Histoire de la marque Bentley

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Bentley naît en Grande-Bretagne en 1919 sous l’impulsion de Walter Owen Bentley, ingénieur passionné par les moteurs performants et robustes. D’abord tournée vers la construction de voitures sportives capables de supporter les épreuves d’endurance, la marque forge rapidement sa réputation aux 24 Heures du Mans. Son histoire connaît ensuite plusieurs ruptures majeures : difficultés financières, rachat par Rolls-Royce, installation à Crewe, retour progressif à une identité sportive propre, puis renaissance sous le contrôle du groupe Volkswagen. Des premières 3 Litre au Continental GT, en passant par la R-Type Continental et le Bentayga, Bentley a ainsi évolué d’un petit constructeur indépendant vers une marque mondiale de voitures de grand luxe et de haute performance.

1919 : W.O. Bentley fonde sa propre marque automobile

Walter Owen Bentley ne découvre pas la mécanique automobile en créant Bentley Motors. Avant la Première Guerre mondiale, il travaille avec son frère dans l’importation de voitures françaises DFP et s’intéresse déjà aux moyens d’améliorer leurs moteurs. Il expérimente notamment l’emploi de pistons en aluminium, plus légers que les pièces en fonte alors courantes. Pendant le conflit, cette expérience l’amène à participer au développement de moteurs d’aviation, dont les Bentley Rotary BR1 et BR2.

À la fin de la guerre, W.O. Bentley veut appliquer cette culture de la performance et de la fiabilité à sa propre automobile. Bentley considère officiellement le 10 juillet 1919 comme sa date de fondation, même si l’histoire juridique de la première société comporte plusieurs étapes au cours de cette même année. Les premiers travaux sont réalisés à Londres avant que la production ne s’installe à Cricklewood, dans le nord de la capitale britannique.

La première voiture de série, la Bentley 3 Litre, commence à être livrée en 1921. Elle traduit immédiatement les priorités de son créateur : moteur moderne, construction robuste et capacité à maintenir une vitesse élevée sur de longues distances. Bentley ne naît donc pas comme une marque uniquement tournée vers le prestige. Son positionnement initial repose d’abord sur l’ingénierie et les performances, auxquelles s’ajoute progressivement une clientèle fortunée attirée par ces qualités.

1923 : les 24 Heures du Mans construisent la réputation de Bentley

La compétition joue très tôt un rôle déterminant. Une Bentley participe dès la première édition des 24 Heures du Mans en 1923, où elle termine quatrième et signe le meilleur tour. L’année suivante, la marque remporte l’épreuve. Quatre autres victoires suivent en 1927, 1928, 1929 et 1930. En 1929, Bentley occupe même les quatre premières places à l’arrivée.

Cette domination contribue à installer durablement l’image d’une automobile rapide mais surtout capable de résister à un effort prolongé. Les pilotes et riches amateurs réunis sous le surnom de « Bentley Boys » participent également à cette notoriété. Parmi les modèles associés à cette période figurent la 3 Litre, la 4½ Litre et la Speed Six, victorieuse au Mans en 1929 et 1930.

Le succès sportif masque toutefois une situation financière fragile. La fabrication coûte cher et les volumes restent faibles. En 1926, l’homme d’affaires et pilote Woolf Barnato apporte des capitaux qui permettent à Bentley de poursuivre son activité. Il devient président de l’entreprise tandis que W.O. Bentley conserve un rôle essentiel dans l’ingénierie. Ce soutien prolonge l’âge d’or sportif de la marque, mais ne suffit pas à assurer durablement son indépendance.

1931 : Rolls-Royce rachète Bentley après ses difficultés financières

Les difficultés économiques de Bentley s’aggravent à la fin des années 1920, puis avec la crise économique internationale. En 1931, l’entreprise ne peut plus poursuivre son activité de manière indépendante. Elle est placée en situation de faillite avant d’être rachetée pour 125 275 livres par Rolls-Royce.

Ce rachat change profondément la trajectoire de Bentley. La production de Cricklewood s’arrête et la marque entre dans l’organisation industrielle de son nouveau propriétaire. La 3½ Litre lancée en 1933, souvent appelée « Derby Bentley » en référence à son lieu de fabrication, symbolise cette nouvelle période. Elle n’est pas simplement la continuation technique des voitures conçues auparavant par W.O. Bentley.

