
Tracta est une marque automobile française née dans la seconde moitié des années 1920 autour des travaux de Jean-Albert Grégoire et de Pierre Fenaille. Son histoire est brève, mais elle occupe une place particulière dans le développement de la traction avant grâce à une solution de transmission innovante, le joint homocinétique Tracta. La marque construit ses propres automobiles, utilise la compétition comme laboratoire et vitrine technique, puis disparaît comme constructeur au début des années 1930, tandis que les inventions mises au point sous son nom poursuivent une carrière bien plus longue.
1925 : Jean-Albert Grégoire et Pierre Fenaille préparent le projet Tracta
Avant la création de la marque, Jean-Albert Grégoire et Pierre Fenaille évoluent déjà dans le milieu automobile. Ils exploitent le Garage des Chantiers à Versailles, où ils représentent notamment Delage et Mathis. Cette activité leur donne un contact direct avec les automobiles de l’époque, leur entretien et leurs limites techniques.
Grégoire s’intéresse particulièrement à la possibilité de transmettre efficacement la puissance aux roues avant directrices. À une époque où la propulsion domine très largement la production automobile, la traction avant reste difficile à mettre en œuvre de manière fiable. Le futur projet Tracta va précisément se construire autour de cette difficulté mécanique.
1926 : la GePhi et le joint Tracta donnent naissance au concept
En 1926, Grégoire et Fenaille mettent au point une voiture expérimentale appelée GePhi, nom formé à partir de leurs patronymes. Le prototype adopte la traction avant et sert de banc d’essai à une articulation capable de transmettre le mouvement aux roues tout en conservant une vitesse de rotation régulière lorsque celles-ci braquent.
Cette solution devient le joint homocinétique Tracta, dont un brevet est déposé en décembre 1926. L’innovation est déterminante car elle ne constitue pas un simple détail mécanique : elle rend beaucoup plus crédible l’emploi de la traction avant sur une automobile performante. La future marque se développe donc d’abord autour d’une invention et d’une architecture technique, avant de chercher à devenir un constructeur à part entière.
1927 : Automobiles Tracta est créée et se fait connaître au Mans
La Société des Automobiles Tracta est enregistrée en janvier 1927 par Jean-Albert Grégoire et Pierre Fenaille. Cette date marque le véritable démarrage de Tracta comme entreprise automobile, même si le prototype et la technologie qui lui donnent naissance remontent à l’année précédente. Les premières activités restent liées à Versailles avant que la production ne soit installée à Asnières.
La même année, Grégoire et Fenaille engagent leur voiture aux 24 Heures du Mans. La GePhi termine septième au classement général. Au-delà du résultat sportif, cette participation joue un rôle essentiel dans l’histoire de Tracta : elle démontre qu’une automobile à traction avant équipée du système conçu par Grégoire peut soutenir une longue épreuve d’endurance. La compétition devient ainsi une vitrine technique pour une solution encore inhabituelle sur le marché.
1928 : Tracta passe du prototype à une petite production automobile
Après les premières démonstrations en compétition, Tracta cherche à transformer son innovation en activité commerciale. La marque présente ses automobiles au public et développe une petite gamme routière reposant sur la traction avant. Les premières voitures utilisent notamment des moteurs fournis par des motoristes extérieurs, ce qui permet à la jeune société de concentrer ses efforts sur son châssis et sa transmission.
Cette production reste toutefois artisanale. Tracta ne dispose ni des volumes ni des moyens industriels des grands constructeurs français. Son originalité repose davantage sur sa conception mécanique que sur une capacité de fabrication de masse. Les automobiles produites à Asnières deviennent ainsi le prolongement commercial d’une démarche d’ingénieur.
1929 : la compétition confirme la fiabilité de la traction avant Tracta
Tracta poursuit son engagement aux 24 Heures du Mans jusqu’en 1930. Les voitures terminent régulièrement l’épreuve et obtiennent notamment des places parmi les dix premières en 1929 et 1930. Ces résultats n’installent pas Tracta parmi les grands constructeurs de compétition, mais ils remplissent l’objectif essentiel de Grégoire : prouver la robustesse de son architecture sur de longues distances.
En parallèle, la technique Tracta commence à intéresser d’autres industriels. Le joint homocinétique est adopté sous licence par des constructeurs qui développent eux aussi des voitures à traction avant, parmi lesquels DKW et Adler. L’invention conçue pour les propres automobiles de Grégoire acquiert ainsi une portée industrielle bien supérieure aux volumes de la marque elle-même.
1930 : Tracta élargit sa gamme sans atteindre une production de grande série
Au tournant des années 1930, Tracta tente de faire évoluer ses voitures au-delà des petites mécaniques de ses débuts. Certains modèles reçoivent des moteurs plus importants, notamment des six-cylindres Continental puis Hotchkiss. Le Type E compte parmi les automobiles représentatives de cette période, durant laquelle Grégoire cherche à appliquer sa traction avant à des voitures routières plus ambitieuses.
Cette diversification ne suffit cependant pas à donner à Tracta une assise commerciale solide. La production totale reste de l’ordre de quelques centaines d’exemplaires, très loin des volumes nécessaires pour assurer durablement la rentabilité d’un constructeur. L’entreprise se trouve ainsi dans une situation paradoxale : sa technologie intéresse l’industrie automobile, mais ses propres voitures restent confidentielles.
1934 : la production automobile cesse mais la technologie Tracta lui survit
La fabrication des automobiles Tracta s’arrête au début des années 1930, 1934 étant généralement retenue comme l’année de fin de production. Certaines sources situent toutefois la disparition effective de l’activité automobile vers 1932, période durant laquelle les volumes deviennent déjà extrêmement faibles. Il est donc préférable de distinguer le déclin commercial de la marque de la cessation définitive de sa fabrication.
Tracta ne connaît ensuite ni rachat majeur ni relance comme constructeur automobile. Jean-Albert Grégoire conserve son activité d’ingénierie à Asnières et poursuit ses recherches dans le domaine automobile. La marque disparaît, mais le joint Tracta et les travaux menés autour de la traction avant continuent d’influencer d’autres constructeurs. L’histoire de Tracta s’achève ainsi comme celle d’un petit fabricant français dont l’importance technique a largement dépassé la diffusion de ses propres voitures.
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