Histoire de la marque Ginetta

ginetta

Ginetta est née en Angleterre à la fin des années 1950 autour des quatre frères Walklett, Bob, Douglas, Ivor et Trevers. Partie d’une petite activité familiale d’ingénierie dans le Suffolk, la marque s’est spécialisée dans des voitures de sport légères, simples et étroitement liées à la compétition. Son histoire alterne premiers succès avec les G4 et G15, difficultés liées au déclin du marché des voitures en kit, changements de propriétaires, restructurations financières puis profonde relance après son rachat par Lawrence Tomlinson en 2005. Ginetta s’est depuis affirmée comme un constructeur de voitures de course, tout en conservant une activité routière à très faible volume.

1958 : les frères Walklett fondent Ginetta

L’origine de Ginetta se trouve à Woodbridge, dans le Suffolk, où les quatre frères Walklett travaillent dans l’entreprise familiale d’ingénierie tout en cultivant une forte passion pour le sport automobile. Avant même la création officielle de la marque, Ivor Walklett construit une voiture spéciale à partir d’éléments provenant notamment d’une Wolseley Hornet. Cette automobile sera plus tard désignée comme la Ginetta G1, mais elle n’est pas encore un modèle commercial au sens classique.

Le véritable démarrage intervient en 1958 avec la G2, une petite sportive vendue à des amateurs souhaitant disposer d’une voiture légère et abordable, notamment pour la compétition. Ginetta appartient alors pleinement à la culture britannique des « specials » et des kit cars : plutôt que de développer seule chaque composant mécanique, l’entreprise associe un châssis de sa conception à des organes provenant de constructeurs établis.

Cette formule réduit les coûts et correspond parfaitement aux compétences des Walklett. Ginetta n’est encore qu’une petite structure artisanale, mais les bases de son identité sont déjà présentes : poids contenu, architecture simple, proximité avec la course et recherche de performances obtenues davantage par l’efficacité du châssis que par la puissance brute.

1960 : la G4 transforme Ginetta en véritable constructeur spécialisé

La Ginetta G4, développée à la fin de 1960 puis présentée publiquement au début de 1961, marque le premier grand tournant de l’entreprise. Avec son châssis tubulaire, sa carrosserie légère et sa capacité à être utilisée aussi bien sur route qu’en compétition, elle rencontre un succès bien supérieur aux premières réalisations de la famille.

Ce modèle donne aux frères Walklett suffisamment de confiance pour faire de l’automobile leur activité principale. Au début des années 1960, Ginetta quitte Woodbridge pour s’installer à Witham, dans l’Essex, signe d’une entreprise qui dépasse progressivement le stade de l’atelier familial. La G4 devient également l’une des voitures les plus durablement associées au nom Ginetta, grâce à une carrière qui connaîtra plusieurs prolongements et réinterprétations.

Cette première expansion ne transforme toutefois pas Ginetta en constructeur de grande série. La société conserve une organisation légère et produit des voitures en faibles volumes, souvent autour de mécaniques provenant de marques plus importantes. Cette souplesse lui permet d’expérimenter rapidement de nouvelles formules sans supporter les coûts industriels d’un constructeur traditionnel.

1967 : les G12 et G15 installent la double identité sportive et routière

Au milieu des années 1960, Ginetta élargit ses ambitions. La G12, conçue autour d’une architecture à moteur central, est avant tout destinée à la compétition. Ses performances montrent que la petite entreprise britannique est capable de produire de véritables voitures de course efficaces et non plus seulement des sportives artisanales adaptées aux circuits.

Presque au même moment apparaît la G15, lancée à la charnière de 1967 et 1968. Cette petite sportive utilise notamment des éléments mécaniques issus de la Hillman Imp et rencontre un succès commercial important à l’échelle de Ginetta. Elle devient l’un des modèles routiers les plus représentatifs de la période Walklett.

La coexistence de la G12 et de la G15 résume alors la position originale de Ginetta. La compétition sert de laboratoire et de vitrine, tandis que des voitures de route légères permettent à un public d’amateurs d’accéder à une conduite sportive sans passer par les productions beaucoup plus coûteuses des constructeurs prestigieux.

