Histoire de la marque Heuliez

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Heuliez trouve ses origines à Cerizay, dans les Deux-Sèvres, où une activité familiale de charronnage évolue progressivement vers la carrosserie automobile au début du XXe siècle. Portée notamment par Louis Heuliez puis par ses descendants, l’entreprise française s’est moins comportée comme une marque automobile traditionnelle que comme un carrossier, un bureau d’études et un constructeur spécialisé travaillant pour de grands groupes. Des premières carrosseries aux petites séries expérimentales, des breaks produits pour d’autres marques aux coupés-cabriolets des années 2000, Heuliez a bâti sa réputation sur sa capacité à transformer des projets particuliers en véhicules industrialisables. Cette spécialisation a aussi constitué sa fragilité lorsque les contrats confiés par les constructeurs se sont raréfiés.

1871 : Adolphe Heuliez reprend une activité familiale de charronnage

L’histoire d’Heuliez commence bien avant la production automobile. En 1871, Adolphe Heuliez reprend à Cerizay une activité familiale de charronnage, un métier consacré à la fabrication et à la réparation de véhicules hippomobiles. Cette origine explique une grande partie de l’identité future de l’entreprise : Heuliez naît du travail de la structure, de la carrosserie et de l’adaptation des véhicules, plutôt que de la conception de moteurs ou de mécaniques complètes.

Il est délicat d’attribuer une seule date de fondation à l’entreprise telle qu’elle sera connue plus tard. Les sources historiques retiennent notamment 1920 pour l’apparition d’une première carriole portant le nom Heuliez, tandis que le véritable essor industriel intervient en 1922 lorsque Louis Heuliez, fils d’Adolphe, reprend l’atelier. Dès 1923, il développe un procédé de caoutchoutage des roues commercialisé sous le nom « Elastic Rubber Tyres ». Cette innovation accompagne la transition entre l’ancienne activité de charronnage et les nouveaux besoins liés à la motorisation.

1925 : Heuliez entre dans la carrosserie automobile

Le tournant automobile intervient en 1925 avec la réalisation d’une carrosserie de break sur un châssis de Peugeot 177B. Cette voiture constitue un jalon essentiel : Heuliez ne se contente plus d’adapter son savoir-faire traditionnel, mais l’applique désormais directement à l’automobile. L’entreprise développe ensuite ses activités de carrosserie tout en conservant un rôle de spécialiste travaillant sur des châssis et des bases mécaniques provenant d’autres constructeurs.

La diversification vers les véhicules de transport collectif intervient rapidement. Heuliez réalise un premier autocar à ossature bois en 1932, avant de se tourner progressivement vers les structures métalliques dans la seconde moitié des années 1930. Le procédé associé au nom Robustacier symbolise cette évolution technique. L’entreprise quitte alors progressivement les méthodes artisanales héritées de la charronnerie pour adopter des procédés plus adaptés à une production industrielle.

1947 : Henri et Pierre Heuliez accélèrent l’industrialisation

À la mort de Louis Heuliez en 1947, la génération suivante prend le relais. Henri Heuliez joue un rôle majeur dans la direction de l’entreprise, tandis que Pierre Heuliez intervient notamment dans les études et le dessin. Dans la France de l’après-guerre, la société se développe dans les autocars, les véhicules spéciaux et les carrosseries réalisées pour différents donneurs d’ordre.

Le changement d’échelle devient particulièrement visible dans les années 1960. Heuliez adopte des méthodes de production en série et fournit des éléments de carrosserie ou des véhicules dérivés aux grands constructeurs. Des collaborations avec des marques comme Simca illustrent ce nouveau positionnement. Heuliez devient progressivement un industriel capable d’assurer la conception, l’outillage et la fabrication de variantes qu’un constructeur généraliste ne souhaite pas nécessairement produire dans ses propres usines.

1969 : la Citroën M35 affirme le savoir-faire des petites séries

À la fin des années 1960, Heuliez démontre pleinement sa capacité à industrialiser des projets atypiques avec la M35 de Citroën. Produite entre 1969 et 1971 à seulement 267 exemplaires, cette voiture expérimentale dotée d’un moteur rotatif Wankel est confiée à des utilisateurs afin d’évaluer la technologie en conditions réelles. Heuliez assure la réalisation de cette petite série, à mi-chemin entre le prototype et une production automobile classique.

Cette mission résume bien le métier qui fera sa réputation pendant plusieurs décennies. Heuliez n’a pas vocation à concurrencer directement les grandes marques avec une gamme complète commercialisée sous son propre nom. L’entreprise intervient plutôt lorsqu’un constructeur a besoin d’une étude particulière, d’une carrosserie spécifique, d’un prototype fonctionnel ou d’un véhicule produit en volumes trop limités pour justifier une chaîne dédiée dans une grande usine.

Cette orientation se structure encore dans les années 1970. Une division consacrée aux cars et autobus apparaît en 1972, tandis que les activités d’études automobiles sont organisées à la fin de la décennie autour d’une entité spécialisée. Heuliez devient ainsi à la fois un centre d’ingénierie, un carrossier et un fabricant capable de prendre en charge des programmes complets.

