La Ferrari 412 S est un prototype de compétition construit en un seul exemplaire en 1958. Derrière cette production confidentielle se cache une voiture à l’histoire complexe, issue de la transformation du châssis 0744 de la 312 S et équipée d’un V12 de 4 litres développant officiellement 432 ch. Elle ne doit être confondue ni avec la Ferrari 412 de grand tourisme des années 1980, ni avec la 412 P apparue dans une génération ultérieure de prototypes.
Un modèle unique dérivé de la 312 S
La 412 S n’a pas été conçue à partir d’une feuille blanche. Ferrari a utilisé le châssis numéro 0744, auparavant affecté à la Ferrari 312 S. Cette première configuration portait le type de châssis interne 524 et associait déjà une structure tubulaire à une carrosserie ouverte destinée aux épreuves sur circuit.
Sous l’appellation 312 S, le châssis 0744 n’a disputé qu’une seule course. Le 18 mai 1958, Olivier Gendebien prend le départ du Grand Prix de Spa-Francorchamps, mais abandonne au quatrième tour en raison d’un problème de transmission. Ferrari transforme ensuite la voiture en profondeur et lui attribue le nom de 412 S.
Cette filiation explique pourquoi les archives, les catalogues de vente et les bases de résultats peuvent employer plusieurs désignations pour une même automobile. La 412 S correspond bien à l’évolution du châssis 0744, et non à une série distincte produite en plusieurs exemplaires.
Pourquoi le nom 412 S ?
La nomenclature renvoie à la cylindrée et au nombre de cylindres. Le chiffre 4 évoque le moteur d’environ quatre litres, tandis que 12 désigne son architecture V12. La lettre S fait référence à sa vocation sportive.
La voiture est parfois appelée « 412 MI », mais cette désignation entretient une confusion. Le moteur Tipo 141 monté dans la 412 S provenait de la monoplace Ferrari 412 MI engagée aux 500 Miles de Monza le 29 juin 1958. Ferrari distingue toutefois clairement les deux modèles et considère que l’appellation 412 MI appliquée à la barquette est incorrecte.
La confusion est également possible avec la Ferrari 412 de route, un coupé quatre places commercialisé plusieurs décennies plus tard. Malgré leur nom proche, les deux voitures ne partagent ni leur période, ni leur architecture, ni leur usage.
Un V12 de 4 litres et 432 ch
La principale évolution par rapport à la 312 S concerne le moteur. La 412 S reçoit un V12 atmosphérique à 60 degrés de 4 023,32 cm³, installé longitudinalement à l’avant. Sa puissance officielle atteint 318 kW, soit 432 ch à 8 000 tr/min.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecture | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 4 023,32 cm³ |
| Alésage et course | 77 x 72 mm |
| Rapport volumétrique | 9,9:1 |
| Puissance | 432 ch à 8 000 tr/min |
| Alimentation | Six carburateurs Weber 42 DCN |
| Transmission | Boîte à quatre rapports et marche arrière |
La distribution comprend deux arbres à cames en tête par banc et deux soupapes par cylindre. L’allumage repose sur deux bougies par cylindre et deux bobines. Une lubrification par carter sec assure l’alimentation en huile du moteur, une solution adaptée aux contraintes latérales et aux régimes soutenus rencontrés en compétition.
Avec ses six carburateurs Weber 42 DCN, le moteur privilégie la puissance à haut régime. Sa conception illustre la stratégie de Ferrari à la fin des années 1950, lorsque le constructeur développe plusieurs prototypes à moteur avant en faisant évoluer rapidement cylindrées, châssis et configurations mécaniques.
Un châssis de barquette conçu pour la compétition
La 412 S repose sur un châssis tubulaire en acier et adopte une carrosserie de spider biplace. Son empattement mesure 2 350 mm. Le réservoir peut contenir 196 litres, une capacité cohérente avec les courses d’endurance et les épreuves américaines auxquelles la voiture était destinée.
Le freinage est assuré par quatre tambours. Ce choix peut sembler rudimentaire par rapport aux freins à disque qui se généralisent ensuite, mais il correspond encore aux solutions employées par Ferrari sur plusieurs voitures de sport de cette période.
Par son moteur avant, sa carrosserie ouverte et son V12 de forte cylindrée, la 412 S appartient à la même culture technique que d’autres barquettes de Maranello, dont la Ferrari 410 S. Elle se distingue toutefois par son statut de transformation unique et par sa carrière essentiellement américaine.
Une carrière sportive concentrée aux États-Unis
En septembre 1958, Ferrari vend la 412 S à John von Neumann, importateur et représentant de la marque en Californie. La voiture traverse alors l’Atlantique et participe principalement à des compétitions américaines, confiée notamment à Phil Hill et Richie Ginther.
Sa première apparition documentée sous sa nouvelle configuration intervient le 28 septembre 1958 à Watkins Glen. Phil Hill abandonne après 60 tours à la suite d’une rupture de l’arbre de transmission. Ce résultat illustre les difficultés de mise au point d’une voiture dont la mécanique, le châssis et la transmission avaient été réunis dans le cadre d’une transformation rapide.
La 412 S obtient son résultat le plus marquant le 19 juillet 1959, lors du Kiwanis Grand Prix disputé à Riverside. Richie Ginther remporte l’épreuve après 47 tours, couverts en 1 h 41 min 24 s. Dans les résultats, la voiture apparaît sous le nom de Ferrari 412 MI, ce qui contribue encore aujourd’hui aux variations de désignation rencontrées dans les archives.
Une Ferrari à distinguer des autres 412
Trois modèles portant le nombre 412 sont régulièrement confondus. La 412 S est la barquette à moteur avant construite en 1958 sur le châssis 0744. La 412 MI est une monoplace conçue pour l’épreuve de Monza, dont elle reprend le moteur. La Ferrari 412 P est, pour sa part, un prototype fermé à moteur central appartenant à une période technique différente.
La 412 S se situe ainsi à la fin de l’ère des grandes voitures de sport Ferrari à moteur avant. Elle côtoie dans la chronologie des modèles comme la Ferrari 335 S, mais son histoire reste atypique en raison de son exemplaire unique, de son origine dans la 312 S et de son transfert rapide vers les circuits américains.
Le châssis 0744, une automobile de collection exceptionnelle
La rareté de la 412 S ne résulte pas seulement d’une production limitée. Il s’agit d’un prototype unique dont le même châssis a connu deux configurations officielles successives, d’abord comme 312 S, puis comme 412 S. Cette continuité matérielle renforce son intérêt historique, car elle permet de suivre l’évolution des choix techniques de Ferrari au cours d’une seule saison.
En 2006, le châssis 0744 a été adjugé 5 610 000 dollars lors d’une vente organisée à Monterey. Ce montant correspond à une transaction historique précise et ne constitue pas une estimation actuelle. La valeur contemporaine d’une voiture de ce niveau dépendrait notamment de son état, de son historique documenté, de sa configuration mécanique et des conditions du marché au moment d’une éventuelle vente.











