
Hommell est née au début des années 1990 d’une initiative inhabituelle dans l’industrie automobile française. Michel Hommell, éditeur de presse spécialisé et propriétaire du magazine Échappement, voulait créer une sportive légère fidèle à l’esprit des berlinettes françaises. Avec Gilles Dupré comme principal concepteur technique, le projet est passé en quelques années d’une consultation des lecteurs à une véritable production artisanale installée à Lohéac, en Bretagne. La Berlinette Échappement, puis ses évolutions RS et RS2, ont construit la réputation de la marque autour d’une architecture simple, d’un faible poids et d’une proximité assumée avec la compétition. Cette aventure industrielle est toutefois restée brève : après moins d’une décennie de production, le coût croissant des homologations et du développement a conduit Hommell à arrêter la fabrication de voitures neuves en 2003.
1990 : Michel Hommell lance le projet d’une berlinette française
L’histoire automobile de Hommell commence dans un environnement qui n’est pas celui d’un constructeur traditionnel. Michel Hommell a bâti son activité dans la presse spécialisée et nourrit depuis longtemps une passion pour l’automobile et le sport mécanique. Au début de 1990, il échange avec Gilles Dupré, alors rédacteur en chef d’Échappement, sur l’idée de créer une petite sportive française revenant aux principes d’une berlinette légère et dépouillée.
Le projet prend une dimension concrète en 1991 lorsque le magazine interroge ses lecteurs sur ce que devrait être une « berlinette des années 90 ». Plusieurs milliers de réponses sont recueillies. Elles font ressortir une voiture à deux places, légère, à moteur central arrière et débarrassée des équipements jugés inutiles à la conduite sportive. Cette consultation n’est pas un simple exercice éditorial : elle fournit le cahier des charges qui va guider le développement.
Michel Hommell porte et finance le projet, tandis que Gilles Dupré en devient le principal concepteur technique, avec notamment l’aide de son frère Jean-Sylvain. Le modèle s’inscrit dans la tradition française des sportives légères, souvent rapprochée de celle d’Alpine, sans qu’il existe pour autant de lien industriel entre les deux marques.
1992 : la Berlinette Échappement transforme le projet en marque automobile
Le prototype de la Berlinette Échappement est présenté au Mondial de l’Automobile de Paris en octobre 1992. L’accueil dépasse le stade de la curiosité puisque le projet obtient une dizaine de commandes fermes. Ces engagements convainquent Michel Hommell qu’une petite production peut trouver sa clientèle et l’incitent à passer du prototype à la construction automobile.
La société Automobiles Michel Hommell est créée dans ce contexte. La production doit être installée à Lohéac, en Ille-et-Vilaine, où Michel Hommell a déjà développé un important ensemble consacré à l’automobile. Une ancienne laiterie Bridel est transformée en atelier de fabrication. Ce choix donne à la marque une identité très locale et permet d’organiser une production artisanale sans construire une usine conventionnelle.
Le passage à la série se révèle cependant plus complexe que la réalisation du prototype. Il faut adapter la voiture aux règles d’homologation et aux nouvelles normes antipollution. Le moteur initialement envisagé doit notamment être remplacé. Hommell s’appuie alors sur des organes de grande série provenant en particulier de Peugeot et de Citroën, tout en conservant une conception propre pour les éléments déterminants de la voiture.
1994 : la Berlinette Échappement entre en production à Lohéac
Les premières Berlinette Échappement de série sont produites et livrées à partir d’août 1994. Hommell devient alors réellement un constructeur automobile, même si son échelle reste celle d’un atelier artisanal. La voiture repose sur un châssis tubulaire recouvert d’une carrosserie en matériau composite. Son moteur est placé en position centrale transversale et entraîne les roues arrière, une architecture choisie pour privilégier l’équilibre et le comportement plutôt que la polyvalence.
La méthode de Hommell consiste à associer des composants provenant de constructeurs établis à des solutions développées spécifiquement pour la Berlinette. Cette approche réduit les coûts de conception tout en permettant de conserver une automobile très différente des modèles de grande série. La boîte manuelle à six rapports illustre cette recherche d’un compromis entre moyens limités et véritable ambition sportive.
Une Barquette est ensuite développée dans le même esprit, avec une carrosserie ouverte et une définition encore plus proche de la compétition. Elle joue un rôle important dans l’identité de la jeune marque, notamment par son utilisation dans des épreuves et dans une formule dédiée. Hommell ne cherche donc pas à élargir sa gamme vers des voitures plus conventionnelles : la marque construit sa réputation autour de sportives légères pouvant être utilisées aussi bien sur route que dans un cadre compétitif.
