
Daewoo est née en Corée du Sud dans le sillage du développement spectaculaire de l’industrie nationale de l’après-guerre. Le nom apparaît d’abord en 1967 avec le groupe fondé par Kim Woo-choong, avant de s’imposer dans l’automobile au tournant des années 1980. Longtemps liée à General Motors, la marque cherche ensuite à devenir un constructeur mondial indépendant et lance dans les années 1990 plusieurs modèles conçus pour les marchés internationaux, dont la Matiz. Cette expansion très rapide contribue cependant à fragiliser le groupe. Après la crise financière asiatique et l’effondrement de Daewoo, les principales activités automobiles sont reprises par GM en 2002, puis le nom disparaît progressivement des voitures particulières au profit de Chevrolet.
1937 : les racines industrielles de la future Daewoo Motor apparaissent en Corée
L’histoire automobile de Daewoo commence en réalité avant l’existence du groupe portant ce nom. La filiation industrielle généralement retenue remonte à National Motor, créée en Corée en 1937. L’entreprise change ensuite de forme et de propriétaire à plusieurs reprises. Au début des années 1960, Saenara Motor produit notamment des automobiles sous licence, puis Shinjin Motor prend le relais en 1965.
Cette période constitue la préhistoire de Daewoo Motor plutôt que la naissance de la marque elle-même. Elle est néanmoins importante, car les installations, les compétences industrielles et les partenariats développés au fil de ces sociétés formeront le socle de l’activité automobile que Daewoo reprendra plus tard. Il serait donc inexact d’affirmer que Daewoo a été fondée comme marque automobile en 1937 : cette date correspond seulement au début de la lignée industrielle qui aboutira plusieurs décennies plus tard à Daewoo Motor.
1967 : Kim Woo-choong fonde le groupe Daewoo
Le véritable nom Daewoo apparaît en 1967, lorsque l’entrepreneur sud-coréen Kim Woo-choong fonde une société spécialisée à l’origine dans le textile et le commerce. L’entreprise profite de la politique d’industrialisation accélérée menée alors en Corée du Sud et se diversifie rapidement. Elle devient progressivement un vaste conglomérat, ou chaebol, présent dans de nombreux secteurs bien au-delà de l’automobile.
Cette distinction est essentielle pour comprendre l’histoire de la marque. Kim Woo-choong ne crée pas directement un constructeur automobile en 1967. Daewoo entre dans ce secteur plus tard, en prenant le contrôle d’une activité déjà existante. La croissance du groupe repose alors sur une stratégie d’expansion très ambitieuse, qui lui permettra de devenir l’un des grands acteurs industriels sud-coréens mais qui pèsera également lourd dans ses difficultés futures.
1978 : Daewoo entre dans l’industrie automobile aux côtés de General Motors
La branche automobile issue de Shinjin s’est entre-temps rapprochée de General Motors au début des années 1970. Après plusieurs réorganisations, l’entreprise prend le nom de Saehan Motor en 1976. En 1978, Daewoo acquiert la participation détenue par la Korea Development Bank dans cette société commune avec le groupe américain. C’est à ce moment que le conglomérat fondé par Kim Woo-choong devient réellement un acteur de l’automobile.
Le partenariat avec GM structure profondément cette première période. Daewoo bénéficie de technologies, de plateformes et de modèles issus du groupe américain, notamment de sa filiale européenne Opel. Cette coopération permet au constructeur coréen de développer rapidement sa production sans devoir créer immédiatement l’ensemble de ses véhicules à partir d’une feuille blanche.
Au début de 1983, Saehan prend le nom de Daewoo Motor. La marque automobile Daewoo est désormais clairement constituée. Dans les années qui suivent, elle se développe en Corée du Sud et commence à étendre sa présence internationale, tout en restant technologiquement très liée à General Motors.
1992 : la rupture avec GM ouvre une période d’indépendance et d’expansion mondiale
Un tournant décisif intervient en 1992 lorsque General Motors cède sa participation dans Daewoo Motor. Le constructeur coréen se retrouve alors maître de sa stratégie et cherche à s’affranchir de la dépendance qui avait marqué ses premières décennies. Pour Kim Woo-choong, l’objectif n’est plus seulement d’être un grand constructeur national : Daewoo doit devenir une marque automobile mondiale.
Cette ambition entraîne de lourds investissements dans le développement produit, l’ingénierie et le design. Daewoo renforce notamment ses capacités techniques en Europe afin de concevoir plus rapidement des voitures adaptées aux marchés internationaux. Dans le même temps, le groupe multiplie les implantations et les acquisitions à l’étranger. Cette internationalisation accélérée distingue fortement Daewoo des débuts plus prudents de son activité automobile.
La stratégie atteint une forme d’aboutissement en 1997 avec l’arrivée presque simultanée des Lanos, Nubira et Leganza. Ces trois modèles ne sont pas importants parce qu’ils constituent simplement de nouvelles références au catalogue, mais parce qu’ils représentent la volonté de Daewoo de renouveler une large partie de sa gamme sous sa propre direction technique. La marque cherche désormais à construire une identité indépendante plutôt qu’à apparaître comme un simple prolongement asiatique de GM.
