
MPM Motors est une jeune marque automobile française apparue au milieu des années 2010 autour d’un projet atypique : produire en petite série, près de Paris, une berline au style sportif dérivée d’un modèle initialement conçu en Russie. Portée principalement par Igor Paramonov et liée à l’histoire industrielle de la famille Paramonov, la marque s’est fait connaître avec la PS160 puis l’Erelis, deux versions d’une même automobile pensées pour offrir une ligne spectaculaire à un prix contenu. Son existence commerciale a toutefois été brève. Entre difficultés d’homologation, fragilité financière, problèmes d’approvisionnement et volumes insuffisants, MPM Motors est passée en quelques années du lancement d’un petit constructeur français à la liquidation judiciaire.
2011 : la société qui deviendra MPM Company est créée en France
L’histoire juridique de MPM commence avant l’apparition de la marque automobile elle-même. En 2011 est créée en France la société Adidor Voitures, présidée par Oleg Paramonov. Son activité initiale ne concerne pas la fabrication d’automobiles : elle exploite alors des voitures de tourisme avec chauffeur.
Cette date doit donc être distinguée de la naissance effective de MPM Motors. La structure créée en 2011 fournira quelques années plus tard le cadre juridique au projet automobile, mais il serait imprécis de présenter MPM comme un constructeur opérationnel dès cette époque. Le véritable point de départ industriel se trouve ailleurs, dans l’histoire d’un constructeur russe et d’un modèle appelé Aquila.
2013 : la TagAZ Aquila fournit la base du futur projet MPM
En Russie, le constructeur TagAZ met en production en 2013 l’Aquila, une berline quatre portes dont la silhouette évoque davantage un coupé sportif qu’une voiture familiale traditionnelle. Le projet est lié à Mikhaïl Paramonov, père d’Igor Paramonov, qui jouera ensuite un rôle central dans la création de MPM Motors en France.
L’Aquila adopte une conception adaptée à une production relativement légère, avec une structure tubulaire et des panneaux de carrosserie en matériaux composites. Cette architecture évite les investissements considérables nécessaires aux grandes presses d’emboutissage et aux chaînes très automatisées des constructeurs de masse. Elle deviendra l’un des fondements du futur modèle économique de MPM.
L’expérience russe tourne cependant court. TagAZ, déjà confronté à d’importantes difficultés financières, est déclaré en faillite en 2014. La disparition du constructeur met pratiquement fin à la carrière de l’Aquila, mais pas au projet automobile lui-même. Celui-ci va être repris et adapté pour l’Europe.
2015 : Igor Paramonov lance MPM Motors en France
MPM Motors apparaît comme projet automobile français en 2015, avec Igor Paramonov comme principal dirigeant opérationnel et porte-parole. La marque s’installe dans les Yvelines et prépare à Trappes une petite unité destinée à assembler une version profondément adaptée de la TagAZ Aquila.
MPM ne part donc pas d’une feuille blanche. Le constructeur reprend l’architecture générale, l’outillage disponible et une partie de la logique industrielle du modèle russe, puis travaille à sa mise en conformité avec les exigences européennes. Cette continuité technique ne signifie toutefois pas que MPM soit simplement TagAZ transféré en France : les deux entreprises sont juridiquement distinctes.
Le choix d’une production en petite série constitue le coeur du projet. L’usine de Trappes repose largement sur un assemblage manuel, avec un niveau d’automatisation réduit. Cette organisation doit permettre à une entreprise disposant de moyens très inférieurs à ceux d’un grand groupe automobile de produire une voiture complète sans financer une usine conventionnelle.
2017 : la PS160 donne une existence commerciale à MPM Motors
Après les travaux d’adaptation et l’homologation européenne en petite série, la MPM PS160 devient le premier modèle réellement commercialisé sous la marque. Elle conserve la silhouette spectaculaire héritée de l’Aquila ainsi que sa construction reposant sur un châssis tubulaire et des éléments de carrosserie composites.
La PS160 résume alors la proposition de MPM : vendre une voiture assemblée en France, visuellement proche d’un coupé sportif, mais positionnée à un tarif susceptible de concurrencer davantage certaines voitures d’occasion que les modèles neufs traditionnels. Sa mécanique reste cependant relativement ancienne, puisqu’elle utilise notamment un moteur issu de Mitsubishi.
La même année marque aussi une clarification juridique. Adidor Voitures adopte officiellement le nom MPM Company et élargit son objet social à la conception et à la fabrication de véhicules automobiles. La structure juridique rejoint ainsi l’activité que la marque exerce déjà publiquement.
Cette phase de lancement reste néanmoins fragile. Les volumes sont faibles et les besoins de trésorerie élevés pour une entreprise qui doit financer simultanément son outil de production, ses fournisseurs, son réseau commercial et l’évolution technique de sa voiture.