Sous Rolls-Royce, Bentley adopte progressivement un positionnement différent. La performance reste importante, mais elle est davantage associée au silence de fonctionnement, au confort et au raffinement. L’expression « Silent Sports Car » résume cette évolution : Bentley devient la branche plus sportive d’un ensemble industriel dominé par Rolls-Royce, tout en conservant son nom et une clientèle distincte.

1946 : Crewe devient le centre industriel de Bentley

La Seconde Guerre mondiale entraîne un nouveau déplacement majeur. Le site de Pyms Lane à Crewe avait été construit à partir de 1938 pour la production de moteurs aéronautiques. Après le conflit, Rolls-Royce y transfère sa production automobile. La Bentley Mark VI, lancée en 1946, devient la première Bentley produite à Crewe, ville qui reste depuis au cœur de l’activité de la marque.

La Mark VI représente aussi une évolution industrielle importante. Jusqu’alors, les automobiles de prestige britanniques étaient souvent vendues sous la forme d’un châssis que des carrossiers indépendants habillaient selon les demandes du client. Bentley propose désormais beaucoup plus largement une voiture complète dotée d’une carrosserie standard réalisée dans le cadre de la production du constructeur.

La R-Type Continental de 1952 redonne ensuite un relief particulier au nom Bentley. Conçue comme une grande routière rapide capable de parcourir de longues distances dans un haut niveau de confort, elle devient l’une des automobiles les plus marquantes de l’après-guerre pour la marque. Quelques années plus tard, le lancement de la S2 en 1959 introduit un moteur V8 dont les évolutions accompagneront Bentley pendant plusieurs décennies. En 1965, la T-Series adopte à son tour une structure monocoque, signe de la modernisation technique des voitures produites à Crewe.

Cette période comporte cependant une contrepartie : Bentley perd progressivement une partie de son identité propre. Plusieurs modèles deviennent techniquement et stylistiquement très proches des Rolls-Royce correspondantes. La marque subsiste, mais son caractère sportif distinctif est beaucoup moins visible qu’avant-guerre.

1980 : Vickers reprend Rolls-Royce Motor Cars et prépare la relance de Bentley

Après les difficultés du groupe Rolls-Royce au début des années 1970, les activités automobiles sont séparées des activités aéronautiques. En 1980, le groupe industriel Vickers acquiert Rolls-Royce Motor Cars, dont Bentley fait partie. Cette nouvelle période est décisive car le propriétaire choisit de redonner à Bentley un caractère plus affirmé plutôt que de la laisser dans l’ombre de Rolls-Royce.

Le Mulsanne Turbo lancé en 1982 marque clairement cette orientation. Grâce à la suralimentation de son V8, il remet les performances au premier plan. Le Turbo R de 1985 poursuit cette évolution en accordant davantage d’importance au comportement routier. Le résultat est aussi commercial : alors que les Bentley représentent moins de 5 % de la production commune au début des années 1980, elles dépassent la moitié à la fin de la décennie.

Le Continental R présenté en 1991 confirme cette reconquête d’identité. Ce grand coupé possède une silhouette spécifiquement Bentley et ne se contente plus d’être une déclinaison directe d’une Rolls-Royce existante. Au moment où l’industrie automobile de prestige britannique entre dans une nouvelle phase de consolidation, Bentley a donc déjà retrouvé une personnalité suffisamment forte pour préparer sa séparation future d’avec Rolls-Royce.

1998 : Volkswagen rachète Bentley et la séparation avec Rolls-Royce commence

En 1998, Vickers vend Rolls-Royce Motor Cars au groupe Volkswagen. L’opération est complexe, car les droits sur le nom Rolls-Royce ne suivent pas entièrement les actifs industriels. Volkswagen obtient notamment Bentley, l’usine de Crewe et le droit temporaire d’utiliser la marque Rolls-Royce pour les automobiles, tandis que BMW obtient les droits qui lui permettront d’exploiter durablement le nom Rolls-Royce dans l’automobile.

