoire.

Dimensions, poids et gabarit

La Ferrari 350 Can Am est une voiture extrêmement basse et relativement courte, mais très large, ce qui favorise la stabilité. Les dimensions restent proches de celles d’une 330 P4, avec quelques adaptations liées aux exigences aérodynamiques de la Can Am. La masse est contenue autour de sept cents kilogrammes, ce qui procure à la voiture un rapport poids puissance très favorable et des performances de premier plan.

  • Empattement : de l’ordre de 2,40 m
  • Longueur totale : proche de 3,95 m
  • Largeur : autour de 1,99 m
  • Hauteur : environ 0,94 m, la voiture reste très basse
  • Voie avant : un peu moins de 1,50 m
  • Voie arrière : légèrement inférieure à la voie avant
  • Poids à vide : environ 700 kg en configuration de course

Avec ce gabarit compact et une surface frontale réduite, la 350 Can Am atteint des vitesses de l’ordre de trois cent quinze kilomètres par heure. Les accélérations sont tout aussi impressionnantes, même si les chiffres précis de zéro à cent kilomètres par heure ne sont pas toujours documentés. La combinaison du faible poids, du V12 très puissant et de l’aérodynamique optimisée place la voiture au tout premier plan des prototypes de son époque, même si la concurrence spécifique de la Can Am reste redoutable.

Production, engagements et valeur actuelle

Seulement deux exemplaires de Ferrari 350 Can Am sont construits, tous deux issus de châssis de 330 P4 profondément modifiés. Ces voitures sont engagées principalement en 1967 dans le championnat Can Am, sous les couleurs d’écuries liées à Ferrari et au North American Racing Team. Malgré un potentiel réel, les résultats restent limités face aux prototypes américains plus puissants, même si la voiture décroche quelques arrivées honorables et une cinquième place notable à Laguna Seca.

Après leur carrière en compétition, les deux châssis sont revendus et parfois reconfigurés, certains revenant plus tard vers une apparence proche de P4 pour la collection. Cette histoire complexe, associée à la production extrêmement réduite, rend les 350 Can Am particulièrement rares sur le marché. Lorsqu’un exemplaire ou un châssis lié à cette configuration apparaît en vente, les estimations atteignent plusieurs millions, reflet de l’importance historique de ce modèle dans la lignée des prototypes Ferrari de la fin des années soixante.