1998 : la Matiz devient le symbole international de Daewoo
En 1998, Daewoo lance la Matiz, qui devient rapidement le modèle le plus identifiable de son histoire. Cette petite citadine est issue d’un projet développé par Italdesign à partir du concept Lucciola présenté quelques années plus tôt. Son format très compact, associé à une carrosserie cinq portes particulièrement pratique pour une voiture de cette taille, correspond parfaitement à la demande de nombreux marchés urbains.
La Matiz arrive au moment où Daewoo cherche à imposer son nom hors de Corée. Contrairement à certains modèles antérieurs plus directement associés à des bases techniques étrangères, elle contribue à donner à la marque une personnalité immédiatement reconnaissable. Elle rencontre un succès durable et restera, pour une grande partie du public européen, la voiture qui incarne le mieux Daewoo.
La même année, le groupe poursuit pourtant son expansion en prenant notamment le contrôle de SsangYong. Cette acquisition intervient alors que la crise financière asiatique a déjà profondément déstabilisé l’économie sud-coréenne. Elle illustre le paradoxe de Daewoo à la fin des années 1990 : la marque automobile gagne en visibilité et possède enfin une gamme internationale cohérente, tandis que son groupe propriétaire continue à s’endetter pour soutenir une croissance devenue de plus en plus difficile à financer.
1999 : l’expansion excessive précipite l’effondrement du groupe Daewoo
La crise financière asiatique déclenchée en 1997 fragilise fortement les grands conglomérats sud-coréens, mais elle ne suffit pas à expliquer à elle seule la chute de Daewoo. Le groupe s’était développé à un rythme extrêmement rapide, en s’appuyant largement sur l’endettement et sur de multiples acquisitions. Lorsque les conditions de crédit se durcissent, cette stratégie devient impossible à soutenir.
En 1999, Daewoo connaît une grave crise de liquidité et plusieurs sociétés du groupe passent sous le contrôle de leurs créanciers. L’empire industriel constitué par Kim Woo-choong commence alors à être démantelé. Daewoo Motor poursuit encore son activité, mais sa situation financière ne peut être isolée de celle du reste du conglomérat. En novembre 2000, le constructeur automobile entre à son tour dans une procédure d’insolvabilité en Corée du Sud.
La chute est d’autant plus marquante que Daewoo venait d’accomplir en quelques années ce que la marque recherchait depuis son indépendance : disposer de modèles propres, d’un réseau international et d’une reconnaissance mondiale. Ses difficultés ne proviennent donc pas d’une absence totale de réussite commerciale ou industrielle, mais principalement d’une structure financière fragilisée par une expansion beaucoup trop rapide.
2002 : General Motors reprend les principaux actifs de Daewoo Motor
Après de longues négociations, General Motors reprend en 2002 une partie essentielle des activités automobiles de Daewoo. L’opération est parfois résumée comme un simple « rachat de Daewoo par GM », mais la réalité est plus précise : le groupe américain ne reprend pas l’intégralité de l’ancien conglomérat. Des actifs automobiles sélectionnés sont transférés dans une nouvelle société baptisée GM Daewoo Auto & Technology, contrôlée par General Motors.
Cette nouvelle structure conserve une partie importante des capacités de conception, d’ingénierie et de production développées par Daewoo Motor. L’ancien constructeur indépendant disparaît donc en tant que tel, mais son appareil industriel ne s’éteint pas. Il devient au contraire une composante importante du dispositif mondial de GM, particulièrement pour le développement et la fabrication de petites et moyennes voitures.
Certains modèles issus de Daewoo commencent alors à être commercialisés sous d’autres marques du groupe selon les marchés. En Europe, le nom Daewoo s’efface progressivement au profit de Chevrolet. Cette évolution transforme profondément la visibilité de la marque : ses voitures continuent pour certaines à évoluer techniquement au sein du groupe américain, mais l’identité commerciale Daewoo perd peu à peu sa raison d’être.
2011 : GM Daewoo devient GM Korea et le nom disparaît des voitures particulières
En mars 2011, GM Daewoo Auto & Technology prend officiellement le nom de GM Korea. Sur le marché sud-coréen, les voitures particulières sont désormais commercialisées principalement sous la marque Chevrolet. Ce changement institutionnel marque la fin la plus claire de Daewoo comme marque automobile de grande diffusion.
La disparition du badge Daewoo ne signifie toutefois pas la disparition de tout ce que le constructeur avait construit. Les usines, les équipes d’ingénierie et une partie du savoir-faire accumulé depuis les décennies précédentes restent intégrés à General Motors en Corée. L’histoire automobile de Daewoo se prolonge donc indirectement dans GM Korea, mais sans retour du nom sur une gamme de voitures particulières.
Une branche distincte liée aux véhicules industriels a suivi une autre trajectoire. L’activité de camions a été reprise par le groupe indien Tata et a donné naissance à Tata Daewoo Commercial Vehicles, devenue Tata Daewoo Mobility en 2024. Il s’agit cependant d’une société séparée de l’ancienne Daewoo Motor et non d’une relance de la marque de voitures particulières. Aujourd’hui, Daewoo appartient donc surtout à l’histoire de l’automobile coréenne : celle d’un constructeur passé en quelques décennies d’un partenariat industriel avec GM à une ambitieuse expansion mondiale, avant d’être absorbé par le groupe avec lequel son aventure automobile avait largement commencé.
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