1980 : l’activité automobile et Heuliez Bus suivent progressivement des trajectoires distinctes

En juin 1980, Heuliez Bus est constitué comme entreprise à Rorthais. Cette date est importante pour comprendre la suite de l’histoire, car le nom Heuliez recouvre désormais des activités dont les destins finiront par diverger. La branche automobile poursuit à Cerizay son travail de conception et de production pour les constructeurs, tandis que l’activité autobus développe sa propre trajectoire industrielle.

Durant les années 1980 et 1990, l’automobile devient particulièrement associée aux dérivés de carrosserie et aux séries spécifiques. Heuliez produit notamment plusieurs breaks pour Citroën, dont le break Xantia. Ces véhicules sont moins spectaculaires que les nombreux prototypes présentés par le bureau d’études, mais ils sont essentiels pour comprendre le modèle économique de l’entreprise : Heuliez apporte aux grands groupes une capacité industrielle flexible pour des variantes dont les volumes restent inférieurs à ceux des berlines dont elles dérivent.

Heuliez Bus sort ensuite progressivement du périmètre du groupe familial. En 1998, Renault V.I. prend le contrôle de l’entreprise. Elle rejoint ensuite Irisbus, créé par Renault et Iveco, avant de passer sous le contrôle complet d’Iveco en 2003. Cette séparation explique pourquoi le nom Heuliez survivra dans le monde des autobus alors que l’entreprise automobile historique disparaîtra ultérieurement.

2000 : la Peugeot 206 CC met en lumière l’expertise des toits escamotables

Le début des années 2000 correspond à l’une des périodes les plus visibles du savoir-faire automobile d’Heuliez. Pour la Peugeot 206 CC, l’entreprise participe au développement et à l’industrialisation de l’ensemble associant le toit rigide escamotable et le coffre. Heuliez n’invente pas le principe du coupé-cabriolet à toit métallique, beaucoup plus ancien, mais contribue à son application industrielle moderne sur un modèle produit à grande échelle.

La spécialisation se prolonge avec l’Opel Tigra TwinTop, assemblée à Cerizay à partir de 2004. Cette fois, Heuliez produit le véhicule pour le compte du constructeur. Le programme confirme la capacité du site à dépasser le simple rôle de fournisseur de pièces : il peut prendre en charge une automobile complète lorsque son volume ou sa complexité rendent pertinente une fabrication externalisée.

Cette réussite révèle cependant la dépendance du modèle Heuliez aux décisions des grands constructeurs. Une usine spécialisée dans les séries de niche reste fortement exposée à l’arrêt d’un programme. Lorsque les volumes de la Tigra diminuent fortement à la fin des années 2000, l’entreprise ne dispose pas d’une gamme propre suffisamment installée pour compenser rapidement la perte de ces commandes.

2007 : les difficultés financières ouvrent une longue période de restructuration

Heuliez est placé sous procédure de sauvegarde en octobre 2007, puis en redressement judiciaire en avril 2009. La crise ne peut pas être attribuée à l’échec d’un seul modèle. Elle résulte d’un ensemble de facteurs : diminution des contrats de moyenne série, évolution des stratégies d’externalisation des constructeurs, concurrence industrielle et fragilité financière d’une entreprise dépendante de quelques programmes importants.

Pour retrouver un avenir au-delà de la sous-traitance traditionnelle, Heuliez mise alors sur la voiture électrique. Le projet Friendly doit permettre à l’entreprise d’exploiter ses compétences en développement et en production dans un marché naissant. Plusieurs investisseurs et plans de sauvetage se succèdent toutefois sans permettre une stabilisation durable.

La restructuration de 2010 sépare finalement l’activité industrielle historique du projet de voiture électrique. Ce dernier poursuit son développement sous une autre identité, qui donnera naissance à Mia Electric. Il serait donc inexact de considérer Mia comme un simple changement de nom de toute l’entreprise Heuliez : il s’agit de la continuation d’une partie spécifique de ses projets dans une nouvelle structure.

2013 : la liquidation met fin à l’Heuliez automobile historique

Malgré les restructurations engagées, Heuliez connaît de nouvelles difficultés et retourne en redressement judiciaire en 2013. Le 30 septembre, la liquidation de la société automobile est prononcée, avec une courte poursuite de l’activité destinée à terminer les commandes restantes. Cette décision marque la fin du carrossier et constructeur de Cerizay sous sa forme historique, après près d’un siècle d’évolution depuis l’atelier familial.

La disparition de cette société ne signifie cependant pas celle du nom Heuliez. La branche autobus avait été séparée bien avant la liquidation et a continué son activité au sein d’Iveco. La marque Heuliez reste ainsi utilisée pour des autobus, notamment électriques, produits à Rorthais. Heuliez ne constitue donc plus aujourd’hui une marque de voitures particulières en activité : son histoire automobile s’est achevée avec la liquidation de 2013, tandis que son nom demeure présent dans le transport collectif au sein de l’écosystème Iveco.