
PGO est un petit constructeur automobile français dont l’histoire commence dans l’univers des répliques avant d’évoluer vers une production de voitures de sport à part entière. La naissance de la marque est généralement située au milieu des années 1980, même si les sources divergent sur la date exacte et sur l’identité de ses premiers fondateurs. D’abord connue pour des évocations de sportives classiques, notamment inspirées de l’AC Cobra puis de la Porsche 356, PGO change profondément de dimension à la fin des années 1990. La marque développe alors ses propres modèles, s’installe dans le Gard, obtient le statut de constructeur de petites séries et traverse plusieurs crises financières sans disparaître. Son parcours reste celui d’un acteur artisanal, attaché à des automobiles légères et néo-rétro produites en volumes limités.
1985 : PGO se fait connaître par la fabrication de répliques
Les origines exactes de PGO sont moins simples à établir qu’il n’y paraît. Plusieurs récits historiques situent la création de l’activité en 1985, tandis que d’autres évoquent 1980. Les noms associés à la fondation diffèrent également selon les sources. La documentation officielle actuelle de PGO ne permet pas de trancher définitivement cette question, car elle concentre surtout son récit sur la période industrielle commencée autour de l’an 2000. La société juridique qui porte aujourd’hui le nom PGO Automobiles a, quant à elle, été créée en 1994. Il faut donc distinguer les premières activités artisanales de la marque de l’histoire administrative de l’entreprise actuelle.
Dans ses débuts, PGO évolue avant tout sur le marché des répliques de voitures de sport anciennes. L’entreprise réalise notamment des évocations de l’AC Cobra avant de se tourner vers la Porsche 356 Speedster. Cette dernière influence durablement l’identité visuelle de la marque. Ses proportions compactes, ses ailes arrondies et son dessin volontairement rétro deviennent la base esthétique à partir de laquelle PGO construira plus tard ses propres voitures.
Cette première période est importante parce qu’elle définit le positionnement de PGO : non pas concurrencer les grands constructeurs sur les volumes, mais proposer des voitures de loisir produites artisanalement et inspirées de modèles historiques. Elle expose cependant aussi l’entreprise à une question qui deviendra centrale quelques années plus tard, celle de la frontière entre hommage stylistique et reproduction d’un dessin protégé.
1998 : Laurent Skrzypczak et Olivier Baudouin transforment le projet
Un tournant majeur intervient en 1998 lorsque Laurent Skrzypczak et Olivier Baudouin reprennent PGO. Leur ambition dépasse la poursuite d’une activité de répliques. Ils veulent transformer l’entreprise en véritable constructeur automobile de petites séries, capable de développer, d’homologuer et de commercialiser ses propres véhicules.
Cette évolution impose de revoir profondément l’organisation de PGO. Il ne suffit plus de produire artisanalement des carrosseries inspirées de modèles existants. La nouvelle équipe doit développer une structure spécifique, organiser un processus industriel, trouver des fournisseurs et financer l’homologation d’une automobile nouvelle. Le style rétro reste un élément essentiel de l’identité de la marque, mais il doit désormais être associé à une conception propre.
La reprise de 1998 constitue ainsi une seconde naissance pour PGO. L’entreprise conserve l’image acquise grâce aux évocations de la 356, tout en cherchant à sortir du statut de fabricant de répliques qui avait caractérisé ses premières années.
2000 : la Speedster II fait entrer PGO dans l’ère du constructeur
Le projet prend forme au Mondial de l’Automobile de Paris 2000 avec la présentation de la Speedster II. Son dessin reste clairement inspiré des petits roadsters des années 1950, mais le modèle ne doit plus être considéré comme une simple reproduction de la Porsche 356. PGO développe une architecture spécifique et utilise des composants issus de la grande série afin de rendre une production limitée économiquement viable.
Dans le même mouvement, l’entreprise organise son activité industrielle dans le Gard, à Saint-Christol-lez-Alès, près du Pôle Mécanique d’Alès. Cette implantation devient le centre de la PGO moderne. Pour financer son développement, la société est introduite en 2002 sur le Marché Libre de la Bourse de Paris, une démarche inhabituelle pour un constructeur de taille aussi réduite.
La Speedster II est homologuée et commence à être livrée en 2003. Sa mécanique s’appuie alors largement sur des éléments provenant de Peugeot. Ce recours à des organes éprouvés permet à PGO de concentrer ses ressources sur ce qui distingue réellement ses voitures : le châssis, l’assemblage en petite série et une carrosserie à forte personnalité.
La commercialisation de la Speedster II marque le passage décisif entre deux périodes de l’histoire de PGO. La marque n’est plus seulement associée à la reproduction de modèles anciens : elle devient un constructeur français homologuant une automobile sous son propre nom.
2005 : le conflit avec Porsche accompagne une grave crise financière
La proximité esthétique entre les PGO et la Porsche 356 finit par provoquer un conflit judiciaire. Porsche engage une action afin de contester la commercialisation de modèles dont le dessin reprend fortement les codes de son ancienne 356. Après une première décision défavorable à PGO, la cour d’appel de Paris rend le 1er juin 2005 une décision importante qui écarte certaines demandes du constructeur allemand.
Cette décision permet à PGO de poursuivre son activité, mais elle ne doit pas être interprétée comme la disparition immédiate de tout différend juridique entre les deux entreprises. Des procédures connexes se prolongent par la suite. L’épisode reste néanmoins déterminant : le style qui avait construit la notoriété de PGO aurait aussi pu mettre en péril son avenir commercial.
