Histoire de la marque Nevs

nevs

NEVS, pour National Electric Vehicle Sweden, naît en Suède en 2012 dans les suites directes de la faillite de Saab Automobile. Créée autour de l’entrepreneur Kai Johan Jiang et de partenaires asiatiques, l’entreprise reprend l’usine historique de Trollhättan ainsi qu’une partie des actifs techniques de Saab avec une ambition précise : transformer cet héritage industriel en activité centrée sur la voiture électrique, notamment pour le marché chinois. Son parcours sera toutefois très différent de celui d’un constructeur traditionnel. Après une brève relance de la Saab 9-3, NEVS adopte son propre nom comme marque automobile, développe une 9-3 électrique, passe sous le contrôle du groupe chinois Evergrande, puis se tourne vers la mobilité autonome avant de réduire fortement ses activités automobiles.

2012 : NEVS naît après la faillite de Saab Automobile

L’histoire de NEVS commence quelques mois après la faillite de Saab Automobile, déclarée à la fin de l’année 2011. National Electric Vehicle Sweden AB est constituée au printemps 2012 à Trollhättan, ville étroitement associée à l’industrie automobile suédoise. Le projet est porté principalement par National Modern Energy Holdings, lié à l’homme d’affaires sino-suédois Kai Johan Jiang, avec la participation initiale du japonais Sun Investment.

En juin 2012, NEVS conclut un accord pour acquérir les principaux actifs des sociétés Saab Automobile AB, Saab Automobile Powertrain AB et Saab Automobile Tools AB. L’opération est finalisée quelques semaines plus tard. Elle comprend notamment l’usine de Trollhättan, les installations industrielles et d’essais, des compétences d’ingénierie ainsi que des droits liés à la Saab 9-3 et à la plateforme Phoenix.

NEVS ne reprend cependant pas Saab Automobile dans son intégralité. Certains actifs restent en dehors de la transaction, notamment Saab Automobile Parts et certains droits concernant la Saab 9-5, liés à General Motors. Cette distinction est essentielle : NEVS est une nouvelle entreprise qui rachète une partie des actifs de Saab, et non la continuation juridique du constructeur disparu.

Dès sa création, la stratégie diffère également de celle de Saab. NEVS prévoit de développer des voitures électriques en s’appuyant sur les ressources techniques suédoises, tout en visant en priorité la Chine, marché considéré comme déterminant pour le développement futur de la mobilité électrique.

2013 : la Saab 9-3 revient brièvement en production à Trollhättan

Avant de pouvoir lancer une véritable gamme électrique, NEVS doit remettre en fonctionnement un outil industriel resté à l’arrêt après la faillite de Saab. L’entreprise obtient de Saab AB une licence lui permettant d’utiliser le nom Saab sur ses voitures. Cette autorisation ne constitue pas un rachat de la marque : le nom reste la propriété de Saab AB, tandis que le célèbre emblème au griffon n’est pas inclus dans l’accord.

En 2013, les chaînes de Trollhättan redémarrent progressivement. NEVS relance alors la production de la Saab 9-3 Aero à moteur thermique. Cette voiture n’annonce pas un retour durable à la stratégie historique de Saab. Elle joue surtout le rôle de transition industrielle : remettre l’usine en activité, rétablir les relations avec les fournisseurs et conserver les compétences nécessaires en attendant les futurs véhicules électriques.

La relance reste toutefois modeste. Les volumes sont faibles et la situation financière de NEVS demeure fragile. L’entreprise dépend largement de nouveaux financements et de partenaires capables de soutenir son développement en Chine.

2014 : les difficultés financières interrompent la première relance

La première tentative de reconstruction industrielle tourne court en 2014. Un financement attendu de partenaires chinois, notamment liés à Qingdao, n’arrive pas selon le calendrier prévu. En mai, NEVS suspend la production de Trollhättan faute de liquidités suffisantes.

Quelques mois plus tard, l’entreprise entre en restructuration judiciaire. Cette crise a une conséquence importante pour son identité : Saab AB retire à NEVS le droit d’utiliser le nom Saab. La perspective de voir durablement renaître des automobiles commercialisées comme des Saab sous la direction de NEVS disparaît alors.

NEVS sort de sa restructuration au printemps 2015, mais son projet a changé de nature. L’entreprise doit désormais trouver de nouveaux partenaires, renforcer son implantation chinoise et construire une identité indépendante. La rupture avec le nom Saab prépare ainsi la véritable naissance de NEVS comme marque automobile distincte.

2015 : la Chine devient le centre de la stratégie industrielle

Après la restructuration, NEVS concentre davantage ses efforts sur la Chine. De nouveaux partenaires participent au financement de l’entreprise et un projet industriel est développé autour de Tianjin. Le constructeur cherche moins à reconstruire un réseau automobile européen traditionnel qu’à produire des véhicules électriques destinés à de grandes flottes et à de nouveaux services de mobilité.

Cette orientation apparaît clairement à la fin de 2015, lorsque NEVS annonce un accord majeur avec Panda New Energy portant sur un volume théorique pouvant atteindre 250 000 véhicules électriques. Une partie de ces voitures doit être dérivée de la 9-3. L’annonce donne une forte visibilité internationale au projet, mais le chiffre représente une commande annoncée et non un volume effectivement produit par la suite.

