Histoire de la marque Nosmoke (Kate)

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Nosmoke est née au début des années 2010 autour d’un projet français de mobilité électrique légère mené par Luc Jaguelin. D’abord commercialisée par Noun’Electric, la petite voiture de loisirs inspirée dans son dessin de la Moke devient progressivement le produit central de l’entreprise, au point de lui donner son nom. Installée à Cerizay, dans les Deux-Sèvres, la société fait ensuite évoluer son modèle d’une production largement chinoise vers un assemblage français en petite série. Rachetée fin 2022 par les entrepreneurs à l’origine de Kate, Nosmoke sert alors de base à un projet beaucoup plus ambitieux de microvoiture électrique. Cette tentative de changement d’échelle connaîtra toutefois de fortes difficultés avant un recentrage sur la voiture de plage qui avait fait la réputation initiale de la marque.

2012 : Luc Jaguelin lance Noun’Electric dans la mobilité électrique légère

L’histoire automobile de Nosmoke commence réellement en 2012. Luc Jaguelin, passé notamment par plusieurs acteurs du deux-roues et de la voiture sans permis, développe alors Noun’Electric, une activité consacrée aux petits véhicules électriques. La personne morale utilisée possède une existence juridique antérieure, mais celle-ci n’était pas encore liée au projet automobile qui donnera naissance à Nosmoke. Pour comprendre la marque, 2012 constitue donc le véritable point de départ industriel et commercial.

Noun’Electric ne se limite pas immédiatement à un seul modèle. L’entreprise explore le marché encore jeune des quadricycles électriques, avec l’idée de proposer des véhicules simples et adaptés aux déplacements de proximité. C’est dans ce contexte qu’apparaît la voiture qui va progressivement éclipser le reste de la gamme.

2014 : la Nosmoke apparaît et l’entreprise s’installe à Cerizay

Vers 2014, Noun’Electric commence à commercialiser la Nosmoke, une petite voiture électrique ouverte dont la silhouette évoque clairement la célèbre Moke associée à l’univers de Mini. Les sources ne permettent pas de présenter Nosmoke comme l’héritière juridique officielle de la Mini Moke : il est plus exact de parler d’un véhicule inspiré par son architecture et son esprit de voiture de loisirs.

La même année, Noun’Electric s’implante à Cerizay, sur un ancien site lié à Heuliez. Ce choix est déterminant. Après les difficultés du constructeur deux-sévrien, le territoire conserve des compétences, des équipements et une culture automobile qui permettent à une petite entreprise de trouver plus facilement les savoir-faire nécessaires à l’assemblage de véhicules.

À cette époque, la Nosmoke dépend encore fortement d’une filière chinoise. Le véhicule est issu d’un partenariat industriel avec Shandong Tangjun et une grande partie de sa fabrication est réalisée en Chine avant les opérations de finition et de mise en conformité effectuées en France. Ce fonctionnement permet de lancer rapidement le modèle, mais ses limites vont bientôt apparaître.

2016 : les problèmes de qualité conduisent au rapatriement de la production

Les premières séries révèlent notamment des insuffisances de protection contre la corrosion et plusieurs problèmes de finition. Plutôt que de conserver une simple logique d’importation, Luc Jaguelin décide de revoir profondément l’organisation industrielle. À partir de 2016, la fabrication de nombreux éléments et l’assemblage sont progressivement rapatriés vers Cerizay, avec l’appui d’entreprises locales et un recours accru à des composants français ou européens.

Une présérie permet de corriger les défauts avant la stabilisation de la production en 2017. Ce tournant est essentiel dans l’histoire de la marque : Nosmoke passe alors d’un véhicule largement fabriqué en Chine à une petite production automobile réellement ancrée en France. La traction électrique conserve encore certains composants venus d’Asie, mais le châssis, la carrosserie et l’assemblage sont davantage maîtrisés localement.

Dans le même mouvement, Noun’Electric se recentre sur son modèle le plus identifiable. La Nosmoke cesse d’être une proposition parmi plusieurs petits véhicules électriques et devient le cœur de l’activité. Son positionnement est désormais clair : une voiture légère, ouverte, électrique et destinée avant tout aux usages de loisirs, aux zones littorales et aux déplacements locaux.

2018 : Noun’Electric prend officiellement le nom Nosmoke

Le succès du modèle dans l’identité de l’entreprise aboutit en octobre 2018 à un changement de dénomination sociale : Noun’Electric devient officiellement NOSMOKE. Le nom de la voiture devient ainsi celui de la société qui la construit. Cette évolution confirme le recentrage engagé les années précédentes.

