
ASA est une petite marque automobile italienne née au début des années 1960 autour d’un projet particulièrement ambitieux : transformer une étude de petite sportive développée chez Ferrari en une véritable voiture de série. Soutenue par la famille industrielle De Nora et entourée de techniciens et de stylistes de premier plan, la jeune entreprise milanaise s’est surtout fait connaître grâce à la 1000 GT. Son existence commerciale fut toutefois très brève, entre une industrialisation difficile, des ventes limitées et des tentatives de promotion par la compétition.
1958 : Ferrari développe le projet qui donnera naissance à ASA
L’origine d’ASA précède la création officielle de la marque. À la fin des années 1950, Ferrari travaille sur une petite voiture de sport expérimentale, connue sous le surnom de « Ferrarina ». Le projet repose sur une idée inhabituelle pour le constructeur de Maranello : proposer une GT compacte à quatre cylindres, bien plus accessible dans son architecture que les prestigieuses Ferrari à moteur V12.
Le développement technique est notamment associé à Giotto Bizzarrini, alors ingénieur chez Ferrari. La voiture adopte les principes d’une sportive légère avec un châssis tubulaire et un moteur de faible cylindrée dérivé du savoir-faire acquis sur les mécaniques de la marque. Ferrari ne donnera finalement pas de suite industrielle directe à ce programme, mais celui-ci fournit la base technique sur laquelle ASA va se construire.
1961 : la Bertone Mille donne une forme définitive au projet
Le projet prend une dimension publique au Salon de Turin de 1961 avec la présentation de la Bertone Mille. Le prototype associe la mécanique issue des travaux de Ferrari à une carrosserie dessinée par le jeune Giorgetto Giugiaro pour Bertone. Ses proportions compactes et son allure de véritable grand tourisme fixent déjà l’essentiel de l’identité du futur modèle de série.
Cette présentation montre qu’il existe une possibilité de faire vivre le projet hors de Ferrari. Il reste cependant à trouver une structure industrielle capable de l’acheter, de le produire et de le commercialiser.
1962 : la famille De Nora fonde ASA à Milan
En 1962, la famille De Nora, issue du monde industriel italien, acquiert les droits nécessaires pour exploiter le projet. Elle crée Autocostruzioni Società per Azioni, plus connue sous les initiales ASA, et installe l’activité à Lambrate, dans la région de Milan. L’objectif est clair : transformer la petite GT expérimentale en automobile de série sous une marque indépendante.
La voiture apparaît au Salon de Turin de 1962 sous le nom d’ASA 1000 GT. Elle conserve les éléments qui avaient rendu le projet singulier : une mécanique compacte, un châssis élaboré avec l’expérience de Bizzarrini et une ligne issue du travail de Bertone et Giugiaro. ASA se positionne ainsi sur un créneau étroit, celui d’une petite GT italienne sophistiquée produite à faible volume.
1964 : la 1000 GT entre réellement en production
Le passage du prototype à la production se révèle plus difficile que prévu. L’industrialisation prend du retard et la fabrication de la 1000 GT ne démarre véritablement qu’en 1964. Ce décalage fragilise une entreprise qui dispose de moyens beaucoup plus limités que les grands constructeurs et qui doit amortir une voiture techniquement élaborée sur de très petites séries.
ASA cherche aussi des débouchés à l’étranger. Aux États-Unis, la distribution s’appuie notamment sur Luigi Chinetti, figure importante de l’importation de Ferrari en Amérique. Ce marché devait offrir à la petite marque italienne une clientèle sensible aux voitures de sport européennes. Mais la 1000 GT reste chère au regard de sa taille et de ses performances, ce qui limite fortement son potentiel commercial.
1965 : la 411 conduit ASA vers la compétition
Face aux difficultés rencontrées par la 1000 GT, ASA tente de renforcer son image sportive. La 411 apparaît comme une évolution plus légère et plus puissante destinée à la compétition. Sa carrosserie fait davantage appel à l’aluminium et sa mécanique est développée pour offrir de meilleures performances.
L’engagement dans des épreuves comme la Targa Florio doit apporter à ASA une visibilité que ses faibles volumes de production ne permettent pas d’obtenir par les moyens commerciaux traditionnels. Cette orientation confirme les ambitions techniques de la marque, mais elle ne suffit pas à résoudre le problème essentiel : le nombre de voitures vendues demeure trop faible pour assurer durablement la viabilité de l’entreprise.
1966 : Le Mans accompagne les dernières ambitions sportives
ASA poursuit encore son effort en compétition en 1966 avec la RB613, engagée notamment aux 24 Heures du Mans. Ce prototype témoigne d’une volonté de faire évoluer la marque au-delà de la seule 1000 GT et de construire une réputation grâce aux grandes épreuves d’endurance.
Les résultats ne permettent cependant pas d’inverser la tendance. Les voitures engagées au Mans n’atteignent pas l’arrivée et, parallèlement, les difficultés financières deviennent de plus en plus lourdes. Pour une société aussi petite, le développement de voitures de route, la compétition et une production artisanale coûteuse représentent une charge impossible à soutenir sans volumes de vente suffisants.
1967 : ASA cesse son activité après une production très limitée
ASA ferme officiellement ses portes en 1967. La 1000 GT, qui devait assurer le développement de la marque, n’a été produite qu’en quantité extrêmement réduite, les estimations couramment retenues restant inférieures à une centaine d’exemplaires. Quelques variantes, dont le rare Spider, n’ont pas davantage permis d’élargir suffisamment la clientèle.
La disparition d’ASA intervient donc seulement quelques années après sa création. Aucun rachat ni relance industrielle durable n’a ensuite rétabli la marque comme constructeur automobile actif. ASA reste aujourd’hui associée à cette courte période de l’industrie italienne durant laquelle un projet technique né chez Ferrari a été transformé en une GT indépendante, puis prolongé brièvement en compétition avant que les contraintes économiques ne mettent fin à l’aventure.
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