Cette période révèle le modèle économique recherché par NEVS : utiliser l’ingénierie issue de Trollhättan pour développer des voitures électriques, tout en installant une partie essentielle de la production et des débouchés commerciaux en Chine. Le constructeur se positionne ainsi dans un secteur où émergent parallèlement de nombreux nouveaux acteurs chinois de l’électrique.

2016 : NEVS devient officiellement une marque automobile

En juin 2016, l’entreprise annonce une décision décisive : ses futurs véhicules ne porteront plus le nom Saab mais celui de NEVS. Cette date marque la véritable naissance de NEVS en tant que marque automobile visible sur les voitures. Depuis 2012, NEVS était avant tout le nom de la société ayant repris les actifs industriels de Saab. À partir de 2016, ce nom doit également identifier ses propres produits.

Le principal véhicule de cette nouvelle phase est la NEVS 9-3 EV. Sa filiation avec la Saab 9-3 reste évidente, mais son importance historique vient précisément de cette transition : elle matérialise le passage d’un ancien modèle Saab thermique vers le projet électrique qui avait motivé la création de NEVS.

La production commence à prendre forme dans l’usine chinoise de Tianjin à partir de 2017. Les premières voitures issues de la ligne marquent le passage du développement à l’industrialisation, même si NEVS n’atteint jamais la stature d’un constructeur électrique de grande diffusion comparable aux acteurs ayant ensuite dominé le marché. La 9-3 EV reste néanmoins le modèle qui représente le mieux l’identité automobile propre de NEVS.

2019 : Evergrande prend le contrôle de NEVS

Un nouveau tournant intervient en janvier 2019 lorsque le groupe chinois Evergrande acquiert 51 % de NEVS. Le nouvel actionnaire apporte des moyens financiers importants et souhaite bâtir un vaste ensemble consacré aux véhicules électriques. NEVS s’intègre progressivement à cette stratégie, jusqu’à passer sous le contrôle total d’Evergrande en 2020.

Ce changement de propriétaire modifie encore la trajectoire de l’entreprise. NEVS n’est plus seulement présenté comme le constructeur chargé de transformer l’héritage Saab en automobiles électriques. Ses équipes et ses technologies doivent désormais participer à un ensemble beaucoup plus large consacré aux nouvelles mobilités.

Dans ce contexte, le développement d’une gamme conventionnelle de voitures NEVS perd progressivement de son importance. La marque s’oriente vers des projets où le véhicule devient une composante d’un système de transport complet plutôt qu’un produit vendu individuellement à un automobiliste.

2020 : le projet PONS fait évoluer NEVS vers la mobilité autonome

En 2020, NEVS présente PONS, un écosystème consacré au transport électrique, autonome et partagé. Son élément le plus visible est Sango, un véhicule électrique autonome conçu pour transporter des passagers dans le cadre de services organisés en flotte.

Ce projet constitue une véritable rupture avec les débuts de l’entreprise. En 2012, l’objectif était encore de fabriquer des voitures électriques à partir des compétences et des actifs récupérés auprès de Saab. Avec PONS, NEVS cherche désormais à fournir une solution de mobilité comprenant véhicule autonome, interface utilisateur et gestion de flotte.

Cette évolution correspond aux transformations du secteur automobile à cette période, mais elle éloigne NEVS du rôle traditionnel de constructeur. L’entreprise ne possède toujours pas de gamme étendue de voitures particulières diffusées à grande échelle et mise davantage sur son savoir-faire d’ingénierie que sur la construction d’une marque automobile généraliste.

2023 : la crise d’Evergrande met fin aux grandes ambitions automobiles

La situation change brutalement lorsque les graves difficultés financières d’Evergrande se répercutent sur NEVS. En 2023, l’entreprise doit réduire fortement ses activités, ses effectifs et son patrimoine industriel. Le développement automobile cesse alors d’être son activité principale.

C’est pourtant à cette période que NEVS révèle l’Emily GT, un projet de grande berline électrique développé par les équipes de Trollhättan. Contrairement à la 9-3 EV, issue directement d’une architecture héritée de Saab, l’Emily GT montre jusqu’où les ingénieurs de NEVS peuvent aller avec un programme plus indépendant. Le véhicule reste néanmoins un prototype et n’entre pas en production sous la marque.

À la fin de 2023, NEVS annonce la cession des projets Emily GT et PONS à EV Electra. L’opération semble offrir une possibilité de prolonger leur développement hors de NEVS, mais l’accord n’aboutit finalement pas : en mai 2024, NEVS annonce sa rupture après l’échec de certaines conditions prévues au contrat.

2026 : NEVS subsiste mais n’est plus un constructeur automobile actif

Après la réduction de ses activités, NEVS conserve une présence à Trollhättan mais se réoriente vers des services techniques et industriels. L’entreprise propose notamment des compétences d’atelier, de maintenance, d’automatisation, de fabrication et d’assistance industrielle. La société NEVS continue donc d’exister juridiquement, mais la marque automobile est de fait dormante.

En mai 2026, la mise aux enchères des dernières Saab et NEVS 9-3 encore conservées sur le site de Trollhättan prend une dimension symbolique. Elle clôt un cycle commencé quatorze ans plus tôt avec le rachat des actifs de Saab Automobile. NEVS n’aura finalement ni ressuscité durablement Saab ni construit une grande gamme automobile sous son propre nom. Son histoire reste celle d’une tentative singulière de transformer un héritage industriel suédois en constructeur électrique tourné vers la Chine, avant d’évoluer vers la mobilité autonome puis vers une activité beaucoup plus réduite de services industriels.