1997 : la Berlinette RS adapte Hommell aux nouvelles contraintes
En 1997, la Berlinette Échappement évolue profondément pour devenir la Berlinette RS. Cette transformation ne répond pas seulement à une volonté de renouveler le modèle. Les règles d’homologation et les exigences techniques évoluent rapidement, obligeant le petit constructeur à modifier sa voiture pour continuer à la commercialiser.
La RS reçoit une carrosserie remaniée, différents éléments mécaniques sont revus et la puissance progresse. L’essentiel est toutefois ailleurs : cette évolution montre que Hommell doit désormais consacrer une part croissante de ses ressources à maintenir une automobile artisanale en conformité avec des normes pensées pour une industrie de beaucoup plus grande taille. La capacité de la marque à faire évoluer sa Berlinette lui permet de poursuivre l’aventure, mais ce problème de coûts réglementaires devient progressivement central.
2000 : la RS2 porte la Berlinette à son aboutissement
Au tournant des années 2000 apparaît la Berlinette RS2, évolution la plus poussée de la lignée. Hommell travaille notamment avec Danielson Engineering pour porter le moteur atmosphérique à environ 195 ch. Associée à une masse contenue autour de 950 kg, cette mécanique conserve la priorité donnée depuis l’origine au rapport poids-puissance plutôt qu’à une escalade de puissance brute.
La RS2 représente l’aboutissement technique du concept imaginé dix ans plus tôt : moteur central, propulsion, châssis dédié, commandes directes et très peu d’assistances. Elle confirme aussi l’attachement de Hommell au sport automobile. Les Berlinette et Barquettes continuent d’être engagées en compétition, notamment en rallye, sans que la marque transforme pour autant cette activité en vaste programme officiel comparable à ceux des grands constructeurs.
Cette montée en sophistication a cependant un coût. Plus la voiture doit évoluer pour rester homologuée, plus les investissements nécessaires deviennent difficiles à amortir sur quelques dizaines d’exemplaires. La RS2 constitue ainsi à la fois le sommet de la gamme Hommell et le modèle qui précède directement la décision d’arrêter la production.
2003 : Hommell arrête la fabrication de voitures neuves
Le 11 décembre 2003, Hommell annonce la fin de sa production automobile. La décision intervient alors que la RS2 arrive elle-même au terme de sa possibilité d’homologation et qu’un modèle destiné à lui succéder demanderait des investissements importants. Pour une entreprise ne comptant qu’une petite équipe et produisant des volumes très faibles, le financement d’une nouvelle génération devient difficilement soutenable.
La fin de Hommell ne correspond donc pas à une faillite brutale en 2003. Le constructeur choisit d’arrêter les voitures neuves parce que les coûts de développement, d’homologation et d’adaptation aux nouvelles exigences techniques sont devenus disproportionnés par rapport à ses capacités industrielles. L’entreprise maintient alors des activités de service après-vente, de fourniture de pièces et de restauration afin d’accompagner les propriétaires des voitures déjà produites.
Une possible relance en Chine est évoquée quelques années plus tard, mais les informations disponibles ne permettent pas de parler d’un véritable redémarrage industriel. Aucune production chinoise de série clairement documentée ne vient prolonger l’activité du constructeur français. La tentative reste donc sans effet durable sur l’histoire de la marque.
2010 : la disparition des dernières structures met fin à l’activité automobile Hommell
Après l’arrêt de la production, l’existence juridique et commerciale des structures liées à Hommell se prolonge encore plusieurs années. Les établissements de la société historique cessent progressivement leur activité. Une nouvelle Société des Automobiles Michel Hommell est créée à la fin de 2007 et reprend certaines activités, mais elle ne relance pas la fabrication en série des Berlinette.
Le dernier établissement de cette structure ferme en décembre 2010, marquant la fin de l’activité automobile organisée sous le nom Hommell. Il faut donc distinguer deux dates : 2003 pour la fin du constructeur produisant des voitures neuves et 2010 pour l’extinction des dernières structures industrielles et commerciales associées.
Hommell n’est aujourd’hui plus un constructeur actif. Son histoire reste toutefois visible à Lohéac, où l’univers automobile développé par Michel Hommell conserve une place importante, et à travers les Berlinette, RS, RS2 et Barquettes préservées par leurs propriétaires. Certaines continuent d’apparaître dans des rassemblements et des compétitions, tandis que des clubs contribuent à maintenir disponibles des pièces devenues difficiles à trouver. La marque subsiste ainsi comme l’un des exemples les plus singuliers de petit constructeur sportif français né dans les années 1990 et disparu face aux contraintes économiques d’une production automobile artisanale.
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