L’année 2005 est également marquée par des difficultés financières beaucoup plus directes. Le tribunal de commerce d’Alès place PGO en redressement judiciaire. Dans le même temps, des capitaux koweïtiens entrent au capital et prennent une position majoritaire. Cette intervention financière contribue à maintenir l’activité du constructeur.
Un plan de continuation est homologué en 2006 afin d’organiser le règlement du passif et la poursuite de l’entreprise. Il sera exécuté sur une longue période avant que la justice n’en constate l’achèvement en 2017. PGO évite ainsi la liquidation et conserve son outil industriel à Saint-Christol-lez-Alès.
Cette période voit aussi apparaître la Cévennes, livrée à partir de 2005. Le modèle reprend la philosophie de la Speedster II tout en donnant à PGO une seconde automobile durablement identifiable. Son importance tient moins à une révolution technique qu’au fait qu’elle permet à la marque de ne plus dépendre d’un seul modèle.
2008 : l’Hemera et l’homologation européenne élargissent les ambitions
PGO poursuit sa diversification en présentant en 2008 l’Hemera, un coupé qui transpose le style caractéristique de la marque à une carrosserie fermée. Sa commercialisation commence l’année suivante. Avec la Speedster II, la Cévennes et l’Hemera, le constructeur dispose désormais d’une petite gamme cohérente plutôt que d’un unique roadster décliné sous différentes formes.
Le tournant le plus important de cette période intervient cependant sur le terrain réglementaire. En 2009, PGO obtient une homologation européenne de petite série. Pour un constructeur artisanal, cette reconnaissance est essentielle : elle simplifie l’accès aux différents marchés de l’Union européenne et donne à l’entreprise une capacité de développement commercial qui aurait été beaucoup plus difficile avec des homologations nationales séparées.
PGO atteint alors l’une des phases les plus structurées de son histoire industrielle. La société reste très éloignée des volumes des constructeurs généralistes, mais elle dispose d’une usine, de plusieurs modèles homologués et d’un cadre permettant leur commercialisation au-delà de la France.
2012 : l’accord avec BMW modernise profondément la gamme
La mécanique constitue le principal changement technique du début des années 2010. Le 29 février 2012, PGO conclut un accord d’approvisionnement avec BMW. Les motorisations utilisées jusque-là sont progressivement remplacées par un quatre cylindres turbo de 1,6 litre fourni par le groupe allemand.
Cette évolution est importante pour une marque dont les modèles reposent sur une architecture volontairement pérenne. Plutôt que de remplacer entièrement ses voitures, PGO modernise leur chaîne cinématique afin d’améliorer performances, rendement et conformité aux attentes contemporaines. La Speedster II, la Cévennes et l’Hemera bénéficient de cette nouvelle mécanique.
L’accord avec BMW illustre aussi la méthode industrielle de PGO. Un constructeur produisant en très petite série ne peut développer seul tous ses organes mécaniques. L’utilisation d’un moteur fourni par un grand groupe permet de bénéficier d’une technologie récente tout en continuant à fabriquer localement des automobiles très spécifiques.
2018 : une nouvelle crise révèle la fragilité persistante de PGO
Malgré l’achèvement du plan de continuation de la décennie précédente, les difficultés ne disparaissent pas totalement. En octobre 2018, PGO fait de nouveau l’objet d’une procédure de redressement judiciaire. La situation témoigne des contraintes auxquelles doit faire face un constructeur artisanal : faibles volumes, dépenses d’homologation, besoin permanent de capitaux et dépendance envers quelques partenaires industriels et financiers.
Cette nouvelle procédure connaît toutefois une issue très différente de celle ouverte en 2005. Le jugement est rétracté dès novembre 2018 à la suite d’une tierce opposition. Il serait donc inexact de présenter cet épisode comme une faillite ou comme la disparition de PGO.
La structure de propriété continue néanmoins d’évoluer. En 2019, Symex International General Trading, lié aux capitaux koweïtiens présents depuis le milieu des années 2000, consolide une position très largement majoritaire dans le capital. La société engage alors la sortie de PGO de la cote, mettant fin à la période boursière commencée en 2002. Ce changement referme une étape de l’histoire financière de la marque et renforce le contrôle de son principal actionnaire.
2026 : PGO demeure un constructeur artisanal dans un marché plus contraignant
En 2026, PGO Automobiles existe toujours juridiquement et reste implantée à Saint-Christol-lez-Alès. La marque continue de présenter la Speedster II, la Cévennes et l’Hemera comme les piliers de son univers, preuve d’une remarquable continuité de gamme pour un constructeur dont la production repose depuis l’origine sur de très petites séries.
La situation n’est cependant plus celle de l’expansion européenne engagée à la fin des années 2000. Le durcissement progressif des normes d’émissions, de sécurité et d’homologation pèse particulièrement lourd sur les petits constructeurs thermiques, qui ne peuvent amortir leurs coûts de développement sur des centaines de milliers de véhicules. Pour PGO, le principal enjeu est désormais moins d’élargir sa gamme que de préserver la possibilité de produire et d’homologuer ses voitures dans un cadre réglementaire devenu beaucoup plus exigeant.
L’histoire de PGO reste ainsi celle d’une transformation singulière : partie d’une activité de répliques dans les années 1980, l’entreprise est devenue à partir de 2000 un constructeur français à part entière, a survécu à un conflit majeur avec Porsche, à plusieurs crises financières et à des changements d’actionnariat, puis a maintenu une production automobile artisanale autour d’un style immédiatement reconnaissable. Au milieu des années 2020, PGO demeure active, mais son avenir dépend plus que jamais de sa capacité à adapter ce modèle de très petite série aux nouvelles contraintes de l’industrie automobile.
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