Histoire de la marque Innocenti

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Innocenti est née bien avant de produire des voitures. Fondée autour des activités industrielles de Ferdinando Innocenti, l’entreprise s’est d’abord développée dans les tubes d’acier et les constructions métalliques avant de devenir, après la Seconde Guerre mondiale, l’un des grands noms de la mobilité italienne grâce au scooter Lambretta. Son passage à l’automobile intervient à la fin des années 1950, avec la fabrication sous licence de modèles britanniques, puis avec une interprétation de plus en plus personnelle de la Mini. Rachats, crise de British Leyland, sauvetage par Alejandro de Tomaso, coopération avec Daihatsu, intégration à Maserati puis passage sous contrôle de Fiat jalonnent ensuite une histoire mouvementée qui s’achève progressivement dans les années 1990.

1923 : Ferdinando Innocenti pose les bases d’un groupe industriel

L’histoire d’Innocenti commence dans l’industrie métallurgique, et non dans l’automobile. En 1923, Ferdinando Innocenti développe à Rome une activité liée au commerce de tubes d’acier sans soudure. Quelques années plus tard, il ajoute des activités de transformation et s’intéresse aux systèmes permettant d’assembler rapidement des structures tubulaires.

Le véritable ancrage industriel de l’entreprise se situe toutefois à Milan. En 1933, Ferdinando Innocenti installe à Lambrate une usine spécialisée dans les raccords, les tubes et les constructions métalliques. Le nom Innocenti devient notamment associé à un système de raccord pour échafaudages tubulaires que l’entrepreneur adapte, perfectionne et industrialise en Italie. Cette activité assure la croissance de la société dans les années 1930 et lui permet de constituer un important appareil de production.

La Seconde Guerre mondiale modifie profondément la trajectoire du groupe. Comme de nombreuses entreprises industrielles italiennes, Innocenti participe à l’économie de guerre, puis doit faire face aux destructions et à la nécessité d’une reconversion civile. Cette situation pousse l’entreprise à rechercher de nouveaux produits capables d’utiliser ses capacités mécaniques et industrielles.

1947 : la Lambretta fait entrer Innocenti dans la mobilité de masse

En octobre 1947, Innocenti lance la production de la Lambretta 125 à Lambrate. Le scooter répond directement aux besoins de l’Italie d’après-guerre, où une grande partie de la population cherche un moyen de transport simple, accessible et économique. La Lambretta devient rapidement l’un des symboles de cette nouvelle mobilité, en concurrence directe avec la Vespa.

Cette réussite est déterminante pour la suite. Innocenti n’est plus seulement un groupe métallurgique, mais un constructeur capable de concevoir, industrialiser, fabriquer et commercialiser des véhicules en grande série. La Lambretta donne aussi au nom Innocenti une visibilité internationale et permet à l’entreprise d’acquérir une expérience précieuse dans la production destinée au grand public.

À la fin des années 1950, la progression de l’automobile populaire change cependant le marché. Le scooter reste important, mais la voiture devient de plus en plus accessible aux ménages européens. Innocenti comprend que son développement futur passe désormais par l’automobile.

1959 : l’accord avec BMC ouvre l’ère automobile d’Innocenti

Plutôt que de développer immédiatement une voiture entièrement nouvelle, Innocenti choisit une voie plus rapide et moins risquée. En 1959, l’entreprise conclut un accord avec la British Motor Corporation, alors l’un des principaux groupes automobiles britanniques. Cet accord permet à Innocenti de fabriquer en Italie des modèles britanniques sous licence.

La production automobile débute à Lambrate à la fin de 1960 avec l’Austin A40. Cette première voiture n’est pas encore une création propre à Innocenti, mais elle constitue un tournant essentiel. L’entreprise entre réellement dans l’industrie automobile et peut s’appuyer sur un modèle déjà éprouvé tout en développant ses propres capacités d’assemblage et de finition.

Au fil des années, Innocenti cherche à donner davantage de personnalité italienne à ces voitures britanniques. L’IM3 illustre cette évolution. Toujours dérivée d’une base BMC, elle reçoit une présentation spécifique et un style retravaillé avec la participation de Pininfarina. Innocenti tente ainsi de dépasser le simple rôle de fabricant sous licence pour construire une identité automobile propre.

1965 : la Mini devient le modèle emblématique d’Innocenti

La fin de 1965 marque l’arrivée du modèle qui va durablement définir l’image automobile de la marque : la Mini Innocenti. Fabriquée en Italie à partir de la conception britannique d’origine, elle bénéficie d’une finition et d’adaptations correspondant au marché italien. Une version Cooper apparaît peu après, renforçant l’attrait du modèle.

La Mini devient rapidement le pilier de l’activité automobile d’Innocenti. Son succès contribue à l’augmentation des volumes de production et accompagne le passage progressif de l’entreprise d’un groupe diversifié vers une société de plus en plus centrée sur l’automobile. Cette réussite révèle toutefois une fragilité structurelle : Innocenti dépend encore largement de technologies et d’organes mécaniques fournis par son partenaire britannique.

En 1966, la mort de Ferdinando Innocenti marque également la fin de l’époque du fondateur. Son fils Luigi poursuit la réorientation du groupe vers l’automobile, tandis que les autres activités historiques sont progressivement cédées. Au début des années 1970, Innocenti est donc devenue un constructeur automobile important en Italie, mais son indépendance industrielle s’est réduite.

