
ATS est une marque automobile italienne née en 1962 dans la région de Bologne, dans un contexte directement lié à la crise interne qui vient de secouer Ferrari. Réunissant des ingénieurs et responsables expérimentés comme Carlo Chiti, Giotto Bizzarrini et Romolo Tavoni, soutenus par plusieurs investisseurs, Automobili Turismo e Sport veut alors mener de front deux ambitions particulièrement élevées : construire une monoplace de Formule 1 et développer une voiture de grand tourisme capable de rivaliser avec les meilleures sportives italiennes. Cette double offensive donne naissance à la Tipo 100 et à la 2500 GT, mais l’aventure industrielle initiale ne dure que quelques années avant de s’interrompre, puis de connaître une relance plusieurs décennies plus tard.
1962 : ATS naît autour d’anciens cadres et ingénieurs de Ferrari
La création d’ATS intervient après le départ de plusieurs personnalités importantes de Ferrari. Carlo Chiti, ingénieur spécialisé dans les moteurs et les voitures de compétition, Giotto Bizzarrini, figure majeure du développement technique, et Romolo Tavoni, ancien responsable de la Scuderia, font partie du noyau qui donne au nouveau projet une crédibilité immédiate. Ils sont accompagnés par des investisseurs parmi lesquels figurent Giorgio Billi, Giovanni Volpi et Jaime Ortiz Patiño. Selon les sources, la répartition exacte des rôles de « fondateur » varie, mais ATS est clairement le produit de cette association entre compétences techniques issues de Maranello et capitaux privés.
L’objectif dépasse la création d’un simple atelier de voitures sportives. ATS, pour Automobili Turismo e Sport, entend construire à la fois des automobiles routières de haut niveau et des voitures de course. La marque se place donc d’emblée sur le terrain de son ancien employeur et concurrent, avec l’ambition de démontrer qu’une nouvelle équipe italienne peut combiner innovation technique, prestige et compétition internationale.
1962 : la Tipo 100 concrétise l’ambition de courir en Formule 1
La première traduction visible de cette stratégie est la Tipo 100, présentée à la fin de 1962. La monoplace est conçue autour d’un V8 de 1,5 litre développé sous la direction de Carlo Chiti, conformément au règlement de la Formule 1 de l’époque. Pour une entreprise qui vient à peine d’être créée, concevoir simultanément un châssis et son propre moteur constitue un programme particulièrement exigeant.
Cette monoplace est importante dans l’histoire d’ATS car elle montre que la compétition n’est pas un simple outil publicitaire ajouté à une activité routière. Elle fait partie du projet originel. Le constructeur cherche à s’imposer directement au plus haut niveau du sport automobile, sans passer par une longue phase d’apprentissage dans des catégories inférieures.
1963 : la 2500 GT donne une dimension routière au projet ATS
En mars 1963, ATS présente au Salon de Genève la 2500 GT, qui devient la voiture la plus représentative de la marque historique. Son dessin est confié à Franco Scaglione, tandis que sa conception adopte une architecture à moteur central, encore inhabituelle pour une GT destinée à la route au début des années 1960. Ce choix rapproche directement la voiture des solutions alors utilisées en compétition et traduit la volonté d’ATS de construire une automobile techniquement avancée plutôt qu’une simple rivale stylistique des coupés italiens existants.
La 2500 GT ne sera produite qu’en quantité extrêmement limitée. Le nombre exact d’exemplaires varie selon les sources et selon que l’on comptabilise les voitures achevées ou certains châssis. Cette rareté n’enlève rien à son importance historique : elle constitue le principal témoignage de ce qu’ATS voulait devenir comme constructeur routier. Une version plus poussée, la 2500 GTS, prolonge la même idée sans transformer la marque en producteur de série.
1963 : la campagne de Formule 1 révèle les limites du jeune constructeur
ATS engage la Tipo 100 en Championnat du monde de Formule 1 en 1963 avec Phil Hill et Giancarlo Baghetti. Le choix de pilotes expérimentés souligne l’ambition du programme, mais les débuts au Grand Prix de Belgique sont difficiles : les deux voitures abandonnent. Les autres participations de la saison ne permettent pas à l’équipe de se rapprocher durablement des meilleures monoplaces du plateau.
ATS dispute cinq Grands Prix de championnat au cours de cette campagne. Son meilleur résultat est une onzième place obtenue par Phil Hill à Monza, sans point inscrit. Plus que le classement lui-même, c’est l’écart entre les ambitions de départ et les moyens réellement disponibles qui devient déterminant. Développer en parallèle une Formule 1 complète et une GT routière exige des ressources considérables, alors que la jeune société ne dispose ni du temps ni de la structure industrielle nécessaires pour stabiliser ses deux programmes.
1964 : les difficultés financières mettent fin à la première aventure ATS
À partir de la fin de 1963, le projet se fragilise rapidement. Le manque de résultats en compétition, les coûts de développement et le retrait de certains soutiens financiers réduisent fortement les perspectives de la société. Le programme officiel de Formule 1 est abandonné après sa première saison, même si une Tipo 100 réapparaît encore à titre privé au Grand Prix d’Italie 1964.
L’activité automobile d’ATS cesse peu après, au milieu des années 1960. La marque n’a donc jamais atteint le stade de constructeur installé qu’espéraient ses créateurs. Son histoire initiale reste cependant singulière : en très peu de temps, elle a conçu une monoplace de Grand Prix, son propre moteur et une GT à moteur central. Giotto Bizzarrini poursuivra ensuite sa carrière dans d’autres projets automobiles, notamment sous son propre nom, Bizzarrini, tandis qu’ATS disparaît du paysage industriel pendant plusieurs décennies.
2012 : le nom ATS réapparaît après plusieurs décennies d’absence
Au début des années 2010, de nouveaux entrepreneurs entreprennent de faire revivre le nom Automobili Turismo e Sport. Cette initiative ne constitue pas une continuité industrielle avec l’entreprise des années 1960 : il s’agit d’une relance de la marque, fondée sur son identité historique et sur la notoriété acquise par la 2500 GT. Des projets de voitures sportives apparaissent à partir de 2012 avec l’intention de replacer ATS parmi les constructeurs italiens spécialisés dans les automobiles de très petite série.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la trajectoire de la marque. ATS n’a pas traversé les décennies sous une même structure juridique et industrielle. Entre la disparition de l’entreprise historique et sa réapparition moderne, il existe une longue interruption, puis une récupération du nom et de son héritage automobile par une nouvelle organisation.
2017 : l’ATS GT devient le symbole de la relance moderne
La relance prend une forme plus concrète en 2017 avec la présentation de l’ATS GT. Cette supercar est pensée comme une héritière contemporaine de la 2500 GT et reprend ainsi le principe qui avait défini ATS dès ses débuts : proposer une sportive italienne exclusive produite en volumes très limités. Elle ne cherche pas à reproduire techniquement le modèle de 1963, mais à rétablir un lien identifiable entre la marque moderne et sa brève période historique.
ATS Automobili conserve aujourd’hui une présence officielle en Italie et se présente comme un constructeur de voitures exclusives. La situation actuelle doit néanmoins être distinguée de celle de l’entreprise fondée en 1962 : l’ATS originelle a cessé son activité au milieu des années 1960, tandis que la structure contemporaine exploite un nom et un héritage relancés plusieurs décennies plus tard.
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