1973 : la fiscalité et la crise pétrolière fragilisent le modèle des kit cars

Le contexte change brutalement au début des années 1970. L’introduction de la TVA au Royaume-Uni modifie l’avantage financier dont bénéficiaient les voitures vendues en kit, tandis que la crise pétrolière et les difficultés générales de l’industrie automobile britannique réduisent la demande pour ce type de sportive. La production de la G15 s’arrête en 1974.

Ginetta ne disparaît pas, mais l’entreprise entre dans une période beaucoup plus difficile. Elle continue à développer des modèles tels que la G21 et survit grâce à ses faibles coûts de structure, aux pièces, à l’entretien de voitures existantes et à une clientèle fidèle. Cette capacité d’adaptation lui permet de traverser une décennie pendant laquelle le modèle économique qui avait favorisé son essor perd une grande partie de son attrait.

Le marché britannique des voitures en kit retrouve une certaine vigueur au début des années 1980. Ginetta relance notamment la G4 sous une nouvelle forme et présente la G27 en 1985. Cette reprise reste cependant celle d’un constructeur artisanal à petits volumes et ne règle pas la question de la succession des quatre fondateurs.

1989 : les frères Walklett vendent Ginetta

En novembre 1989, après plus de trente ans à la tête de l’entreprise, les frères Walklett vendent Ginetta à un groupe d’investisseurs conduit par Martin Phaff. Cette cession met fin à la période fondatrice durant laquelle la marque était directement dirigée par les quatre frères.

Les nouveaux responsables cherchent notamment à développer des voitures plus abouties et commercialisées comme des automobiles complètes plutôt que comme de simples kits. Des modèles tels que les G32 et G33 témoignent de cette volonté de faire évoluer la marque, mais les moyens financiers restent limités et l’entreprise rencontre de graves difficultés dès 1992.

L’histoire juridique devient alors plus complexe que ne le laisse penser une simple succession de propriétaires. L’actuelle Ginetta Cars Limited est constituée en septembre 1992 sous un autre nom avant d’adopter celui de Ginetta Cars Limited en 1993, au moment où l’activité est reprise et restructurée autour d’un nouveau consortium. Il est donc plus exact de parler d’une continuité de la marque accompagnée d’une réorganisation sociétaire que de considérer l’entreprise juridique actuelle comme strictement identique à celle fondée en 1958.

1996 : les championnats monotypes deviennent un axe de survie et de développement

Au milieu des années 1990, Ginetta commence à trouver dans la compétition monotype une nouvelle voie de développement. Une série réservée à la G27 apparaît en 1996. Plutôt que de se contenter de vendre des voitures, la marque peut ainsi créer un environnement sportif dans lequel ses modèles disposent directement d’un débouché et d’une visibilité.

Cette évolution intervient alors que la situation financière reste fragile. Une Company Voluntary Arrangement, procédure britannique permettant à une entreprise en difficulté de trouver un accord avec ses créanciers, est approuvée en 1997 et ne prend fin qu’en 2002. Il serait donc inexact de résumer cet épisode à une simple « faillite » : Ginetta traverse une restructuration financière longue mais continue son activité.

Le lancement de la G20 en 2000, puis de son championnat et surtout du G20 Junior en 2003, donne une nouvelle dimension à cette stratégie. En proposant une catégorie destinée aux jeunes pilotes, Ginetta commence à construire une véritable filière de formation. Ce principe deviendra l’une des caractéristiques les plus importantes de la marque au cours des décennies suivantes.

2005 : Lawrence Tomlinson rachète et transforme Ginetta

Le changement décisif de l’histoire moderne intervient en décembre 2005 lorsque l’entrepreneur et pilote Lawrence Tomlinson rachète Ginetta. Il connaît déjà les voitures de la marque par la compétition et investit dans une reconstruction beaucoup plus ambitieuse de l’entreprise. Ginetta dispose bientôt d’une nouvelle implantation industrielle à Garforth, près de Leeds, où une usine plus importante est mise en service en 2007.

