Histoire de la marque Teilhol

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Teilhol est une marque automobile française issue du travail de Raoul Teilhol, carrossier installé en Auvergne. Ses racines remontent à l’après-guerre, mais son véritable développement industriel commence à la fin des années 1950 avec la maîtrise des carrosseries en polyester. D’abord partenaire de grands constructeurs, notamment Renault puis Citroën, l’entreprise se fait connaître avec la fabrication des Renault Rodéo avant de développer ses propres véhicules, parmi lesquels la Citadine électrique, la Simply et surtout la Tangara. Cette évolution, d’un atelier de réparation vers un petit constructeur spécialisé, s’achève au début des années 1990 après une période de graves difficultés financières.

1944 : Raoul Teilhol ouvre son premier atelier automobile

L’histoire de Teilhol commence à Courpière, dans le Puy-de-Dôme, où Raoul Teilhol crée en 1944 un atelier consacré à la réparation automobile. L’entreprise n’est alors ni une marque automobile au sens commercial du terme ni un constructeur disposant de ses propres modèles. Elle appartient au monde des artisans et carrossiers qui entretiennent, transforment et adaptent des véhicules existants.

Cette origine explique une caractéristique durable de Teilhol : plutôt que de développer immédiatement des automobiles entièrement nouvelles, l’entreprise construit progressivement son activité autour de la transformation de véhicules et de l’utilisation d’éléments mécaniques fournis par de grands constructeurs. Cette spécialisation va devenir déterminante lorsque Raoul Teilhol s’intéresse à de nouveaux matériaux de carrosserie.

1958 : le polyester transforme l’atelier en carrossier industriel

En 1958, l’entreprise franchit un tournant majeur en développant l’utilisation du polyester stratifié pour fabriquer des éléments de carrosserie. Ce matériau permet de produire des formes complexes sans recourir aux coûteux outillages nécessaires à l’emboutissage de grandes pièces métalliques. Il convient particulièrement bien aux petites et moyennes séries sur lesquelles Teilhol peut se positionner.

L’activité s’étend alors aux poids lourds, aux véhicules utilitaires et aux véhicules spéciaux. Teilhol intervient notamment sur différents utilitaires de Renault, dont les Galion, Goélette et Estafette. Cette collaboration permet à l’entreprise auvergnate d’acquérir une expérience industrielle qui dépasse largement celle de son atelier d’origine. À la fin des années 1960, elle possède ainsi les compétences nécessaires pour participer à la conception et à la fabrication d’un véritable véhicule produit en série.

1970 : la Renault Rodéo fait changer Teilhol d’échelle

En 1970, les Ateliers de Construction du Livradois, dirigés par Raoul Teilhol et couramment désignés par le sigle ACL, sont à l’origine de la première Renault Rodéo. Conçue sur une base mécanique de Renault 4 et habillée d’une carrosserie légère en matériaux composites, cette voiture de loisirs répond à la demande croissante pour des véhicules simples, polyvalents et utilisables aussi bien à la campagne qu’en bord de mer.

La Rodéo est commercialisée dans la gamme Renault, mais sa conception et sa fabrication sont étroitement liées à ACL. Pour Teilhol, ce programme représente un changement de dimension. L’entreprise ne se contente plus de transformer ponctuellement des utilitaires : elle participe désormais à la production régulière d’une automobile distribuée par un grand réseau national. Plusieurs générations de Rodéo se succèdent, jusqu’à la Rodéo 5 lancée au début des années 1980. Environ 60 000 exemplaires de la famille seront produits au total, ce qui en fait le programme automobile le plus important de l’histoire industrielle de Teilhol.

1972 : la Citadine ouvre une voie précoce vers la voiture électrique

Alors que la Rodéo assure l’essentiel de sa visibilité, Teilhol cherche déjà à développer des activités plus indépendantes. Au printemps 1972 apparaît la Citadine électrique, petite voiture destinée principalement aux déplacements urbains. À une époque où la voiture électrique reste marginale, cette initiative constitue l’une des expérimentations les plus originales de l’entreprise.

Le projet prend une dimension industrielle avec le développement d’une activité dédiée à Ambert et la création, en 1974, de la société Teilhol Voiture Electrique. La commercialisation demeure cependant limitée et la Citadine ne devient pas un produit de grande diffusion. Son importance est surtout historique : elle montre que Raoul Teilhol tente de diversifier l’entreprise au-delà de son rôle de partenaire de Renault et d’explorer des marchés de niche où une petite structure peut encore innover.

