Histoire de la marque Lagonda

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Lagonda naît à la charnière des XIXe et XXe siècles à Staines, près de Londres, sous l’impulsion de l’ingénieur américain Wilbur Gunn. D’abord tournée vers la mécanique, les moteurs et les motocyclettes, l’entreprise se convertit rapidement à l’automobile avant de se forger une réputation dans les voitures rapides et luxueuses. Son histoire est marquée par une victoire majeure aux 24 Heures du Mans, l’influence technique de W. O. Bentley, plusieurs périodes de difficultés financières et surtout son rachat par David Brown en 1947. Dès lors, Lagonda devient étroitement liée à Aston Martin, tantôt comme marque de berlines de prestige, tantôt comme vitrine technologique, jusqu’à devenir aujourd’hui un nom en sommeil au sein du groupe.

1899 : Wilbur Gunn fonde Lagonda à Staines

L’histoire de Lagonda commence en 1899 lorsque Wilbur Gunn, ingénieur américain installé en Angleterre, crée à Staines la Lagonda Engineering Company. Le nom choisi possède lui-même une origine américaine : il fait référence à Lagonda, un secteur de Springfield dans l’Ohio lié à la jeunesse de Gunn. La nouvelle entreprise ne se consacre pas immédiatement à la voiture. Elle travaille d’abord dans la mécanique, notamment les moteurs, puis produit des motocyclettes et des véhicules légers.

Le passage à l’automobile se structure au début du XXe siècle. En 1904, l’activité prend la forme de Lagonda Motor Co Ltd, ce qui explique pourquoi certaines chronologies retiennent 1904 comme année de fondation automobile alors que l’entreprise d’origine remonte bien à 1899. Les premières années sont déjà mouvementées : Lagonda connaît des difficultés financières en 1907, avant que Gunn ne reprenne le contrôle de l’activité quelques années plus tard.

La marque affirme parallèlement une culture d’expérimentation technique. La 11.1 hp apparue en 1913 se distingue notamment par une conception intégrant plus étroitement la carrosserie et la structure que ne le faisait l’industrie automobile de l’époque. À la mort de Wilbur Gunn en 1920, Lagonda possède donc déjà une identité propre, mais son orientation vers les automobiles de grand tourisme reste encore à consolider.

1925 : Lagonda s’oriente vers les voitures rapides de grand tourisme

Au milieu des années 1920, Lagonda change progressivement d’échelle et de positionnement. La 14/60 lancée en 1925, puis la 2-Litre Speed de 1927, témoignent d’une volonté plus nette de produire des automobiles rapides et raffinées. La marque quitte ainsi progressivement l’univers des petits véhicules de ses débuts pour se rapprocher du marché britannique des voitures sportives et de prestige.

La compétition accompagne cette évolution. Lagonda participe pour la première fois aux 24 Heures du Mans en 1928. L’objectif ne consiste pas seulement à rechercher des résultats sportifs : les courses d’endurance offrent alors un moyen de démontrer la robustesse, les performances et la qualité technique des voitures. Cette présence en compétition contribue à installer Lagonda parmi les constructeurs britanniques capables de combiner luxe et vitesse.

1935 : la victoire au Mans précède le renouveau technique avec W. O. Bentley

La première moitié des années 1930 porte Lagonda à l’un de ses sommets historiques. La M45, lancée en 1933, donne à la marque une automobile puissante capable de soutenir ses ambitions sportives. Pourtant, cette montée en prestige ne résout pas les problèmes financiers. En avril 1935, l’entreprise est placée sous administration, dans un contexte économique difficile qui fragilise de nombreux constructeurs spécialisés.

Quelques semaines plus tard, Lagonda obtient pourtant son résultat sportif le plus important : les 24 Heures du Mans 1935 sont remportées par John Hindmarsh et Luis Fontés au volant d’une Lagonda Rapide. Cette victoire absolue reste l’un des fondements de la réputation historique de la marque, mais elle intervient au moment même où son indépendance financière est menacée.

Après la reprise des actifs par un groupe conduit par Alan Good, Lagonda bénéficie de l’arrivée de W. O. Bentley, fondateur de Bentley et ancien ingénieur lié à Rolls-Royce. Sous son influence, la marque développe notamment un prestigieux moteur V12 à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Deux Lagonda V12 terminent troisième et quatrième au Mans en 1939, confirmant le niveau technique atteint par le constructeur avant l’interruption de la production civile provoquée par la guerre.

1947 : David Brown rachète Lagonda et l’associe à Aston Martin

À la sortie de la guerre, Lagonda prépare une nouvelle génération de voitures autour d’un six-cylindres 2,6 litres à double arbre à cames conçu sous la direction de W. O. Bentley. Sur le plan technique, l’entreprise dispose donc d’une base prometteuse. Sur le plan financier, en revanche, le contexte britannique d’après-guerre, les restrictions industrielles et le manque de capitaux rendent la reprise beaucoup plus difficile.

Le tournant intervient en 1947. L’industriel David Brown, qui vient d’acquérir Aston Martin, rachète également Lagonda. Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’un rachat de Lagonda par Aston Martin, mais de l’acquisition séparée des deux entreprises par le même propriétaire. Cette opération met fin à l’indépendance de Lagonda et rapproche durablement les deux noms.