Cette période de transition s’achève à la fin de 2002. À partir du 1er janvier 2003, Rolls-Royce Motor Cars poursuit son histoire sous le contrôle de BMW depuis son nouveau site de Goodwood, tandis que Bentley reste chez Volkswagen à Crewe. Les deux marques, réunies industriellement depuis 1931, prennent alors des chemins définitivement séparés.

Pour Bentley, le changement dépasse la question de la propriété. Volkswagen investit massivement dans l’usine, le développement de nouveaux véhicules et l’internationalisation de la marque. L’objectif n’est plus seulement de préserver Bentley comme constructeur de très petite série, mais de bâtir une entreprise capable d’augmenter fortement ses volumes tout en restant positionnée dans le très haut de gamme.

2003 : le Continental GT ouvre la renaissance moderne de Bentley

Le Continental GT lancé en 2003 devient le modèle déterminant de cette transformation. Première Bentley entièrement nouvelle de l’ère Volkswagen, il associe les codes traditionnels du grand tourisme britannique à une architecture et à des moyens industriels adaptés à une production nettement plus importante. Son moteur W12 biturbo et sa transmission intégrale participent à construire la nouvelle identité technique de la marque.

Surtout, le Continental GT change l’échelle de Bentley. Alors que la production annuelle était auparavant inférieure au millier de voitures, la marque peut désormais atteindre plusieurs milliers d’exemplaires par an et conquérir de nouveaux marchés. Elle reste positionnée au sommet du marché, mais n’est plus confinée aux volumes extrêmement réduits qui avaient longtemps limité son développement.

La même année, Bentley renoue également avec l’un des symboles les plus forts de son histoire. Après son retour aux 24 Heures du Mans en 2001, la marque remporte l’épreuve en 2003 avec la Speed 8. Cette sixième victoire, plus de soixante-dix ans après celle de 1930, accompagne de manière particulièrement cohérente la relance engagée sous Volkswagen sans pour autant transformer la compétition en activité permanente de la gamme.

2015 : le Bentayga fait entrer Bentley sur le marché des SUV

La présentation du Bentayga en 2015 constitue un autre changement de dimension. Pour la première fois, Bentley commercialise un SUV. Le choix peut sembler éloigné des grandes berlines et des coupés qui avaient construit son histoire, mais il répond à l’évolution rapide du marché mondial du luxe automobile.

Le Bentayga élargit considérablement le terrain commercial de Bentley et devient l’un des piliers de son activité. Son importance historique vient moins de ses caractéristiques techniques que de ce changement de catégorie : après avoir modernisé le grand tourisme avec le Continental GT, Bentley étend désormais son interprétation du luxe et de la performance à un type de véhicule dont la demande progresse fortement dans le monde.

2020 : Bentley engage sa transition vers l’électrification

En 2020, Bentley présente sa stratégie Beyond100 et annonce une transformation accélérée de ses motorisations. Le programme prévoit alors une gamme entièrement hybride rechargeable ou électrique à partir de 2026, puis un passage au tout-électrique en 2030. Cette feuille de route marque une rupture importante pour un constructeur dont l’histoire moderne était étroitement associée aux gros moteurs V8 et W12.

La transition devient concrète avec le développement des versions hybrides rechargeables et, surtout, avec l’arrêt du W12. Le dernier exemplaire de ce moteur est assemblé à Crewe le 23 juillet 2024 après plus de 100 000 unités produites depuis son apparition avec le Continental GT de 2003. Sa disparition clôt l’un des chapitres mécaniques les plus caractéristiques de l’ère Volkswagen.

Le calendrier initial du tout-électrique a cependant été assoupli. Bentley a repoussé son objectif d’abandon complet des motorisations thermiques et prévoit de conserver plus longtemps les hybrides rechargeables, ainsi que certaines motorisations à combustion. En 2026, la marque reste contrôlée par le groupe Volkswagen et continue de concevoir et produire ses voitures à Crewe. Elle prépare parallèlement sa première Bentley entièrement électrique, dont la présentation est annoncée pour 2026 et dont les premières livraisons doivent intervenir en 2027. Cette évolution ouvre une nouvelle phase de son histoire sans effacer immédiatement les technologies qui ont défini ses décennies précédentes.