La Ferrari Dino 206 S est un sport-prototype de compétition présenté en 1966. Son V6 de deux litres développe 220 ch à 9 000 tr/min, tandis que son poids à sec est limité à 580 kg. Ferrari annonçait une vitesse maximale de 270 km/h. Produite à seulement 18 exemplaires, elle se distingue autant par sa rareté que par son rôle dans le développement des prototypes Dino à moteur central.
La 206 S ne doit pas être confondue avec une petite sportive routière. Elle a été conçue pour la course, avec un châssis tubulaire, une carrosserie très basse, une boîte manuelle à cinq rapports et un moteur installé longitudinalement derrière les occupants. Elle devait permettre à Ferrari de rivaliser dans la catégorie des prototypes de moins de deux litres, notamment face aux voitures européennes plus légères engagées sur les épreuves d’endurance.
Une évolution directe de la Dino 206 SP
La 206 S dérive directement de la Ferrari Dino 206 SP. Les ingénieurs de Maranello ont conservé le principe d’un V6 central arrière, tout en développant une voiture plus légère et plus aboutie. Selon Ferrari, l’allègement atteint près de 50 kg par rapport à sa devancière, un gain important sur une automobile dont la masse totale reste inférieure à 600 kg.
Son dessin évoque une version réduite des grands prototypes Ferrari contemporains. Les ailes galbées, le pare-brise très incliné et la poupe effilée rappellent notamment la Ferrari 330 P3, mais dans un format nettement plus compact. La Dino adopte une longueur de 3 875 mm, une largeur de 1 680 mm et une hauteur de seulement 985 mm.
Son empattement de 2 280 mm contribue à ses proportions ramassées. Cette architecture répond aux besoins d’une voiture destinée aux circuits sinueux et aux épreuves routières, où l’agilité et la légèreté pouvaient compenser une puissance inférieure à celle des prototypes équipés de moteurs de plus forte cylindrée.
Un V6 de deux litres poussé à 9 000 tr/min
La Dino 206 S reçoit un moteur V6 ouvert à 65 degrés, monté en position centrale arrière longitudinale. Sa cylindrée exacte est de 1 986,60 cm³. Alimenté par une injection indirecte Lucas, il délivre 162 kW, soit 220 ch, à 9 000 tr/min.
| Caractéristique | Ferrari Dino 206 S |
|---|---|
| Année de présentation | 1966 |
| Architecture moteur | V6 à 65 degrés, central arrière longitudinal |
| Cylindrée | 1 986,60 cm³ |
| Alimentation | Injection indirecte Lucas |
| Puissance maximale | 220 ch à 9 000 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Poids à sec | 580 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 270 km/h |
| Freinage | Disques |
| Châssis | Structure tubulaire en acier |
Le chiffre le plus révélateur n’est pas seulement la puissance, mais son association avec une masse de 580 kg. Le rapport poids-puissance théorique est proche de 2,6 kg par cheval, une valeur qui illustre la philosophie de la voiture. La 206 S recherche moins la force brute qu’une combinaison d’accélérations franches, de changements de direction rapides et d’une vitesse élevée sur les portions dégagées.
Le régime de puissance maximale, fixé à 9 000 tr/min, souligne également le caractère très spécifique de ce V6 de compétition. Son exploitation exigeait de maintenir le moteur dans une plage de régime élevée, avec l’aide d’une boîte à cinq rapports conçue pour adapter la démultiplication aux différents circuits.
Une production insuffisante pour l’homologation
Ferrari prévoyait initialement de construire 50 exemplaires de la Dino 206 S. Ce volume devait satisfaire les exigences d’homologation de la catégorie FIA Groupe 4 pour les voitures de moins de deux litres. La production s’est toutefois arrêtée après 18 unités, un total insuffisant pour obtenir l’homologation envisagée.
La voiture a donc dû être engagée dans la catégorie des prototypes. Cette situation la plaçait face à des concurrentes développées sans les mêmes contraintes de production, alors que le programme initial reposait sur une série plus importante. Cet écart entre l’objectif industriel et la réalité explique en partie pourquoi la 206 S est aujourd’hui beaucoup plus rare que prévu.