La G50, développée à l’approche du cinquantième anniversaire de la marque et lancée en 2008, matérialise cette nouvelle période. Il ne s’agit plus simplement d’une évolution de la tradition du kit car : Ginetta conçoit désormais une GT de compétition complète, destinée à ses propres séries mais également capable de courir dans des catégories internationales comme le GT4.

La G40, introduite en 2010, devient à son tour un élément central de la filière Junior. Elle est suivie par la G55, qui consolide la présence de Ginetta dans les courses de GT. Sous Tomlinson, l’entreprise articule ainsi conception automobile, fabrication et organisation de championnats. Plusieurs pilotes qui accéderont ensuite aux plus hauts niveaux du sport automobile passent par cette filière, ce qui renforce la visibilité de Ginetta bien au-delà du volume de voitures produites.

2014 : le rachat de Juno ouvre l’ère des prototypes

Ginetta franchit une nouvelle étape en 2014 avec l’acquisition de Juno Race Cars, spécialiste britannique des prototypes. Cette opération renforce les compétences internes de l’entreprise en matière d’aérodynamique, de châssis et de voitures conçues exclusivement pour la compétition.

L’effet est rapidement visible avec l’arrivée de la catégorie LMP3 en endurance. En 2015, les prototypes Ginetta remportent les cinq courses de la première saison de l’European Le Mans Series, tandis que Chris Hoy et Charlie Robertson décrochent le premier titre pilotes de la catégorie. Cet épisode constitue l’un des résultats sportifs les plus importants de l’histoire moderne de la marque, car il valide son évolution technique au-delà des championnats monotypes qu’elle organise elle-même.

Ginetta pousse ensuite cette ambition jusqu’au plus haut niveau de l’endurance avec la G60-LT-P1, présentée en 2018 pour participer au championnat du monde FIA WEC. Le programme démontre qu’un constructeur de taille réduite peut concevoir une voiture de la catégorie reine, mais il ne devient pas un succès commercial durable. Son abandon rappelle les limites économiques auxquelles reste confrontée une entreprise indépendante lorsqu’elle s’engage dans une discipline aussi coûteuse.

2019 : l’Akula marque le retour d’une grande ambition routière

Après avoir consacré l’essentiel de son développement aux voitures de course, Ginetta dévoile en 2019 le projet d’une nouvelle supercar routière. Cette voiture devient l’Akula, dont la version de production est présentée en 2024. Sa conception autour d’une structure en carbone et d’un moteur V8 développé par Ginetta montre jusqu’où les capacités d’ingénierie de l’entreprise ont progressé depuis les voitures en kit des débuts.

L’Akula ne signifie pas pour autant que Ginetta cherche à devenir un constructeur généraliste ou même un fabricant de voitures de sport en grande série. Elle constitue plutôt une vitrine de son savoir-faire et réintroduit une automobile routière très ambitieuse dans une histoire devenue largement dominée par la compétition.

2025 : le G56 GT2 prolonge l’expansion sportive de Ginetta

La compétition reste le principal fil conducteur de la marque dans la période récente. Le G56, déjà utilisé dans plusieurs catégories Ginetta, sert de base au G56 GT2 présenté en 2025. Son engagement en GT2 European Series en 2026 permet à Ginetta de poursuivre son développement dans des championnats internationaux au-delà de ses propres coupes.

En 2026, Ginetta demeure implantée à Garforth et Lawrence Tomlinson reste la figure dirigeante associée à la marque, tandis que Ginetta Cars Limited est contrôlée par LNT Automotive Limited. L’entreprise continue parallèlement d’organiser ses championnats Junior, GT Academy et GT Championship. Plus de six décennies après les premières voitures construites par les frères Walklett, son activité repose donc toujours sur une relation étroite entre conception de voitures légères, production en faibles volumes et compétition, même si les moyens techniques et le niveau des programmes engagés n’ont plus grand-chose à voir avec l’atelier familial de 1958.