Nosmoke reste cependant un constructeur de niche. Sa production en petite série et son positionnement très spécialisé lui donnent une identité singulière, mais limitent aussi les volumes susceptibles d’amortir les coûts industriels. L’entreprise dispose néanmoins d’atouts rares pour une structure de cette taille : un véhicule homologué, une chaîne de fournisseurs, une équipe expérimentée et un site capable d’assembler des automobiles légères. Ces éléments vont précisément attirer de nouveaux investisseurs quelques années plus tard.

2022 : le rachat par l’équipe de Kate change l’ambition de l’entreprise

En décembre 2022, Nosmoke est reprise par une équipe menée notamment par Thibaud Elzière, Matthias Goldenberg et Pierre Escrieut. Leur projet ne consiste pas seulement à poursuivre la commercialisation de la voiture de plage existante. Ils veulent créer sous le nom Kate une nouvelle génération de voitures électriques très légères destinées aux déplacements quotidiens.

Le rachat de Nosmoke permet d’éviter de partir d’une feuille blanche. Les nouveaux propriétaires récupèrent un outil de production, des compétences d’homologation, un réseau industriel et un produit déjà commercialisé. La Nosmoke est modernisée et prend le nom de Kate Original. Son industrialisation est simplifiée et la part de composants européens augmente, mais elle sert surtout de première base commerciale pendant que l’équipe prépare un projet beaucoup plus important.

Ce projet est le K1, une microvoiture électrique à quatre places destinée à un usage quotidien. Avec un prix cible situé autour de 15 000 euros et une production envisagée à une échelle très supérieure à celle de Nosmoke, le K1 doit transformer une petite entreprise artisanale en constructeur de véhicules légers produit en série. Plusieurs levées de fonds réalisées en 2023 puis en 2024 accompagnent cette stratégie.

2024 : le redressement judiciaire met fin au scénario de croissance rapide

L’ambition industrielle de Kate se heurte toutefois à des difficultés financières et techniques. Une série de véhicules équipée de batteries défectueuses impose notamment des opérations de rappel, de reprise et de remise en état. Dans le même temps, le développement du K1 nécessite des capitaux beaucoup plus importants que ceux déjà levés.

NOSMOKE déclare sa cessation des paiements au printemps 2024 et le tribunal de commerce de Niort ouvre une procédure de redressement judiciaire en mai. Il ne s’agit donc pas d’une liquidation immédiate, mais d’une tentative de sauvegarder l’activité et les emplois en réorganisant l’entreprise.

La structure juridique du projet devient également plus complexe. Une société distincte qui avait porté la dénomination KATE, auparavant NOSMOKE CARS, prend en 2024 le nom SMALL. Il faut donc distinguer cette entité de NOSMOKE SAS, la société historique installée à Cerizay. La marque Kate, le projet K1 et la société Nosmoke ne suivent plus exactement la même trajectoire.

2025 : le K1 est abandonné et Nosmoke est reprise autour de Patrick Sévian

Le tribunal arrête à la fin de 2024 un plan de redressement de NOSMOKE sur dix ans. Patrick Sévian devient ensuite la figure centrale du nouveau contrôle de la société, tandis que de nouveaux capitaux sont apportés pour permettre la poursuite de l’activité. Cette reprise sauve l’entreprise historique de Cerizay, mais elle intervient au moment où le projet initial de Kate change radicalement de direction.

Début 2025, l’équipe qui portait le K1 renonce en effet à industrialiser cette microvoiture. Les investissements encore nécessaires pour passer du développement à une véritable production de série ne peuvent être réunis. L’abandon du K1 marque l’échec de la tentative de transformer Nosmoke en constructeur de microvoitures produites à grande échelle.

La conséquence n’est pourtant pas la disparition de l’activité automobile. La branche survivante revient à ce qu’elle sait déjà fabriquer : une voiture électrique légère de loisirs directement issue de la Nosmoke d’origine. La grande rupture stratégique de 2022 se referme ainsi sur un retour au produit historique, plutôt que sur la création d’une gamme entièrement nouvelle.

2026 : la marque Kate poursuit l’histoire de la voiture de plage de Nosmoke

En 2026, NOSMOKE SAS demeure juridiquement active et poursuit son plan de redressement. La société reste implantée à Cerizay et commercialise des véhicules électriques légers sous la marque Kate. La voiture proposée aujourd’hui descend directement de la Nosmoke qui avait donné son identité à Noun’Electric plus d’une décennie auparavant.

La situation actuelle résume l’évolution particulière de l’entreprise. Nosmoke a d’abord été le nom d’un modèle, puis celui de son constructeur. Après le rachat de 2022, Kate devait devenir la marque d’un nouveau constructeur de microvoitures à grande échelle. Les difficultés de 2024 et l’abandon du K1 ont finalement recentré l’activité sur la petite voiture de plage électrique assemblée en France, qui reste le fil conducteur le plus durable de cette histoire.