1972 : British Leyland prend le contrôle avant une crise brutale

En mai 1972, l’activité automobile Innocenti passe sous le contrôle de British Leyland Motor Corporation, héritière des regroupements qui ont transformé l’industrie automobile britannique. L’entreprise est alors souvent désignée sous le nom d’Innocenti Leyland. Dans le même temps, l’activité scooter sort définitivement du périmètre industriel historique de la société.

Cette intégration devait offrir à Innocenti un avenir au sein d’un grand groupe européen, mais elle intervient dans une période très défavorable. Le choc pétrolier de 1973 ralentit le marché automobile et British Leyland rencontre lui-même de graves problèmes industriels et financiers. Innocenti tente néanmoins de renouveler sa gamme en lançant en 1974 les Mini 90 et 120, dont la carrosserie moderne est dessinée par Bertone. Ces voitures conservent encore une base mécanique britannique, mais leur style beaucoup plus personnel annonce une nouvelle étape.

La situation financière se détériore rapidement. En novembre 1975, Innocenti Leyland est mise en liquidation. L’usine de Lambrate est paralysée et occupée pendant plusieurs mois. À ce moment, la disparition du constructeur semble possible.

1976 : Alejandro de Tomaso sauve Innocenti et réoriente la marque

Le redémarrage intervient en 1976 grâce à un montage associant la GEPI, société publique italienne chargée de soutenir les entreprises en difficulté, et l’entrepreneur Alejandro De Tomaso. La nouvelle structure prend le nom de Nuova Innocenti. La GEPI apporte initialement une part essentielle du soutien financier, tandis que De Tomaso prend la direction industrielle du projet.

La production reprend autour des Mini 90 et 120 redessinées par Bertone. La Mini De Tomaso, version plus sportive, contribue également à donner une nouvelle personnalité à la gamme. Ces voitures ne constituent pas une rupture technique totale, mais elles permettent à Innocenti de survivre après le retrait de British Leyland et de reconstruire une identité moins dépendante de son ancien propriétaire.

Cette indépendance devient plus nette au début des années 1980. Lorsque l’accord de fourniture mécanique britannique arrive à son terme, Innocenti cherche un nouveau partenaire et se tourne vers le constructeur japonais Daihatsu. En 1982 apparaît ainsi la Minitre, également appelée 3 Cilindri, équipée d’une mécanique Daihatsu. Ce changement est important car il met fin à plus de vingt ans de dépendance technique directe envers les groupes britanniques issus de BMC.

Malgré cette réorientation, la situation financière reste fragile. Après de nouvelles difficultés et une recapitalisation, l’autonomie juridique de Nuova Innocenti prend fin en 1985 lorsqu’elle est fusionnée avec Maserati, autre entreprise alors contrôlée par De Tomaso. Innocenti continue d’exister comme nom automobile, mais plus comme constructeur indépendant au sens strict.

1990 : l’entrée de Fiat prépare la fin de la production à Lambrate

À la charnière de 1989 et 1990, Fiat commence à entrer dans le dispositif contrôlant Maserati et les activités liées à Innocenti. Cette prise de contrôle est progressive plutôt qu’instantanée. Au début des années 1990, Fiat renforce sa position, tandis que l’avenir industriel de l’usine historique de Lambrate devient de plus en plus incertain.

Le 31 mars 1993, l’usine de Lambrate ferme définitivement. Cette date représente la véritable fin d’Innocenti comme constructeur disposant de son propre site industriel historique. La fermeture intervient après plusieurs décennies au cours desquelles le même complexe avait successivement fabriqué des produits métallurgiques, des Lambretta, des voitures sous licence britannique puis des modèles développés sous la direction de De Tomaso.

Le nom Innocenti ne disparaît pourtant pas immédiatement. Fiat continue encore quelques années à l’utiliser pour commercialiser en Italie des véhicules conçus ou produits ailleurs, notamment les Mille et Mille Clip, l’Elba, la Koral ou encore le Porter. Cette phase ne correspond plus à une véritable activité de constructeur : Innocenti est devenue essentiellement une marque commerciale apposée sur des modèles provenant d’autres programmes industriels.

1997 : le nom Innocenti disparaît du marché automobile

En 1997, l’utilisation commerciale du nom Innocenti prend fin. Cette date doit être distinguée de la fermeture de Lambrate en 1993 : la première marque l’arrêt de l’activité industrielle historique, tandis que la seconde correspond à la disparition du badge sur le marché automobile.

Depuis lors, Innocenti n’a pas connu de relance automobile effective. Le nom demeure lié au patrimoine industriel italien et à une histoire singulière, passée des échafaudages métalliques aux scooters, puis de la production sous licence à une tentative d’émancipation technique avant l’intégration dans de grands groupes. Au 9 août 2026, Innocenti ne figure pas parmi les marques automobiles commercialement actives de Stellantis. Des initiatives italiennes autour de marques historiques inutilisées ont ravivé ponctuellement les spéculations sur son avenir, sans qu’une renaissance industrielle ou commerciale d’Innocenti ait été officiellement concrétisée.

Informations sur Innocenti

Pays :

Italie

Depuis :

1960

Jusqu'à :

1997

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