L’apport technique de Lagonda devient rapidement essentiel. Son six-cylindres équipe en 1950 l’Aston Martin DB2 et participe directement au développement des Aston Martin de l’après-guerre. Lagonda continue encore à produire ses propres automobiles, mais son rôle dans l’ensemble de David Brown devient progressivement plus technique que commercial. La production est transférée à Newport Pagnell en 1956, puis les voitures Lagonda disparaissent du catalogue en 1958.

1961 : la Lagonda Rapide relance le nom comme berline de prestige

David Brown ne renonce toutefois pas au nom Lagonda. En 1961, il le réactive avec la Lagonda Rapide, une grande berline quatre portes étroitement apparentée aux Aston Martin contemporaines. Cette voiture redéfinit le rôle de Lagonda : il ne s’agit plus de reconstruire une gamme autonome semblable à celle de l’entre-deux-guerres, mais d’utiliser la marque pour une automobile plus statutaire et plus orientée vers le transport de quatre occupants.

La Rapide reste peu diffusée et sa production s’arrête en 1964. Son importance historique tient cependant à cette nouvelle fonction attribuée au nom Lagonda. À partir de cette période, la marque devient pour Aston Martin un moyen d’explorer le segment de la berline de très grand luxe sans modifier directement l’identité de ses coupés sportifs.

1976 : la berline de William Towns transforme Lagonda en vitrine technologique

Après le départ de David Brown en 1972, Aston Martin traverse une nouvelle période de difficultés financières et de changements de propriétaires. Quelques berlines quatre portes sont encore produites au milieu des années 1970, mais la véritable rupture intervient en 1976 avec la présentation d’une nouvelle Lagonda dessinée par William Towns.

Sa silhouette extrêmement anguleuse tranche avec les grandes berlines traditionnelles. Plus encore que son style, son électronique la distingue : instrumentation numérique, commandes sophistiquées et multiplication des systèmes électroniques en font une automobile particulièrement ambitieuse pour son époque. Cette avance technologique entraîne aussi de sérieuses difficultés de mise au point, qui retardent les premières livraisons.

La voiture finit néanmoins par trouver une clientèle, notamment au Moyen-Orient, et reste en production jusqu’à la fin des années 1980. Environ 645 châssis sont construits avant son arrêt en 1989. Cette génération devient l’une des Lagonda les plus reconnaissables et donne au nom une image de laboratoire technologique autant que de marque de luxe.

Lorsque Ford prend une participation majoritaire dans Aston Martin en 1987, puis le contrôle complet au début des années 1990, Lagonda ne possède déjà plus de modèle régulier. Le nom suit désormais les évolutions de propriété d’Aston Martin sans retrouver une existence industrielle indépendante.

2015 : la Lagonda Taraf concrétise une nouvelle tentative de renaissance

Après plusieurs années d’absence, Aston Martin annonce à la fin des années 2000 son intention de faire revivre Lagonda. Plusieurs projets sont envisagés, mais c’est finalement la Lagonda Taraf qui transforme cette stratégie en voiture commercialisée. Produite à partir de 2015 en série très limitée, cette grande berline construite artisanalement réinterprète la fonction assignée à Lagonda depuis les années 1960 : proposer une automobile quatre portes plus exclusive encore que les modèles Aston Martin habituels.

La Taraf ne constitue pas le point de départ d’une gamme complète. Sa production reste volontairement restreinte et s’achève rapidement. Elle possède néanmoins une importance particulière dans la chronologie de la marque, car elle représente la principale réapparition moderne du nom Lagonda sous la forme d’une automobile effectivement produite et vendue.

2018 : Aston Martin envisage Lagonda comme une marque électrique autonome

En 2018, Aston Martin présente le Lagonda Vision Concept et annonce un projet beaucoup plus ambitieux que celui de la Taraf. Lagonda doit devenir une marque de très grand luxe spécialisée dans les véhicules électriques, avec sa propre identité esthétique et technologique. Un SUV est également envisagé. Pour la première fois depuis longtemps, le projet ne consiste plus simplement à apposer le nom Lagonda sur une berline très exclusive, mais à reconstruire une véritable marque distincte à l’intérieur du groupe.

Cette stratégie reste toutefois au stade du concept et du développement. Les investissements nécessaires, les changements de direction chez Aston Martin et la révision du programme industriel empêchent la gamme annoncée d’atteindre la production. Le projet constitue donc un tournant important par son ambition, mais pas une renaissance commerciale effective.

2020 : le projet électrique est abandonné et Lagonda redevient une marque en sommeil

En 2020, Aston Martin change officiellement de cap : les futurs véhicules électriques du groupe doivent être commercialisés sous le nom Aston Martin plutôt que sous Lagonda. Cette décision met fin au projet annoncé deux ans auparavant et referme la tentative la plus ambitieuse de recréer Lagonda comme marque automobile autonome depuis son rachat par David Brown.

Le nom n’a toutefois pas disparu. Il demeure intégré à l’identité juridique et historique du constructeur, notamment dans les dénominations Aston Martin Lagonda. En 2026, aucune gamme Lagonda de série n’est commercialisée et aucun programme public ne confirme une nouvelle relance automobile. La situation la plus exacte consiste donc à considérer Lagonda comme une marque en sommeil, toujours détenue dans l’univers Aston Martin mais sans production propre actuelle.