Spyder et Berlinetta
La Dino 206 S a été réalisée en deux configurations de carrosserie, Spyder et Berlinetta. Sur les 18 exemplaires assemblés, 13 auraient quitté Maranello sous la forme d’un Spyder dessiné par Piero Drogo. Cette version ouverte est devenue la silhouette la plus étroitement associée au modèle.
La carrosserie basse réduit la surface frontale et place le pilote très près du sol. Les passages de roues marqués et la partie arrière allongée ne relèvent pas uniquement d’un choix esthétique. Ils accompagnent l’implantation mécanique centrale et les besoins aérodynamiques d’une voiture capable d’approcher 270 km/h.
Les résultats sportifs de la saison 1966
La Dino 206 S obtient plusieurs résultats significatifs dès 1966. Elle termine deuxième de la Targa Florio, épreuve particulièrement exigeante disputée sur les routes siciliennes. Ce résultat met en valeur les qualités d’une voiture légère et compacte sur un parcours où l’agilité, l’endurance mécanique et la précision comptent autant que la vitesse maximale.
Elle décroche également les deuxième et troisième places aux 1 000 km du Nürburgring. Sur le long tracé allemand, ces résultats montrent que le petit prototype Ferrari pouvait rester compétitif sur une épreuve combinant dénivelés, virages rapides et sections techniques.
À Spa-Francorchamps, des Dino 206 S terminent sixième et septième. Ces classements ne constituent pas des victoires absolues, mais ils témoignent d’une présence régulière parmi des voitures souvent plus puissantes. La carrière sportive du modèle doit ainsi être appréciée dans le contexte d’un programme limité et d’une production très réduite.
La différence entre la Dino 206 S et la 206 GT
La proximité des appellations entretient parfois une confusion avec la Dino 206 GT. Les deux modèles utilisent un V6 de deux litres et appartiennent à la famille Dino, mais leur conception et leur destination sont profondément différentes.
| Critère | Dino 206 S | Dino 206 GT |
|---|---|---|
| Présentation | 1966 | 1967 |
| Destination | Compétition | Route |
| Implantation du moteur | Centrale arrière longitudinale | Centrale arrière transversale |
| Puissance | 220 ch | 180 ch |
| Type de voiture | Sport-prototype | Coupé de série |
La 206 GT est pensée pour une utilisation routière et une fabrication en série, tandis que la 206 S est une machine de course construite autour d’un châssis tubulaire. Leur ressemblance nominale reflète une parenté mécanique générale, mais elle ne doit pas masquer des architectures, des performances et des usages distincts.
Une étape dans la lignée des prototypes Dino
La 206 S s’inscrit dans une succession de prototypes Ferrari utilisant le nom Dino et des moteurs V6. La Ferrari Dino 196 S figure parmi les modèles qui ont précédé cette évolution et contribué au développement de petites voitures de compétition différentes des Ferrari à douze cylindres.
La Ferrari Dino 246 S illustre une autre orientation de cette famille, avec une cylindrée et des caractéristiques adaptées à des objectifs sportifs différents. La 206 S occupe une position particulière dans cette chronologie grâce à son moteur de deux litres, son poids extrêmement réduit et sa carrosserie inspirée des prototypes de plus grande catégorie.
Des exemplaires aux caractéristiques parfois différentes
Les 18 voitures produites ne présentent pas toutes une configuration strictement identique. Deux exemplaires auraient reçu un V6 Tipo 233 S de deux litres à injection mécanique Lucas développant 270 ch, soit 50 ch de plus que la valeur généralement associée à la version standard.
Le châssis 032, dernier exemplaire construit, appartient à ce groupe particulier. Il a fait l’objet d’une restauration menée par Ferrari Classiche en 2014 et 2015. Cette configuration plus puissante ne doit toutefois pas être utilisée comme caractéristique générale de toutes les Dino 206 S.
Proposé lors d’une vente organisée à Paris le 28 janvier 2026, ce châssis était estimé entre 3,8 et 4,2 millions d’euros, mais n’a pas été vendu. Cette estimation correspond à un exemplaire précis, doté d’une histoire et d’une mécanique particulières. Elle ne représente donc pas une cote universelle applicable aux 18 voitures produites.