2018 : l’Erelis remplace la PS160 et reçoit un moteur PSA
Le principal tournant technique de l’histoire de MPM intervient en 2018. Le moteur de la PS160 pénalise fortement la voiture sur le marché français en raison de ses émissions et du malus écologique associé. Pour une automobile conçue autour d’un prix d’achat relativement bas, cette fiscalité risque de rendre le positionnement commercial incohérent.
MPM décide alors de remplacer cette mécanique par le trois cylindres 1.2 PureTech de 130 ch fourni par PSA, groupe auquel appartient notamment Peugeot. Cette évolution s’accompagne d’autres adaptations et d’un nouveau nom : la PS160 devient Erelis.
Sur le papier, cette transformation rend le produit plus moderne et doit améliorer sa compétitivité. Dans les faits, elle impose de nouveaux travaux d’ingénierie, une nouvelle phase d’homologation et des dépenses que la petite entreprise absorbe difficilement. Le démarrage industriel de l’Erelis prend du retard et prive MPM d’une production régulière pendant plusieurs mois.
Ce changement de motorisation illustre le paradoxe qui fragilise la marque : MPM doit faire évoluer rapidement son automobile pour rester commercialement viable, mais chaque évolution réglementaire ou technique exige des moyens financiers importants que ses faibles volumes ne permettent pas facilement de générer.
2019 : le redressement judiciaire révèle une crise déjà ancienne
Le 7 février 2019, MPM Company est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. La procédure fixe la date de cessation des paiements au 7 août 2017, ce qui montre que les difficultés financières sont antérieures de plusieurs années à la crise sanitaire de 2020.
L’entreprise continue néanmoins son activité durant la période d’observation. Elle tente de remettre l’Erelis en production et de préserver son réseau de distribution, mais son modèle industriel reste particulièrement vulnérable aux interruptions d’approvisionnement. Un problème avec un fournisseur contribue notamment à immobiliser la production pendant plusieurs mois.
Dans le même temps, MPM envisage déjà l’après-Erelis avec plusieurs projets, dont le SUV Vultur et la petite électrique Solis. Ces véhicules ne dépassent pas le stade de projets ou de prototypes significatifs et ne doivent pas être considérés comme des modèles de série de la marque. Ils montrent toutefois que MPM cherchait à sortir de sa dépendance à une automobile directement issue de l’Aquila et à construire une gamme plus autonome. La faiblesse des ressources disponibles empêche cette diversification d’aboutir.
2020 : la liquidation met fin à l’activité automobile de MPM Motors
En 2020, la situation devient irréversible. Les difficultés financières, les retards industriels et l’érosion du réseau commercial ont déjà fortement affaibli MPM lorsque la pandémie de Covid-19 perturbe encore davantage son activité. La crise sanitaire accélère donc la fin de l’entreprise, mais elle n’en constitue pas la cause initiale.
À la fin du mois de novembre 2020, la marque annonce l’arrêt définitif de son activité. Le 10 décembre, le redressement judiciaire est converti en liquidation judiciaire. Environ un millier de PS160 et d’Erelis auraient été produits au total selon les estimations les plus cohérentes disponibles, ce qui place MPM parmi les expériences françaises de construction automobile en très petite série plutôt que parmi les constructeurs ayant atteint un véritable stade industriel de masse.
Les machines, pièces détachées, véhicules inachevés et prototypes sont ensuite dispersés dans le cadre de la liquidation. Cette vente des actifs met un terme concret à toute perspective immédiate de reprise de la production à Trappes.
2026 : la disparition juridique de MPM Company clôt définitivement son histoire
Après l’arrêt industriel de 2020, la société continue d’exister juridiquement durant la procédure de liquidation. Celle-ci est finalement clôturée pour insuffisance d’actif en janvier 2026, entraînant la radiation de MPM Company du registre du commerce.
Cette dernière étape permet de distinguer clairement deux fins dans l’histoire de la marque : MPM Motors cesse son activité automobile en 2020, tandis que la société ne disparaît juridiquement qu’en 2026. Aucun rachat ou redémarrage durable du constructeur sous le nom MPM Motors n’a, à ce stade, prolongé son aventure industrielle.
MPM reste ainsi l’exemple d’un projet automobile français très particulier, construit autour d’une base technique russe, d’une micro-usine à assemblage manuel et d’une volonté de produire une voiture accessible en petite série. La PS160 puis l’Erelis lui ont donné une identité propre, mais la marque n’a jamais disposé des volumes ni des ressources financières nécessaires pour absorber durablement les coûts d’homologation, les aléas d’approvisionnement et le développement d’une nouvelle génération de véhicules.
Découvrez d'autres marques automobiles du même pays