1978 : le nom Teilhol devient l’identité centrale de l’entreprise

La création de Teilhol SA en 1978 marque une nouvelle étape dans la structuration du groupe. Le nom du fondateur s’impose progressivement comme l’identité industrielle sous laquelle sont réunies les différentes activités. Cette évolution ne signifie pas que les Rodéo deviennent des automobiles de marque Teilhol, puisqu’elles restent commercialisées par Renault, mais elle accompagne la volonté de développer des véhicules portant directement le nom de l’entreprise.

Au début des années 1980, cette stratégie se manifeste notamment avec la Simply, une petite voiture proposée avec différentes motorisations et destinée au marché des véhicules légers. Teilhol conserve ainsi une organisation à deux visages : d’un côté, une activité industrielle dépendante des commandes de grands constructeurs ; de l’autre, le développement de produits propres pour des marchés spécialisés.

1986 : l’arrêt de la Rodéo provoque une crise décisive

Le modèle économique de Teilhol est brutalement fragilisé lorsque Renault met fin au programme Rodéo dans le cadre de sa restructuration. La production s’arrête autour de 1986, même si certaines sources prolongent la carrière commerciale de la gamme jusqu’en 1987. Pour Teilhol, la conséquence est immédiate : l’entreprise perd le programme qui avait soutenu une part essentielle de son activité automobile pendant plus de quinze ans.

Les difficultés financières deviennent suffisamment graves pour entraîner l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire en mai 1986 concernant plusieurs sociétés du groupe. Teilhol doit alors trouver rapidement un nouvel appui industriel. Celui-ci vient de Citroën, pour lequel l’entreprise réalise notamment des transformations d’utilitaires C15, puis divers travaux sur d’autres véhicules de la gamme. Un plan de continuation est arrêté en 1987, donnant à l’entreprise une possibilité de poursuivre son activité.

1987 : la Tangara incarne la tentative de renaissance de Teilhol

En mars 1987, Teilhol présente au Salon de Genève la Tangara, modèle qui devient rapidement le symbole de la dernière période de son histoire. Construite à partir d’éléments mécaniques issus de la Citroën 2CV6 et dotée d’une carrosserie en matériaux composites, elle reprend la formule du véhicule de loisirs simple et découvrable que Teilhol connaît parfaitement depuis la Rodéo.

La différence est essentielle : la Tangara est cette fois commercialisée sous le nom Teilhol. Elle constitue donc l’une des tentatives les plus abouties de l’entreprise pour devenir un constructeur disposant de son propre produit phare, tout en s’appuyant sur des composants techniques éprouvés et sur la proximité industrielle de Citroën. Son lancement intervient également au moment où la Méhari arrive en fin de carrière, laissant une place potentielle pour un véhicule de loisirs rustique et léger.

Pour préparer l’avenir, Teilhol cherche ensuite à utiliser des composants plus modernes issus de la Citroën AX. La Théva et les évolutions de la Tangara témoignent de cette volonté de sortir progressivement de l’architecture vieillissante de la 2CV. Cette modernisation exige toutefois des investissements importants à un moment où les finances de l’entreprise restent extrêmement fragiles.

1990 : la liquidation met fin à la production automobile Teilhol

La tentative de redressement ne suffit pas. Le 21 mars 1990, le plan de continuation engagé quelques années plus tôt est remis en cause et une nouvelle procédure de redressement judiciaire est ouverte. Le 11 avril 1990, la liquidation judiciaire de Teilhol SA est prononcée. La production automobile cesse, mettant fin à la Tangara et aux projets qui devaient renouveler la gamme.

Une partie de l’outil industriel ne disparaît pas pour autant immédiatement. L’unité d’Arlanc est reprise en 1990 par Carrosseries et Composites d’Auvergne, puis ce savoir-faire dans les matériaux composites connaît d’autres prolongements industriels au cours des années suivantes. Il ne s’agit cependant pas d’une relance de Teilhol comme constructeur automobile : la marque ne revient pas sur le marché avec une nouvelle gamme.

La liquidation de la société reste juridiquement ouverte pendant de nombreuses années avant d’être clôturée en 2017. Teilhol est aujourd’hui une marque automobile disparue. Son histoire reste principalement associée à trois éléments qui ont réellement défini son parcours : la maîtrise précoce des carrosseries en polyester, l’industrialisation acquise grâce à la Renault Rodéo et la tentative d’indépendance incarnée, à la fin des années 1980, par la Tangara.