
Fondée en Italie en 1978 par l’ingénieur mécanicien Ferruccio Covini, Covini Engineering s’est développée à l’écart des grands constructeurs, autour d’une activité de conception, de prototypage et d’expérimentation automobile. Son histoire est marquée par des véhicules produits en très petites quantités, par une longue recherche sur les performances des moteurs diesel puis, surtout, par la mise au point de la C6W à six roues. Cette démarche d’ingénierie expérimentale explique à la fois la notoriété singulière de Covini et le caractère artisanal qu’elle conserve encore aujourd’hui.
1978 : Ferruccio Covini fonde Covini Engineering en Italie
Covini Engineering naît en 1978 sous l’impulsion de Ferruccio Covini, ingénieur mécanicien et concepteur. L’entreprise ne se construit pas sur le modèle d’un constructeur automobile généraliste : son activité repose d’abord sur le développement de solutions mécaniques, de prototypes et de véhicules capables d’explorer des concepts techniques peu courants.
Cette orientation apparaît immédiatement avec le T44, également connu sous le nom de Soleado. Présenté à la fin des années 1970, ce 4×4 turbodiesel se distingue notamment par une carrosserie composée de panneaux plats, modulaires et interchangeables. Le projet illustre déjà une constante de l’entreprise : utiliser l’automobile comme terrain d’expérimentation plutôt que chercher d’emblée une production de masse.
1980 : le projet T44 est cédé à VM Motori
Le premier projet important de Covini connaît un tournant en 1980 lorsque les brevets et le prototype du T44 sont rachetés par VM Motori pour le compte de Finmeccanica. Cette opération ne correspond pas à un rachat de Covini Engineering elle-même, mais au transfert d’un programme technique développé par la jeune société.
Le T44 ne débouche finalement pas sur une industrialisation à grande échelle. L’épisode reste néanmoins important dans l’histoire de Covini, car il montre dès ses débuts la capacité de son bureau d’études à produire des concepts suffisamment aboutis pour susciter l’intérêt d’acteurs industriels établis. Après cette expérience dans le tout-terrain, Ferruccio Covini oriente davantage ses recherches vers les performances routières.
1981 : la B24 Turbocooler impose le diesel sportif
En 1981, Covini présente à Genève la B24 Turbocooler, également associée au nom Sirio. Le véhicule sert en grande partie de laboratoire roulant et permet à l’entreprise de travailler sur des solutions destinées à améliorer les performances et le refroidissement d’un moteur diesel turbocompressé, notamment grâce à un échangeur air-eau.
La B24 franchit selon Covini la barre des 200 km/h, une performance particulièrement inhabituelle pour une automobile diesel de cette période. Environ neuf exemplaires auraient été construits, principalement pour le marché américain. Plus que son volume de production, très limité, c’est son rôle technique qui compte : la B24 installe durablement Covini parmi les petits constructeurs et bureaux d’ingénierie qui cherchent à démontrer que le diesel peut aussi être associé à une automobile rapide.
1985 : la T40 Summit prolonge les recherches sur la haute performance diesel
Avec la T40 Summit, dévoilée au milieu des années 1980, Covini poursuit la voie ouverte par ses premiers prototypes sportifs. Le modèle, issu des travaux réalisés autour de la T46, reçoit un moteur VM Motori et exploite notamment un dispositif d’overboost destiné à augmenter temporairement les performances.
Cette période confirme la spécialisation de Covini dans des projets que les grands constructeurs explorent alors avec prudence. L’entreprise ne cherche toujours pas à développer une gamme conventionnelle : chaque nouvelle voiture sert surtout à tester une architecture, une technologie ou une manière différente d’obtenir des performances élevées. Ce choix explique l’absence de volumes industriels importants, mais aussi la continuité technique qui relie les créations de Ferruccio Covini.
1998 : la C36 Turbotronic explore le potentiel du diesel common rail
La C36 Turbotronic marque une nouvelle étape lors de sa présentation au Salon de Turin en 1998. Covini s’intéresse cette fois au diesel common rail, technologie alors récente, et l’intègre dans une grande routière sportive expérimentale. La C36 est annoncée capable d’atteindre 300 km/h, ce qui traduit l’ambition du projet plus que la recherche d’un débouché commercial classique.
Cette voiture résume l’évolution suivie pendant près de vingt ans : après avoir travaillé sur le turbodiesel et ses systèmes de refroidissement ou de suralimentation, Covini tente d’exploiter une nouvelle génération d’injection pour repousser encore les limites du moteur diesel. La C36 constitue cependant aussi la fin de cette phase historique. La création qui va ensuite donner à la marque sa plus grande visibilité repose sur une idée très différente : multiplier les roues avant.
2003 : la C6W fait de la voiture à six roues le nouveau projet central
Au début des années 2000, Covini remet au premier plan un concept de voiture à six roues étudié depuis longtemps par Ferruccio Covini. La C6W est présentée en 2003 puis développée au cours des années suivantes. Sa configuration devient immédiatement l’élément le plus reconnaissable de toute l’histoire de l’entreprise : elle possède quatre roues directrices à l’avant réparties sur deux essieux, complétées par deux roues arrière.
Ce choix ne relève pas seulement d’un exercice de style. Le projet vise notamment à répartir différemment les efforts au freinage et à améliorer le comportement du train avant grâce à quatre surfaces de contact plutôt que deux. La C6W transforme ainsi l’image de Covini. Jusque-là surtout connue des amateurs de prototypes diesel, l’entreprise se fait désormais identifier à une supercar dont l’architecture suffit à la distinguer visuellement de la quasi-totalité des voitures contemporaines.
2010 : la C6W atteint le stade d’une version destinée à la production
Après plusieurs années de développement, Covini présente en 2010 à Bologne une version décrite comme destinée à la production. Le projet abandonne alors le terrain du simple concept pour se rapprocher d’une automobile susceptible d’être construite en très petite série. Cette C6W utilise notamment un V8 de 4,2 litres provenant d’Audi, une solution permettant à la petite structure italienne de concentrer ses moyens sur le châssis, l’architecture à six roues et la mise au point générale du véhicule.
La C6W ne devient toutefois jamais une automobile produite à grande échelle. Son histoire reste celle d’un programme artisanal long et complexe, développé avec des moyens sans commune mesure avec ceux d’un grand constructeur. Il faut donc distinguer les annonces de mise en production de l’existence d’une véritable fabrication industrielle : les sources disponibles permettent surtout de parler de prototypes évolués et d’une production extrêmement limitée.
2019 : le retour public de la C6W confirme la continuité du projet
En 2019, la C6W réapparaît au Salon de l’Auto Parco Valentino de Turin, où deux exemplaires participent aux manifestations organisées autour de l’événement. Cette présence montre que, plus de quinze ans après sa première présentation, le projet reste actif et continue de représenter Covini Engineering auprès du public.
La longévité inhabituelle de la C6W reflète la situation particulière de l’entreprise. Covini Engineering existe toujours à Castel San Giovanni, dans la province de Piacenza, mais demeure une structure artisanale spécialisée dans le développement de prototypes plutôt qu’un constructeur disposant d’une chaîne de production importante. La société indique poursuivre le projet C6W tout en recherchant une entreprise capable d’en reprendre le développement industriel, ses propres capacités de production ne lui permettant pas de franchir seule cette étape. L’histoire de Covini Engineering reste ainsi liée à une même logique depuis 1978 : concevoir des automobiles expérimentales originales, parfois très avancées techniquement, sans se transformer en constructeur de grande série.
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